LES ENNEMIS DE LA NATURE

Publié le par Résistance verte

 

À l’automne 2019, on nous pose la question suivante : « Que pensez-vous du scénario de l’effondrement promu par les "collapsologues", qui a le vent en poupe en ce moment ? »
On s’attelle à la réponse, parmi d’autres écrits et activités en cours. Cette réponse prolifère en multiples rappels et remarques ayant trait à la montée massive et multiforme de la conscience et de la contestation naturiennes ; et à la montée en conséquence de toutes sortes d’épaves politiques et intellectuelles, se flattant d’avoir soulevé cette crue, s’étalant dessus et tâchant de la dévoyer ou de la renverser à leurs fins propres.

L’arrivée du Virus, en février 2020, interrompt cet élan, pour nous lancer dans d’autres quêtes. Un an plus tard, nous poursuivons cette réponse alors que les dévoiements et les inversions se multiplient et s’amplifient de toutes parts rendant plus que nécessaire le rappel des faits historiques. C’est que toutes les « crises » convergent vers une crise principale, qui est celle de la société industrielle, obligeant les faux amis et les vrais ennemis de l’écologie radicale à occuper d’urgence cet immense champ de manœuvres, afin d’y maintenir leur hégémonie et de récupérer, ou de chasser, les révolutionnaires de notre temps : naturiens (1), luddites (2), briseurs de machines, anti-industriels et décroissants ; défenseurs des vivants politiques dans un monde vivant.

Tantôt les ennemis de la Nature tentent de nous faire prendre le drapeau rouge, arc-en-ciel ou violet, pour le vert ; tantôt ils agitent le drapeau vert pour combattre la nature et ses défenseurs. « L’écologie n’appartient à personne ! » proclament ces post et néo-écologistes de la vingt-cinquième heure. C’est pour eux une terra nullius, comme l’Amérique autrefois et la Lune aujourd’hui. Moyennant quoi, ils viennent chacun s’en approprier autant qu’ils peuvent, quitte à en éliminer les Sélénites et Amérindiens. Après tout, ces derniers sont également des colons ayant traversé le détroit de Béring voici 40 000 ans.

Depuis quelques années, en effet, divers courants se réclamant du néo-féminisme, des « écologies déviantes (3) » (lesbiennes, gay, trans, queer, etc.), voire de l’anticapitalisme néo-bolchevique (A. Badiou, A. Malm, F. Lordon, NPA, etc.), ont déclaré la guerre à la nature. Selon ces pseudo-émancipateurs, non seulement « la nature n’existe pas », mais cette fiction serait « fasciste », et « construite » par « l’hétéro-patriarcat capitaliste », pour justifier d’injustifiables hiérarchies et discriminations envers les catégories « opprimées » et dont les animaux, les végétaux, les milieux et les éléments - qu’on n’ose plus dire « naturels » - seraient les ultimes victimes.

D’autres courants universitaires issus des « sciences sociales » et avides de récupérer un mouvement écologiste dont ils ne s’étaient jamais souciés - alors que ce mouvement, vieux d’un demi-siècle, hante désormais toutes les consciences - se joignent aux ennemis de la nature. Leur tactique ? La feinte surenchère. A la nature « concept occidental » et « anthropocentré », ils prétendent substituer celui de Vivant, réputé « plus inclusif » et Par-delà nature et culture (4). Or ils ne font que « dépasser » une prétendue coupure, démentie dès le XIIe siècle par les poètes de la reverdie. Trouvères et troubadours n’ayant pas attendu l’école desco-latourienne, du nom de ses deux têtes d’affiches, pour se sentir membres de « la belle nature » (5).
Le premier, jouant au chaman ayant retrouvé, lors de séjours chez les Achuars, l’animisme et Les Formes élémentaires de la vie religieuse (Durkheim, 1912). - Quelle découverte.

Le second, prêchi-prêcheur papiste, glissant en sous-main dans ses sermons « terrestres », le « cosmisme » de Fiodorov, la « noosphère » de Vernadski, le transhumanisme de Teilhard de Chardin et les boniments cybernétiques de « l’Hypothèse Gaïa ». La Terre est une machine totalement interconnectée – telle la smart planet d’IBM6. Cette Terre machine est notre mère : Gaïa. Et donc notre Mère Terre Machine. Qu’ils sont smart nos desco-latouriens !

Tous ces courants qui « convergent » opportunément, sous couvert de lutte contre
« l’essentialisme » (i.e d’innéité immuable) et les « dualismes » ou « oppositions binaires », prétendent abolir tout seuil et rupture de seuil, toute limite et passage à la limite, toute discontinuité entre des catégories irréductibles les unes aux autres, entre l’Un et l’Autre, pour ne laisser substituer que l’unique continuité du Même dans l’infinité de ses variétés.

Quand le poète Maïakovski déclare, « Je suis un nuage en pantalons », il ne prétend nullement être pris au pied de la lettre, mais au figuré, et il sait fort bien qu’il vient de proférer une merveilleuse image. Mais juste une image. Nous sommes désormais submergés de « nuages en pantalons », fort bruyants et tyranniques, qui exigent d’être pris littéralement pour ce qu’ils ne sont pas ; et que tous entrent dans leur abolition du discernement, autrement désignée comme ressenti.

La conséquence de cette abolition conceptuelle des catégories antinomiques, c’est de permettre leur destruction réelle. Quand l’Un nie l’existence de l’Autre, rien n’est plus simple que de joindre le geste à la parole. L’Autre, c’est tout de même mieux quand ça revient au Même (7). A quoi bon le « sentiment de la nature », si empathique soit-il (Rousseau, Corot, Chardin, Bernardin de Saint-Pierre, etc.), si « la nature n’existe pas » ? Ainsi nous ne défendons plus les nuages (célestes), nous sommes les nuages – en pantalons - qui nous défendons. Et qui se défendent bien si l’on en juge par les retombées sonnantes et trébuchantes qui leur échoient. Quant aux nuages naturels, qu’importe leur disparition ; les machines à pleuvoir (géo- ingénierie) nous fourniront de l’eau à volonté.

Si les ennemis de la Nature tiennent tant à lui substituer le Vivant « plus inclusif », c’est en effet qu’ils prennent les machines pour des êtres vivants, et les êtres vivants pour des machines (8). Si l’homme est une machine (La Mettrie) - ainsi que les animaux (Mersenne), les végétaux et l’ensemble du Vivant - alors, rien n’empêche de modifier et de perfectionner ces machines au moyen de l’art et de ses artifices : ingénierie génétique, implants cérébraux, prothèses et organes artificiels.

