FUITES RADIOACTIVES À BUGEY

Publié le par Résistance verte

 

437 milliards de Becquerels rejetés en quelques minutes

À la centrale du Bugey (dans l'Ain, à 35 Km de Lyon, 80 Km de St-Étienne), il y a eu un problème lors du remplissage d’un réservoir de déchets liquides radioactifs provenant des réacteurs 4 et 5 le 14 avril 2022. Trop plein, trop de pression, une soupape du réservoir s’est ouverte. Des gaz ont alors été relâchés dans l’air. Leur radioactivité était presque 7 fois supérieure à la limite autorisée (27 millions de Becquerel [1] par mètre cube, c’est à dire 27 MBq/m3, au lieu des 4 MBq/m3 autorisés). Au total, ce sont 437 milliards de Becquerels (437 GBq) qui ont été relâchés dans l’atmosphère en 8 minutes. À titre de comparaison, une concentration de radon, un gaz radioactif naturel, supérieure à 300 Becquerel/m3 dans une habitation est considérée par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) comme élevée et nécessite des mesures de protection [2].

Le 14 avril 2022, le réacteur 4 de la centrale du Bugey était en cours d’arrêt, ce qui a généré d’après EDF une arrivée importante de résidus de son exploitation (des effluents provenant du circuit primaire [3] ) dans un réservoir. Ce réservoir est commun à un autre réacteur du site, le réacteur 5, lui aussi arrêté. On ne sait pas précisément pourquoi, si d’autres activités étaient en cours, si ce réservoir était déjà à un niveau de remplissage avancé avant, mais quoiqu’il en soit EDF a mal géré ses arrivées d’effluents radioactifs et la place disponible. Il a aussi mal surveillé ses activités de transferts, pourtant à haut risques de contamination des personnes et de l’environnement. Réservoir trop plein, trop de pression, une soupape de sécurité s’est ouverte pour éviter l’explosion.

Des gaz rares radioactifs (xénon, krypton etc.), produits de la fission nucléaire, ont été directement relâchés dans l’air. En quelle quantité ? Ni EDF ni l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ne le précise. On sait juste qu’à 2 reprises, la soupape s’est ouverte durant 4 minutes. Que la plus forte radioactivité mesurée durant ces épisodes a atteint 27 MBq/m3 alors que la limite réglementaire pour ces rejets gazeux est de 4 MBq/m3. Et qu’au total, l’activité en gaz rares a été évaluée à 437 GBq.

Lorsque les alarmes se sont déclenchées pour signaler le rejets radioactif massif, les équipes d’EDF ont stoppé toutes les activités en cours sur le réacteur 4. Une fois la pression redescendue, la soupape de sécurité du réservoir s’est refermée. L’industriel ne dit pas un mot sur les raisons qui ont amené à ce trop plein, et qui ont in fine provoqué des rejets massifs dans l’environnement, des rejets près de 7 fois plus concentrés en radioactivité que le maximal autorisé.

L’ASN ne dira pas non plus quelles ont été les erreurs qui ont conduit à cet accident significatif pour l’environnement. Résumant les faits à un "non respect des conditions de rejets", l’autorité de contrôle ne semble pas s’offusquer outre mesure, ni de la concentration des rejets, ni des dysfonctionnements dans la gestion des transferts de déchets de l’exploitant nucléaire. L’Autorité n’évoque pas d’éventuelle inspection sur le site dans l’optique de comprendre ce qu’il s’est passé et ne dresse aucune piste sur les raisons qui ont conduit EDF à enfreindre les conditions fixées par l’ASN pour procéder à ses rejets atmosphériques. Elle ne pointe ni un manque d’analyse préalable aux activités, ni un manque de protection de l’environnement par l’industriel, qui est pourtant tenu de tout faire pour limiter les impacts délétères de ses activités. L’Autorité précise que les mesures faites dans l’environnement suite aux fuites à l’extérieur du site nucléaire n’ont rien révélées. Sans préciser quand ces mesures ont été réalisées, ni où, ni par qui, ni comment. [4]

