LABORATOIRE D’ANALYSE DÉTRUIT PAR LES RUSSES

Publié le par Résistance verte

 

SITE NUCLÉAIRE DE TCHERNOBYL

La situation du personnel s’est relativement améliorée. Cependant, de source officielle ukrainienne, un laboratoire financé par l’UE et servant à caractériser les déchets radioactifs aurait été détruit.

Par ailleurs, les vérifications effectuées par la CRIIRAD confirment la présence de plusieurs foyers d’incendies dans la zone d’exclusion.
Le point également sur la situation des sites nucléaires de Tchernobyl et Zaporijjia.
 
SITUATION DU PERSONNEL

Selon l’AIEA*(1), qui relaie les informations que lui a communiquées le SNRIU :
• après 25 jours de présence ininterrompue, le personnel technique du site a enfin pu être relevé ;
• a rotation a été conduite sur 2 jours, les 20 et 21 mars ;
• 13 membres du personnel technique ont refusé d’être remplacés ;
• la plupart des membres du personnel de sécurité sont restés sur le site.
La situation du site de Tchernobyl reste cependant préoccupante, notamment du fait de la précarité de l’alimentation électrique (une seule ligne continue d’alimenter l’ensemble des installations).

LABORATOIRE CAL

Par ailleurs, d’après le DAZV, l’agence d’État ukrainienne pour la gestion de la zone d’exclusion de Tchernobyl*(2), « les occupants russes ont pillé et détruit le tout nouveau laboratoire central d'analyse de Tchernobyl », qui contenait des échantillons hautement actifs.

Ce laboratoire, dénommé CAL (Central Analytical Laboratory)*(3), dépend d’Ecocentre, l’organisme d’État ukrainien en charge du suivi environnemental de Tchernobyl. D’un coût de 6 millions d’euros, il a été financé par l’Union Européenne et inauguré en 2015. Il était destiné à « améliorer l'infrastructure de gestion des déchets radioactifs dans la zone d'exclusion, notamment à travers les activités suivantes : caractérisation des échantillons de déchets radioactifs en fonction d'indicateurs physiques, chimiques et de rayonnement ; vérification de la conformité aux spécifications pour les colis de déchets radioactifs conditionnés ; développement de méthodologies en matière de contrôle et de normalisation »*(4).
 
À ce stade, la CRIIRAD ne dispose que de cette unique source d’information, qui ne mentionne pas la date du pillage et de la destruction. Aucune précision n’est donnée sur les dégâts qui ont pu être occasionnés aux sources radioactives, échantillons et déchets radioactifs présents dans le laboratoire.
 
INCENDIES

Chaque année, à partir du printemps, la zone d’exclusion est particulièrement exposée aux feux de forêts (voir dossier CRIIRAD sur les incendies survenus en 2020). Le phénomène est plus rare pendant la saison froide.

D’après les images satellites de la NASA, au cours des deux dernières semaines, des incendies ont été observés au sein de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Il est impossible de déterminer si les causes sont naturelles ou anthropiques et, dans ce cas, si les affrontements sont le facteur déclenchant. La situation de guerre augmente évidemment le niveau de risque. Par ailleurs, dans un communiqué du 21 mars, le SNRIU prévient que les services de secours ne sont pas en mesure d’intervenir pour éteindre ces incendies « en raison de l'occupation de la zone d'exclusion par les troupes russes ».

Le Centre hydrométéorologique ukrainien a alerté le 21 mars sur la détérioration des niveaux de rayonnement ambiant dans la zone d'exclusion et au-delà (mais sans communiquer de chiffres). Le site internet du Centre hydrométéorologique n’étant plus accessible au public*(6), il est impossible de savoir si cet organisme dispose des relevés des réseaux de capteurs ou s’il s’agit d’une déclaration basée sur le retour d’expérience des feux qui ont déjà sévi dans le passé. L’état réel du réseau de capteurs de la zone d’exclusion est en effet incertain.

Dans son communiqué du 21 mars, le SNRIU indique*(7) : « Actuellement, le système automatisé de surveillance des radiations dans la zone d'exclusion ne fonctionne pas. Il n'y a pas de données sur l'état actuel de la pollution radioactive dans la zone d'exclusion, ce qui rend impossible de répondre de manière adéquate aux menaces de détérioration des situations de rayonnement dans la zone d'exclusion. ».

De son côté, le 21 mars également, l’AIEA indique8 que les données de ses systèmes de surveillance installés à la centrale nucléaire de Tchernobyl sont transférées au siège de l'AIEA depuis les autres centrales nucléaires en Ukraine. L’AIEA ne précise pas le périmètre géographique couvert par ses systèmes de surveillance (centrale nucléaire de Tchernobyl proprement dite, abords immédiats, zone d’exclusion, …).

La CRIIRAD maintient son dispositif de surveillance renforcé et mettra à jour les informations de ce communiqué si la situation le nécessite et qu’elle dispose d’éléments complémentaires.

Rédaction : Julien Syren
Relecture : Corinne Castanier
www.criirad.org


*(1) https://www.iaea.org/newscenter/pressreleases/update-28-iaea-director-general-statement-on-situation-in-ukraine
*(2) Note publiée le 22 mars 2022 à 23h00 sur la page facebook du DAZV
*(3) Laboratoire central d’analyse
*(4) https://snriu.gov.ua/storage/app/sites/1/docs/Annual%20Reports/Annual%20reports%20SNRIU/An-nual%20Report%202015.pdf
*(5) https://firms.modaps.eosdis.nasa.gov/
*(6) La page d’accueil du site https://meteo.gov.ua/ indique que le Centre hydrométéorologique continue son tra-vail 24h/24 et 7j/7, mais que pour des raisons de sécurité le site a été verrouillé.
*(7) https://snriu.gov.ua/en/news/assessment-radiological-impact-fires-ecosystems-chornobyl-exclusion-zone

 

Images satellites NASA / FIRMS / Période du 10 au 23 mars 2022.

 

Publié dans Nucléaire, Guerre

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