Réciproquement, si les machines sont des êtres vivants, il faut y admettre les bactéries artificielles et les génomes de synthèse produits par la « biologie de synthèse (9) », ainsi que les robots et les « intelligences artificielles ». Le cyborg (« organisme piloté ») concrétisant l’hybridation de l’animal et du machinal. Et bien sûr, les produits infantiles obtenus par l’ingénierie génétique à partir de gamètes et d’utérus artificiels. Produits sur mesure pour leurs commanditaires et susceptibles de toutes les améliorations, en fonction des progrès technologiques. Toute objection à ces « troubles dans l’engendrement » comme le dit subtilement Bruno Latour, pour désigner l’eugénisme technologique, ne procédant que d’une « sorte de panique des droites extrêmes (10) ». Mais notez que le même Latour, dans le même dossier du Monde, se déclare fervent partisan du parti technologiste dans la personne d’Éric Piolle, l’ingénieur Vert de Grenoble (11), et de Sandrine Rousseau, la technocrate Verte de Lille (12). Qui se ressemble, s’assemble.

Et pourquoi pas, après tout, puisque ayant réduit l’effondrement écologique au seul réchauffement climatique, nos prétendus « écologistes » (post, néo, pseudo), se font maintenant les militants du « nucléaire vert ».

Or les machines ne vivent pas. Elles fonctionnent. Elles ne naissent pas. Elles sont fabriquées – par les animaux humains, et notamment par les ingénieurs. On peut comprendre bien sûr l’empathie de certaines personnes pour leurs robots de compagnie, mais leurs ressentis se fracassent sur les réalités, souvent exclusives et binaires. Seuls naissent, croissent et meurent les êtres vivants dotés d’autonomie reproductive (c’est-à- dire possédant en eux-mêmes le principe de leur engendrement), et qu’on rassemble sous le terme général de nature. Natura : ce qui fait naître. Un mot lui-même issu de l’indo-européen *gen(e)- , gnè-, et du grec genos : naître, engendrer, générer, gens, etc. (Dictionnaire étymologique du français. Le Robert, 1983)

Si vous doutez de ces « oppositions binaires », refaites sans fin l’expérience de laisser deux robots en tête à tête, et appelez d’urgence les plus prestigieuses revues scientifiques, s’il en sort jamais un troisième robot. Pour la contre-expérience, enfermez dans un même lieu des couples d’animaux, mâles et femelles, en état de procréer ; et il en adviendra assez souvent un petit animal, à l’image en réduction des deux premiers.

Quant au mot de « matière », il nous vient du latin matrix, « matrice », « femelle pleine ou qui nourrit », « arbre qui produit des rejetons », « partie dure de l’arbre », « bois de charpente », « toute espèce de matériaux », « matière ». Materiarus, « relatif à la charpente ». Bas latin, materiamen, « bois de charpente », materialis et immaterialis. Le bois (« madrier ») est la matière première du taksan ou tektôn, le « charpentier » en sanscrit et en grec. D’où l’architecte qui construit nos toits. La technique est l’art – et le pouvoir - de transformer ce monde matériel/maternel suivant les volontés du technicien/artisan. (Dictionnaire étymologique du français. Le Robert, 1983)

Bref, toute matière, qu’elle soit inerte (minéraux, métaux), vivante, ou en mouvement de l’un à l’autre, participe de la nature. Ce qui naît, croît, meurt et se transforme derechef, de manière autonome, spontanée et imprévisible, suivant cet enchaînement infini de métamorphoses que l’on nomme l’évolution. Il n’y a rien de plus « inclusif » que la nature puisqu’il n’y a rien en dehors de la nature. Sinon l’ensemble vide du néant dont l’idée ne peut tenir lieu de réalité. Nous pensons là-dessus comme Épicure, Lucrèce, Ronsard dans son Élégie contre les bûcherons de la forêt de Gastine (« La matière demeure et la forme se perd »), et comme les dizaines d’auteurs et d’artistes naturiens, déjà chroniqués par Renaud Garcia dans Notre Bibliothèque Verte (13).

Et maintenant, le premier épisode de cette Marée verte, du bombardement atomique d’Hiroshima, en août 1945, au premier grand rassemblement anti-nucléaire et écologiste du Bugey, en juillet 1971.

 

 

En Occident, au moins, l’idée de l’effondrement civilisationnel punissant l’homme de sa démesure, est aussi ancienne que les notions d’hubris et de transgression, illustrées par les mythes d’Icare (chez les Grecs) et de la Tour de Babel (chez les Hébreux). Dans les deux cas « sky is the limit ». Il s’agit pour les ingénieurs et les architectes d’atteindre la toute-puissance divine et sa demeure céleste (songez aux pyramides et aux ziggourats). Dans les deux cas, les techniciens tombent de haut, Icare pour s’être trop approché du soleil, les Babéliens parce que l’Éternel lui-même, sabote leurs travaux en brouillant leurs communications. Imaginez que les ordinateurs subitement ne puissent plus s’interconnecter et que la chaleur s’élève de plus en plus sur terre.

Maintes sociétés se sont effondrées sur tous les continents, depuis que ces mythes et ces idées furent d’abord formulés. Les archéologues en exhument parfois des vestiges, pour notre émerveillement, sous nos propres villes, dans les déserts et les forêts lointaines. Mais ces effondrements restaient locaux et pour la plupart ignorés du reste de l’espèce. Jusqu’aux 6 et 9 août 1945 :
« Une révolution scientifique : Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon. » (Le Monde, 8 août 1945)
« Après cela, qui osera encore prétendre qu’il y a des limites à la connaissance scientifique ? » (L’Humanité, 8 août 1945)

 

 

Passée l’explosion d’enthousiasme des techno-progressistes du Monde et de L’Humanité, c’est l’ensemble de l’humanité qui se découvre mortelle, à jamais menacée d’extermination, grâce au feu nucléaire allumé par ses plus brillants scientifiques, physiciens, chimistes et industriels. Un seul homme, le dernier homme suivant le titre de son livre posthume, inachevé, osa protester ce jour-là, dans un éditorial de Combat :
« Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif et l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. » (Combat, le 8 août 1945)
Il est vrai que cet homme n’était ni scientiste, ni communiste, juste Albert Camus.