L’ASN précise par ailleurs dans son communiqué que "La limite réglementaire concernant le débit moyen d’activité en gaz rares sur 24 heures (...) et celle relative l’activité annuelle en gaz rares rejetée ont été respectées". Des précisions qui posent questions. Car s’il est logique - et heureux - qu’au mois d’avril, l’activité annuelle de gaz rares autorisée n’ait pas été dépassée, en revanche, que le débit moyen autorisé en 24 heures n’ait pas non plus été dépassé malgré les 437 milliards de Becquerels rejetés en dit long : sans connaître précisément la quantité qui a été rejetée lors de ces 2 fuites ni le débit moyen accordé à EDF sur 24 heures, on comprend que celui-ci est très important et que les limites de rejets fixées par l’ASN sont larges. EDF a acquis le droit de polluer notre environnement en y dispersant couramment des éléments radioactifs. Et même lorsque l’industriel ne respecte ni les conditions ni les limites qui lui sont fixées, même lorsqu’il rejettent des gaz radioactifs 7 fois plus concentrés que ce qui lui est autorisé, même lorsque c’est à cause de son inattention et de sa mauvaise gestion, tout ce qui lui en coûte c’est une brève déclaration officielle d’évènement significatif pour l’environnement [5] . Un incident qui sera classé par l’autorité de contrôle au plus bas niveau de l’échelle de gravité des accidents nucléaires [6] .

[1] Le Becquerel est l’unité de mesure de la radioactivité.
https://www.asn.fr/lexique/b/Becquerel2
Il représente le nombre de désintégration d’atomes par seconde, chacune s’accompagne de l’émission d’un rayonnement. Il existe différents types de rayons (alpha, bêta, gamma) aux propriétés - et dangerosités - différentes.
https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Sante/rayonnements-ionisants-effets-radioprotection-sante/effets-rayonnements-ionisants/Pages/2-differents-rayonnements-ionisants.aspx
La radioactivité naturelle d’un litre d’eau de mer est entre 10 et 15 Bq.

[2] Le radon est un gaz naturel radioactif. Présent dans les habitations à différents niveau de concentration, il peut nécessiter des mesures de protection sanitaires car il est la seconde source de cancers du poumons. L’IRSN a lancé des campagnes de mesures et de sensibilisation - voir plus de détails https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Environnement/expertises-radioactivite-naturelle/radon/Pages/4-Sommes-nous-tous-exposes.aspx

[3] Le circuit primaire est un circuit fermé, contenant de l’eau sous pression. Cette eau s’échauffe dans la cuve du réacteur au contact des éléments combustibles. Dans les générateurs de vapeur, elle cède la chaleur acquise à l’eau du circuit secondaire pour produire la vapeur destinée à entraîner le groupe turboalternateur. Le circuit primaire permet de refroidir le combustible contenu dans la cuve du réacteur en cédant sa chaleur par l’intermédiaire des générateurs de vapeur lorsqu’il produit de l’électricité ou par l’intermédiaire du circuit de refroidissement à l’arrêt lorsqu’il est en cours de redémarrage après rechargement en combustible. La température du circuit primaire principal est encadrée par des limites afin de garantir le maintien dans un état sûr des installations en cas d’accident. https://www.asn.fr/Lexique/C/Circuit-primaire

[4] C’est EDF qui réalise ses propres contrôles et en communique ensuite les résultats aux autorités. L’ASN a toutefois les moyens de missionner son bras technique, l’IRSN, pour conduire des mesures permettant des vérifications indépendantes. Manifestement, ce n’a pas été le cas.

[5] Événements significatifs : incidents ou accidents présentant une importance particulière en matière, notamment, de conséquences réelles ou potentielles sur les travailleurs, le public, les patients ou l’environnement. https://www.asn.fr/Lexique/E/Evenement-significatif

[6] INES : International nuclear and radiological event scale (Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques) - Description et niveaux http://www.asn.fr/Media/Files/Echelle-INES-pour-le-classement-des-incidents-et-accidents-nucleaires - https://www.asn.fr/Lexique/I/INES

[7] le BAN est un bâtiment qui abrite les circuits auxiliaires nécessaires au fonctionnement normal du réacteur

https://www.sortirdunucleaire.org/France-Bugey-Fuites-radioactives-dans-l-air

 

Publié dans Nucléaire

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