D’autre, bientôt, parlèrent d’« holocauste » (le sacrifice total par le feu), du risque de « suicide pour l’humanité », de pacte MAD, dément, (Mutual Assured Destruction) et d’« équilibre de la terreur », avant que « l’atome pacifique » (atoms for peace), ne vienne rappeler l’ambivalence de toute puissance, aussi productive que destructive. Le plus commun des mortels comprit alors que lui, ses enfants, ses pareils et tous les êtres vivants, survivraient désormais pour ce qu’il leur restait de vie, à l’ombre de la bombe, à la merci de ses techniciens et des gardiens de ses techniciens. Quand on invente l’industrie nucléaire, on invente l’accident nucléaire. Les avertissements des mythes, des sagesses et des religions étaient trop gravés dans les cerveaux et les esprits pour que l’événement ne soit pas interprété dans leurs termes. La bonté du « progrès » - scientifico-industriel – déjà mise en doute lors de la Grande Guerre industrielle de 14-18 fut questionnée. L’enquête remonta en arrière, où se situait le point de rupture ? Où étions-« nous » allés trop loin ?

Murray Bookchin (1921-2006), ancien ouvrier et communiste repenti (stalinien, puis trotskyste), fut l’un des premiers à enquêter sur la mort industrielle. Devenu enseignant et éco-anarchiste, il publia en 1952 The Problem of chemical foods, article initial d’une série dont la conclusion dénonçait l’ordre social industriel comme « un système qui ne peut se maintenir que grâce à un parasitisme exhaustif qui, comme s’il s’agissait d’un poulpe, étrangle lentement toutes les strates de la population ».

Bookchin avait saisi sur le vif ce que les techno-communistes et les techno-libéraux, tous progressistes et saint-simoniens, refusent de saisir 67 ans plus tard. La dualité entre nucléaire civil (productif) et nucléaire militaire (destructif) dissimule un fonds commun d’hostilité à l’humanité et au vivant. Bookchin dénonça non moins les retombées nucléaires du premier test de la bombe à hydrogène dans le Pacifique, en 1954, que le programme Atoms for peace, lancé un an plus tôt par le président Eisenhower. Il fit campagne lors de la fuite radioactive du réacteur de Windscale, en 1956, en Angleterre, et contre un projet de la Con Edison en 1963, de construire le plus grand réacteur du monde en plein New York (14).

En même temps que s’instruisait le procès de la société industrielle, on scruta les signes du temps, de catastrophe (en grec, bouleversement), et d’apocalypse (en grec, révélation). Sous la chape d’angoisse nucléaire des années 50 et 60, dans le bruit de fond nucléaire des médias, crevé parfois d’alertes stridentes (la « crise des fusées » en 62), l’enquête sur le « progrès » s’orienta vers les coupables. Voyez, parmi des milliers d’autres, les livres de Günther Anders sur L’Obsolescence de l’homme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (1956), et – deux ans après la mort de Camus -, Hiroshima est partout (1962), sa correspondance avec Claude Eatherly, l’un des pilotes du bombardement nucléaire. Ou bien le tract d’André Breton et du Comité de Lutte Anti-Nucléaire, jeté à la face de Robert Oppenheimer, lors d’une conférence à la Sorbonne, le 18 février 1958 :
« Démasquez les physiciens, videz les laboratoires. Rien, plus rien aujourd’hui ne
distingue la Science d’une menace de mort permanente et généralisée : la querelle est close, de savoir si elle devait assurer le bonheur ou le malheur des hommes, tant il est évident qu’elle a cessé d’être un moyen pour devenir une fin (15). »

Ou encore Le Docteur Folamour de Stanley Kubrick (1964), charge burlesque et macabre contre le complexe militaro-scientifique où l’on reconnaît la figure de John Von Neumann, l’un des « pères » de la Bombe, dans le personnage du « savant fou ».
Les enfants de cette époque – on en sait quelque chose -, ont grandi dans l’angoisse de « la fin du monde », et l’impuissance de leurs parents, qui éprouvaient silencieusement, et cette angoisse, et celle de ne rien pouvoir pour les protéger. Ces enfants, depuis, et leurs enfants après eux, puisqu’ils ont continué à en faire, ont appris à vivre avec la bombe et même, souvent, à n’y plus songer. Elle gît là, au fond d’eux-mêmes, comme une explosion différée. Merveilleuse résilience pour utiliser un terme forgé dans les années 50 aux États-Unis, et qui n’a cessé de faire toujours plus de ravis en France parmi les ouailles de Tisseron et Cyrulnik. Il faut dire que depuis « la fin du monde » s’est annoncée sous tant d’autres guises, qu’elle a lassé l’angoisse elle-même. Qu’on en finisse ou qu’on nous laisse un sursis, mais foutez-nous la paix ! Qu’on puisse au moins profiter du répit !

Bookchin, fondateur - parmi tant d’autres activités - de la New York Federation of Anarchists, publia en juin 1962, sous le nom de plume Lewis Herber, Notre environnement synthétique. Enquête radicale sur la pollution industrielle et préface inconnue au Printemps silencieux de Rachel Carson, paru trois mois plus tard. Le best-seller de la biologiste ayant éclipsé l’enquête de l’éco-anarchiste, aussi documentée pourtant, et qui remontait à la racine industrielle des « maladies de civilisation » : « Les plantes nourricières ne peuvent pas davantage croître conformément au modèle du marché́ que l’homme ne peut espérer ajuster le rythme de son pouls à celui des machines (16). » C’est bien pourquoi les ingénieurs remplacent les plantes naturelles par des plantes artificielles, modifiées génétiquement, et les hommes par des machines.


Le bruit que fit l’enquête de Rachel Carson sur l’extermination des insectes et des oiseaux par l’industrie des pesticides, fut à la fois un autre signe de « fin du monde » ; et celui d’un éveil de la conscience « écologique » - naturiste - et anti-technologique. L’une ne va pas sans l’autre, sauf imposture bien sûr. L’année suivante, le mycologue Roger Heim (1900-1979), membre fondateur de L’Union internationale pour la protection de la nature (l’UIPN, fondée en 1948), donna une importante préface à la traduction française du Printemps silencieux. Rachel Carson mourut en 1964, à 57 ans, d’un cancer. La Chine rouge, alors en pleine campagne d’extermination des « quatre nuisibles » (les rats, les moineaux, les mouches et les moustiques), interdit Le Printemps silencieux sur son territoire.

 

Dessin de Fournier

 

En France, il existait depuis des siècles une tradition de défense de la nature par des poètes, des littérateurs, des peintres au XIXe siècle – le Jurassien Courbet, par exemple –, les impressionnistes, surtout Camille Pissaro (1830-1903), compagnon d’anarchie du géographe Élisée Reclus (1830-1905), chantre Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes (17).

D’autres anarchistes, les naturiens, déserteurs des villes et des usines, fondateurs de communautés rurales et de petites feuilles qu’on n’appelait pas encore « presse parallèle », « alternative » ni « underground », protestèrent contre la machination du monde et de ses habitants entre les premiers films des frères Lumières et les premiers bombardements nucléaires. Ils furent si bien écrasés et occultés par leurs compagnons et camarades industrialistes et techno-progressistes – anarchistes, socialistes, syndicalistes, communistes –que lors de la résurgence du mouvement de défense du vivant, dans les années 1960, les militants se rangèrent sous l’autorité de la science et de « l’écologie », respectable, rationnelle, scientifique en somme ; et non pas du côté de la défense de la nature, toujours suspecte de sensiblerie, de sentimentalisme et d’émotions irrationnelles, politique en somme.

Ce mot d’« écologie » reste le seul mot nouveau apparu en politique depuis 50 ans, et le seul à rassembler aux yeux du grand public les « écolos » dans toutes leurs nuances et contradictions. Du moins tant que les mots de « nature » et de « naturistes » n’auront pas remplacé ceux d’« écologie » et d’ « écologistes ». Car l’écologie est un contre-sens politique. Tout d’abord le nom d’une science fondée et nommée comme telle par Ernst Haeckel (1834-1919), un biologiste darwiniste, en 1866, dans sa Morphologie générale des organismes. Oikos : demeure, habitat, milieu. Logos : science, discours. « Science des êtres vivants dans leur milieu ». Haeckel était en outre et en vrac un dessinateur remarquable, un militant libre-penseur, eugéniste et raciste, dont les nazis reprirent les pires idées (18).
Ça commençait mal. Qu’en plein siècle du machinisme et de l’expansion industrielle se développent des sciences vouées à l’étude du vivant – biologie, écologie – avait quelque chose de sinistre. Ces études servaient d’abord à faire la guerre au vivant, qu’elles n’étudiaient que pour mieux le vaincre.

Plutôt que de répandre l’anarchie naturienne, Reclus, Giono, Orwell, Charbonneau, Ellul et Bookchin, les « écologistes » des années 60 firent de la biologiste Rachel Carson (1907-1964), leur mère fondatrice, et de son Printemps silencieux (1962), le modèle de la démonstration « scientifique » (« écologique »), de l’agonie du vivant. Ces voix dans les villes, hurlant à la mort, voulaient être audibles et crédibles. Elles se savaient si isolées qu’elles croyaient devoir parler d’un ton docte et savant afin de se faire entendre. Aussi n’est-t-il pas surprenant que les partis et associations écologistes soient aujourd’hui infestés de technologistes (ingénieurs, cadres et scientifiques). Nos véritables anciens ne sont pas les scientifiques écologistes, mais les naturiens et naturistes politiques, ces anarchistes et libres-penseurs contemporains de Haeckel, végétariens, nudistes, partisans d’une vie saine et du retour à la terre, porteurs d’une vue critique et complexe du machinisme et de l’industrialisme.

On sait que la France, contrairement à la République populaire de Chine, est une « démocratie bourgeoise » et « capitalo-parlementaire », comme s’en lamentent Alain Badiou et toutes les variétés locales de communistes ; c’est pourquoi Pierre Fournier (1937-1973)19, put lire Le Printemps silencieux dès sa sortie.
Pierre Fournier, dessinateur et secrétaire administratif à la Caisse des dépôts et consignations (rond-de-cuir et gratte-papier), c’est celui qu’on affubla du titre de « pape de l’écologie » afin d’en faire rire ; de lui et de l’écologie. Celui qui, dès janvier 1967, dans Hara-Kiri, journal bête et méchant, puis dans Charlie-Hebdo, entreprit la vaine tâche, l’écrasante tâche, de rouler une fois de plus le rocher de la conscience au sommet de la bêtise. Il lui restait six ans à vivre. Il les mit à profit pour dénoncer la Mère de toutes les « marées noires », celle du Torrey-Canyon en mars 67, qui bituma les côtes de la Manche de pétrole du Koweït et de l’Union Oil of California. Et pour pondre en 1969, dans Hara-Kiri, un œuf de vipère anti-communiste, particulièrement venimeux : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vie supérieures qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La seule question qui se pose n’est pas de savoir s’il sera supportable une fois né mais si, oui ou non, son avortement provoquera notre mort. […]
C’est trop monstrueux pour qu’on puisse y croire. Les gens sont comme ça, plus butés que les bœufs qui, conduits à l’abattoir, profitent de la première occase pour s’échapper. C’est pourquoi la catastrophe, beaucoup plus proche que vous n’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. […]
Au mois de mai 68, on a cru un instant que les gens allaient devenir intelligents, se
mettre à poser des questions, cesser d’avoir honte de leur singularité, cesser de s’en remettre aux spécialistes pour penser à leur place. Et puis la Révolution, renonçant à devenir une Renaissance, est retombée dans l’ornière classique des vieux slogans, s’est faite, sous prétexte d’efficacité, aussi intolérante et bornée que ses adversaires, c’est aux Chinois de donner l’exemple, moi j’achète l’évangile selon Mao et je suis. […]
Non, je n’étais pas seul, loin de là, mais j’étais seul à disposer d’un gueulophone avec
toute liberté de m’en servir. Pour conduire à son terme cette nécessaire rencontre du gauchisme et de l’écologie, la faire déboucher sur le dépassement et le renouvellement, à la fois, de l’écologie et du gauchisme, j’avais une tribune dans "le seul journal parisien (dixit Wolinski) dont le rédacteur en chef ne soit pas un pourri". […]
C’est ainsi que Hara-Kiri-Hebdo-Charlie-Hebdo, qui n’était pas seulement le prolongement hebdomadaire de Hara-Kiri mais, j’en suis sûr, le seul prolongement historique authentique du grand éclat de rire libérateur de mai 68, devint, bon an mal an, le porte-voix français – disons européen, car le phénomène est unique – de la nouvelle gauche écologique. » (Hara Kiri n°13, 28 avril 1969)

Disciple de Giono (Regain, 1930), comme tant de pionniers du « retour à la terre » et du mouvement communautaire, défenseur – non-violent – des paysans, Fournier bataille depuis son village savoyard d’Ugine contre la destruction de la montagne par les stations de ski. Il lance avec ses amis Jean Pignero et Émile Premillieu, avec Gébé, Reiser, Hara-Kiri et Charlie- Hebdo, le mouvement anti-nucléaire Bugey-Cobaye qui réunit 15 000 manifestants, le 10 juillet 1971, à Saint-Vulbas (Ain, 01), devant la centrale du Bugey.

Fournier :
« Les médias furent contraints de faire écho. La contestation écologique, franchissant l’Atlantique avec à peine un peu de retard sur les capitaux de Westinghouse faisait son entrée dans la conscience française. Je parle de la vraie contestation écologique, la non- récupérable (et moins que jamais récupérée à ce jour, n’en déplaise aux semeurs de confusion). Bugey 01, la grande fête à Bugey, fut un révélateur. Elle reste pour beaucoup un souvenir inoubliable. Tout, avec le recul du temps, nous semble avoir concouru à la réussite : l’ordre et le désordre, le refus des discours, le refus de la violence et le refus du spectacle, le nudisme ingénu, le partage et la rencontre. Tout y était en germe.

Le sit-in de six semaines, face à l’usine, à ses esclaves et à ses victimes, enracina, non pas dans les "populations" vassales de la télé, mais chez les participants à l’action, la volonté, le besoin irrépressible de CHANGER LA VIE. Nous n’avons pas empêché la mise en marche de Bugey 1, mais ce n’était pas – nous le savons aujourd’hui – l’objectif visé.
Les "anciens combattants de Bugey" ont porté, aux quatre coins de l’hexagone et au- delà, sous la bonne parole écologique, le ferment d’une civilisation nouvelle, à la juste
mesure de l’homme libre, qui substituera, aux structures mécaniques, leur contenu vivant. » (La Gueule ouverte n°1, novembre 1972)

 

 

50 ans plus tard, cependant que les technocrates de l’Andra creusent à Bure, dans la Meuse, le souterrain fortifié où enfouir les déchets nucléaires du Bugey et d’ailleurs, les « récupérateurs » et les « semeurs de confusion » parasitent « la vraie contestation écologique ». Sans doute une Zad, une occupation permanente, enracinée dans les arbres et les cabanes, c’est une idée et un engagement que n’eurent pas les « anciens combattants de Bugey » au bout de leurs « six semaines de sit-in ». Ils auraient dû. Il eut fallu. Faites-leur un procès rétrospectif, c’est la mode ces temps-ci.

Ils n’eurent pas non plus l’esprit de dévaster le stand de Charlie Hebdo, comme le fut à l’été 2019 celui de La Décroissance, par une volée d’« anarcho-queer » - il n’y en avait pas. Juste quelques étals de fruits et légumes pour nourrir les marcheurs et payer les frais d’organisation. C’est Choron lui-même, le directeur de Charlie, qui après avoir affrété des cars pour amener des Parisiens sur place, envahit le podium à la tête d’une bande d’ivrognes vociférateurs, afin d’imposer « la vraie fête » à tous ces tristes buveurs d’eau, mangeurs de carottes.

Ces ivrognes et buveurs d’eau n’eurent pas non plus la correction de scinder leur rassemblement en sections raciales, religieuses ou sexuelles, safe, sous contrôle de leurs sœurs supérieures, comme les néo-sexistes, tenancières à Bure, à l’automne 2019, d’un « week-end anti-nucléaire, féministe, non-mixte (20) ».

Pire, leurs précurseurs de Vive La Révolution, le groupe de Roland Castro, Tiennot Grumbach et Guy Hocqhengem, lancèrent une baignade nudiste en totale mixité, hommes, femmes, jeunes, vieux ; avant de s’en prendre dans Tout ! à Fournier, l’organisateur du rassemblement – qui - d’abord réprobateur et soucieux de se concilier les paysans voisins, devait conclure un an plus tard que « tout avait concouru à la réussite » : « Fournier… t’es un con. Il y a quinze jours, que Fournier engueulait les journaux qui ne parlaient pas assez de sa féfête et de sa « longue marche » contre l’atome (très rousseauiste la lutte contre l’atome industriel, Fournier, c’est le genre à pédaler ou à faire du feu de bois pour s’éclairer.)

Ouais, heureusement il y avait des gens qui avaient un week-end de libre, qui avaient entendu parler d’une fête et qui avaient raté le rassemblement d’Auvers sur Oise. (NdA : Un festival pop gratuit et noyé sous la pluie les 18/19/20 juin 1971) Alors, ils sont venus, ils se sont fait chier à la marche dans les chaumes, devant l’usine, ils ont rien entendu des discours, ils ont vu des mobiles (ce qui a fait se réfugier Fournier dans sa caisse) et ils se sont dit qu’un pavé de plus sur la gueule des flics, ça peut pas leur faire de mal (ou de bien…) (…) Au réveil, on s’est aperçu qu’on était à côté d’une rivière, l’Ain (c’est un nom donné par les conquérants Arabes : « Aïn » ils ont crié ça, qui veut dire « pur » en français, en voyant la beauté de l’eau et du paysage (NdA. En fait ce serait plutôt Inn, « l’eau » en celte)) nous, on a vu ça, on a crié « à poil », et toute la journée on est resté tous nus sous le soleil, sur la plage, dans l’herbe. Il y avait 600 personnes à poil, c’était la première fois en France. Y a eu les familles qui sont venues comme chaque dimanche et qui sont pas reparties affolées (comme Fournier qui court encore) au contraire.

Bien sûr, il y avait une minorité d’irascibles qui pestaient mais les gens leur ont répondu entre autres : « laissez-les vivre comme ça, si c’est comme ça qu’ils sont bien. » On a vu des jeunes du coin qui se sont déshabillé pour venir avec nous, même des jeunes couples avec leurs mômes qui se sont défroqués, enfin ça a été une journée extraordinaire. » Hélas assombrie par une contravention dressée par les gendarmes. « Quand on a annoncé ça à Fournier, cette salope a répondu : « Je vous ai dit, moi, de vous foutre à poil ? Moi, ça me regarde pas, vos histoires avec les flics, je m’en fous complètement. » Il nous a répondu ça en continuant à vendre des pêches (il faut bien faire marcher le commerce) et ce ne sera pas pour payer les contraventions du copain et de la copine soit 400F minimum. (…) Cette salope qui ne s’intéresse qu’à ses petits problèmes de pollution ou d’antivaccination et refuse de faire front face à toutes les formes de répression, cette salope, dis-je, on s’en souviendra lors d’un prochain rassemblement PACIFIQUE (21)… »

 

 

Un autre, qui signe « Un excité du FLJ (22) », s’en prend au « dégueulis » de « ce con », « ce foireux » de Cavanna, qui, à vrai dire, a critiqué les tentatives d’affrontement avec la police. « Sa notoriété humoristique (…) ne le protègera pas plus des bombes atomiques que des baffes sur sa gueule. »

« Il faut néanmoins qu’une chose soit claire : nous ne nous laisserons pas polluer par les Cavanna et autres types de connards qui nous ont lassés à Bugey ce jour-là au nom de l’angoisse mortelle qui serait censée nous atteindre à la perspective de n’avoir plus d’eau potable dans 15 ans. (…) On ne fera pas l’économie d’une insurrection généralisée si l’on veut respirer, ta trêve biologique, pauvre plante verte, tu peux te la foutre au cul, évite-nous (23). »

Il faut de tout pour faire un rassemblement, même des enfants gâtés de 68 avec leur slogan de quinzaine commerciale – quoiqu’emprunté au groupe Lotta continua - et leur volonté de toute- puissance, qui exige puérilement : « Que voulons-nous ? Tout ! » Quitte à hurler au « fascisme » si leurs désirs se cognent aux réalités (24).

Reste qu’on était nu et ingénu au Bugey. On se baignait dans l’Ain et on se mélangeait dans l’autre, sans défiance ni permission, sans simagrées « inclusives », malgré la scission déjà actée, et vindicative, des féministes de VLR (25). Il revenait aux innovants transgresseurs d’aujourd’hui d’imposer leur revendication d’inclusion, en séparant les uns des autres dans des enclos bien surveillés. Il y a pire que les baby - boumeurs et les soixante-huitards, il y a leurs enfants et petits-enfants.

Plus qu’un an. Plus vite Fournier, plus vite. Il lance en novembre 1972, en guise de faire-part de décès, La Gueule Ouverte, le journal qui annonce la fin du monde où, « permettez que je me cite », il reproduit dans l’éditorial du premier numéro l’article d’avril 69 cité plus haut. « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions…etc. »

Fournier meurt trois numéros plus tard, en février 73, à 35 ans, d’un infarctus. Né avec une malformation cardiaque congénitale, et vivant depuis treize ans avec une aorte rapiécée d’un bout un tube, Fournier savait mieux que beaucoup d’autres qu’il n’avait pas le temps. Le bébé au hurlement magnifique, en couverture du premier numéro de La Gueule Ouverte, et qui rappelle si fort l’image finale de 2001, L’Odyssée de l’espace, c’est son fils, Laurent. – Ah oui, parmi ses multiples crimes, qu’une meute de lyncheurs queer d’aujourd’hui, ne manquerait pas de lui faire expier, Fournier vivait en père de famille hétéronormée.

Vous voyez qu’on fait difficilement plus « effondriste » et catastrophiste que Pierre Fournier et ses compagnons de lutte, le journal Survivre (les mathématiciens Alexandre Grothendieck, Pierre Samuel et Claude Chevalley), et Les Amis de la Terre, fondés en juillet 1970. Il faut reconnaître que l’écologie a beaucoup fait pour la cause de certains d’entre eux (Brice Lalonde, Pierre Radane, Dominique Voynet, Yves Cochet…). Ils en ont fait carrière électorale, technocratique, mondaine et médiatique, et en retour, ils l’ont transformée en repoussoir pour la plupart des gens comme pour les vrais écologistes à la Fournier, anti-industriels radicaux. Il suffit d’évoquer les noms de Noël Mamère, Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse, Denis Baupin et Cie, pour comprendre que le parti des Verts est avant tout une entreprise de trahison et de retournement, de l’intérieur, du mouvement écologique originel en officine écolo-technocratique (26).

Parmi les premiers des retardataires, il faut nommer L’Express qui publie des articles sur « la pollution » depuis décembre 1970 et chronique le rassemblement de Bugey sous la plume d’André Bercoff. Puis Le Nouvel Observateur en octobre 1971 et le mensuel Actuel qui dans son numéro 13, paru trois mois après le rassemblement du Bugey, quatre ans après les alertes de Fournier dans Hara-Kiri, publie un dossier de dix-sept pages, titré « Beuark ! » : « Le 10 juillet 1971, pour la première fois, 15 000 personnes se retrouvent en rase campagne pour protester contre l’installation d’une usine atomique à Bugey (sic). C’est énorme et c’est nouveau. »

 

 

L’article principal, « C’est quoi l’écologie ? » est rédigé par des journalistes extérieurs, Colette Saint-Cyr (1933-2015) et Henri Gougaud (1936-…), un ami de Fournier chanteur, occitaniste et future plume de La Gueule Ouverte. On y trouve également un entretien avec Barry Weisberg, un anticapitaliste – mais industrialiste – auteur revendiqué du concept d’écocide, et un texte de Robin Clarke, « expert de l’Unesco » intitulé « L’apocalypse » (27).

« Pourtant Fournier accueille assez fraîchement cet "excellent numéro sur l’écologie". Remarquant à propos des rédacteurs que "jamais encore ils avaient osé parler d’écologie", il les soupçonne d’un revirement de circonstance. D’autre part le dossier lui paraît gâché par un article de Michel-Antoine Burnier, qui dénonce "l’impérialisme intellectuel" de la pensée écologique (28). »

C’est que M-A. B. (1942-2013), rédacteur en chef d’Actuel, fils d’un notaire savoyard, mais diplômé de Science-Po, sartrien et membre de l’UEC (Union des Étudiants Communistes) des années 60, lance une charge contre « le prophétisme » catastrophiste de Robin Clarke. Son brulot intitulé « Doucement les débiles ! » mobilise une batterie d’arguments que les ennemis de l’écologie, de gauche à droite, n’ont cessé d’utiliser depuis.

Certes – « le problème écologique est éclatant : il n’est pas question de nier la gravité des déséquilibres humains et physiques qu’entraîne la société industrielle. » Mais on mange mieux et on vit plus vieux, ici et maintenant - en France, en 1971 - qu’ailleurs et avant. Il ne faut pas tout ramener à l’écologie. Ainsi les massacres, la famine et la maladie qui exterminent des dizaines de millions de Bengalis, de même que la malnutrition et la mortalité des ouvriers et paysans français des siècles passés, « n’ont rien à voir avec la société industrielle ». Conclusion : progrès de la qualité et de la quantité de vie. Le problème écologique est la rançon d’une victoire relative de la société industrielle sur la pénurie, la faim, l’épidémie, et le problème n’est si angoissant que parce que cette société est à la fois plus grande et plus complexe, plus solide et plus fragile. Burnier raille ensuite les « projections absurdes » des écologistes ; des prophéties de mauvais augure analogues à celles que l’on faisait jadis à propos de la terre, des épidémies et de la société future, avant que les découvertes imprévues et imprévisibles de l’Amérique, de la vaccination et l’avènement de l’industrialisme ne viennent tout bouleverser.

« La plupart des découvertes scientifiques et techniques sont encore devant nous : qui pourrait prétendre que nous connaissons dès maintenant toutes les sources d’énergie concevables, et les conséquences de leur utilisation ? L’électricité, l’avion, l’électronique ont ridiculisé la prospective du XIXe siècle sur l’avenir de la machine à vapeur, ses avantages et ses pollutions (29). »

On trouvera bien quelque chose. Le sempiternel argument de l’innovation, de la fuite en avant technologique (Ellul), d’autant plus piquant en 2021 que l’électronique, l’avion et l’électricité sont aujourd’hui reconnus coupables de destruction de la nature. Les « raisonnements péremptoires » des écologistes pessimistes paraissent à Burnier, aussi « irrecevables » que ceux des « technocrates optimistes ». Il y a offense au processus historique : « La notion d’évolution sociale elle-même, et les mouvements contradictoires et créatifs de l’histoire, des sciences, des affrontements sociaux, y sont volatilisés. Le monde de demain ne peut pas se concevoir comme le monde d’aujourd’hui multiplié par dix – ou par cent. »

Certes la société industrielle détruit l’ancienne société, ses valeurs, ses références, son organisation, ses rapports de pouvoir, sans les remplacer à ce stade « par autre chose qu’une manipulation pesante et superficielle », d’où une crise sociale mêlant conflits de classes et de générations – mais - dans leur conscience mystifiée et mystificatrice, les écologistes se trompent de combat. Ce qui est en cause à travers la défense du milieu naturel, selon Burnier, c’est la dévastation du milieu culturel. « La lutte pour la protection de la nature mime symboliquement une reconstitution du corps social : d’où ce récent succès qu’elle rencontre depuis peu dans l’idéologie de nos gouvernants. » - allusion fielleuse à la création dix mois plus tôt, en janvier 1971, d’un ministère de la Protection de la Nature et de l’Environnement, qui n’aurait jamais vu le jour sans les premières mobilisations écologistes.

Le reproche sous-jacent est de transformer la lutte contre la pollution en défense de « l’ordre naturel », confondue avec celle d’un ordre social inique et naturalisé par ses maîtres et profiteurs, afin d’en interdire toute remise en cause. Exemple : le « darwinisme social » ; la pseudo- « loi de la nature » qui favorise la survie du mieux adapté (« la domination des forts »), et la disparition ou l’asservissement des autres. Or la nature n’impose aucune loi à la société.

Tout ce qui est social est culturel, « construit » et passible de déconstruction, reconstruction, etc., suivant les volontés et les moyens des sociétaires. L’accusation tacite de Burnier a prospéré non seulement chez les ennemis du Capital, mais chez ceux de la famille, du patriarcat, de l’hétérosexualité, de l’humanité ; l’inculpation de « biocentrisme » remplaçant celle « d’impérialisme écologique », au point que l’idée même de « nature » a été « déconstruite », comme pure « construction » sociale, humaniste (« anthropocentrée »), sa destruction conceptuelle accompagnant et avalisant sa destruction réelle. On sait ainsi que suivant les « guerriers sociaux » la naissance dans un corps spécifique n’implique nulle détermination que la capacité magique à devenir quoi que ce soit ; et que le délire d’un individu qui se voit très franchement d’une espèce, d’une couleur, d’un sexe, différents de ceux de sa naissance, doit recevoir une sorte de cours forcé, éventuellement renforcé par des artifices cosmétiques, pharmaceutiques, chirurgicaux, et par une suspension de tout esprit critique imposée par le conformisme des croyants, en attendant que la loi s’en mêle. Embrouille dans le genre. On fera comme si les vessies étaient des lanternes et les ombres, des corps. Comme si le vin était du sang et le pain de la chair.

Comme si le roi n’allait pas cul nu, mais en habit magnifique (30). L’essentiel, c’est le « ressenti », et si « à l’intérieur », « en moi-même », je sens que je suis une très jolie petite chatte siamoise, c’est que le suis : sentir c’est savoir. Et si je le sais, vous êtes sommé d’y croire sur parole et de me traiter comme telle - quoiqu’on puisse me prendre à première vue pour un splendide mâle Alpha de type homo sapiens - sauf à me manquer de respect et à pécher par « transphobie ».
En fait et pour retourner la logomachie dominante, jamais l’impérialisme socio-technique (« culturaliste ») n’a davantage régné qu’aujourd’hui, en 2021. Jamais les désirs n’ont été pris à ce point pour des réalités, falsifiant tour à tour les mots et les choses afin de changer la vie et de transformer le monde. Jamais la biophobie et la paranoïa de puissance n’ont davantage imposé leurs représentations aux moyens des technosciences. Jamais la société n’a davantage imposé sa loi à la nature, quitte à fracasser la réalité pour la conformer aux phantasmes de la technocratie dominante. Voyez la convergence des mouvements transhumanistes et transidentitaires (31).

Que les « débiles », Fournier, Grothendieck, Charbonneau, Ellul, Bookchin, Orwell, Simone Weil etc., aspirent consciemment à une « révolution écologique » d’inspiration anarchiste, dont le contenu s’élabore depuis le XIXe siècle, dans des dizaines de livres et d’expériences, c’est ce que Burnier ignore dans ses « raisonnements péremptoires », afin de les réduire à la caricature qu’il s’en fait. Des passéistes ignares et naïfs, sinon « pétainistes », suivant l’inusable poncif d’Emmanuel Berl sur « la terre qui ne ment pas ». Des babas champêtres « obnubilés par la dégradation du milieu naturel », la défense des petits oiseaux, des papillons et des fleurs. Des idiots utiles des monopoles et des grandes compagnies qui « seront les premiers – et peut-être les seuls – à pouvoir supporter le poids technologique et financier d’une production industrielle « propre » et d’une restructuration du milieu physique. »

Burnier s’imagine, ou feint de s’imaginer, que les écologistes ne combattent que « les pollutions » et les « dégradations de la vie urbaine » (HLM, embouteillages, etc.), lesquelles « ne résultent pas d’une « offense à un équilibre « naturel » qui n’existe plus depuis des siècles, mais « des privilèges, des profits et des incuries ». Il ne sait pas, ou ne veut pas savoir, que la racine des maux, au-delà du capitalisme – plus ou moins régulé - c’est l’industrialisme. Que la Machine soit bleue, blanche, rouge – ou verte. D’où son procès en « collaboration de classe », plutôt cocasse quand on songe à son évolution ultérieure et à celle d’Actuel, dans les années 80, avec ses articles gourmands sur les « coups de fric » et les winners.

« On le voit déjà : dans un pays comme la France, une petite usine traditionnelle pollue proportionnellement plus qu’une usine moyenne et moderne, et celle-ci plus qu’un grand établissement de pointe. M. Ricard dépense des millions pour la sauvegarde de l’eau pure : il en faut pour mouiller le pastis. L’eau pure profite à tous, mais M. Ricard n’est pas un allié (32). »

Et voilà comment, croyant lutter contre l’incarcération de l’homme-machine dans un monde- machine, vous faites le jeu de la World Company, et vous êtes en fait l’allié objectif de M. Ricard. Bref, Fournier avait raison de suspecter cet intérêt subit d’Actuel pour l’écologie, à l’automne 1971. 15 000 jeunes manifestants, voilà en effet de quoi signaler un marché aux marchands, un lectorat aux magazines et un électorat aux élus. Ayant tout fait, lucidement, pour que ses idées soient récupérées par les médias, les organisations et tutti quanti, Fournier ne peut ignorer cette récupération quand elle opère enfin, ni l’amertume dont se teinte sa réussite. Fièrement seul et réservé, il fut quatre ans durant, entre 1969 et 1973, celui par qui « la révolution écologique », suivant son expression, la défense indissociable de la liberté humaine et de la nature sauvage, vit le jour en France. Penseur, diffuseur, meneur, animateur. Quitte à s’attirer les pillages des arrivistes et profiteurs ; et l’envieuse agressivité des « révolutionnaires » auto-proclamés, qui vocifèrent alors dans Tout ! , comme ils vocifèrent aujourd’hui sur Rebellyon ou Lundi matin.

Les maos grenoblois qui animent en ce même automne 1971 un « Comité anti-pollueurs » poussent la loyauté et l’élégance jusqu’à lui censurer un article sur le sit-in de Bugey, qu’ils lui ont pourtant demandé pour Vérité Rhône-Alpes, le supplément régional de La Cause du Peuple et l’organe des « Comités anti-intox » de Grenoble :
« Son texte a provoqué un « gros émoi dans le poulailler maoïste », au motif qu’il n’était pas dans la ligne prolétarienne. Quelques déviationnistes prennent sa défense : après deux heures d’âtres discussions, il est finalement décidé de le publier. Cependant, profitant du départ des quelques défenseurs de Fournier, d’autres militants suppriment l’article (33). »

C’est ce type d’incident burlesque et sordide, véritable acte manqué, qui met à jour les vérités des uns et des autres. Et comme un mao grenoblois de 17 ans, ayant connu sa première manifestation au Bugey, n’est pas le plus mal placé pour en parler, voici quelques notes à l’usage de ceux qui n’y étaient pas.

 

 

Le « Comité anti-intox » était un groupe de gauchistes – surtout étudiants et universitaires – constitué des maos de la Cause du Peuple et de ceux de la Gauche révolutionnaire (une tendance du PSU…), et issu d’un mouvement de contestation du Daubé, le quotidien local.
Le « Comité anti-pollueurs », animé par ces mêmes maos, étudiants, universitaires, etc., enquête et dénonce les nuisances dans la zone chimique de Pont-de-Claix, les risques d’explosions, d’empoisonnement, pour les ouvriers et pour les voisins des usines. Le Comité anti-pollueurs publie dans Vérité Rhône-Alpes et dans Vérité Chimie, un numéro spécial – c’est pratique. On y apprend ainsi qu’un défoliant fabriqué chez Progil et pulvérisé par les Américains au Vietnam, a servi à y détruire les forêts. Reste que pour ces communistes (maoïstes, staliniens ou trotskystes), la « pollution » est un sous-produit du capitalisme, non de la société industrielle. Ce qui les émeut, ce n’est pas la production d’herbicides, de pesticides, de fongicides – qui, fatalement, se transforment en homicides – mais les conditions de ces productions « socialement utiles » en elles-mêmes. Usines en zones habitées, car les ouvriers et leurs familles ont tendance à demeurer au plus près de leurs lieux de travail, alors qu’il faudrait selon nos anticapitalistes, soit mettre les usines à la campagne, soit les cités ; produits et procédures dangereux, matériel vétuste, etc. Ce qu’ils veulent, ce sont des « précautions ». Ce qu’ils contestent, ce n’est pas la destruction de la nature (eaux et forêts), ni ses effets sur l’humanité, mais les risques et nuisances immédiates pour les « masses » (34).

En pratique, c’est un chercheur de l’IREP (Institut Régional d’Économie et de Planification), Raymond Avrillier (1947-…), qui anime le Comité Anti-Pollueurs, et deux autres, Pierre Boisgontier (1934-2007) et Michel Bernardy de Sigoyer (1947-2002), qui produisent Vérité Rhône Alpes. Ce sont eux qui restent à la fin des réunions, qui font les maquettes et impriment le journal. Ce sont également ces deux-là qui ont l’autorité, voire l’autoritarisme, pour couper un article de leur propre chef, en dépit de l’accord collectif et des engueulades ultérieures. Et il est probable qu’ils le firent, ne fût-ce que pour satisfaire les éléments « prolétariens », mais comme on n’y était pas ce jour-là, on ne peut l’assurer.

Il convient pour être juste d’ajouter que ces trois ingénieurs militants participèrent, comme nombre d’ex-maos, au mouvement contre Superphénix, quatre ans plus tard (1975), et qu’ils y jouèrent à des moments différents et de façons différentes, des rôles majeurs, même si aucun des trois ne s’affranchit jamais de son formatage technologiste (35). En ce sens, la carrière ultérieure de Raymond Avrillier, en tant qu’« élu écologiste » au sein des exécutifs locaux et régionaux de 1989 à 2008, est également symptomatique du retournement des « écologistes » en technologistes. Les meilleurs techniciens du système technicien (Ellul), qu’ils ne veulent surtout pas démanteler, mais bien au contraire, optimiser. Ce n’était finalement ni une erreur, ni un malentendu, si les « écomaos » avaient censuré Fournier, l’écologiste véritable, à l’automne 1971 ; et ce n’est pas non plus par erreur, ni malentendu, que les écotechs « Verts » ont falsifié et retourné la pensée de Fournier (de Grothendieck, Charbonneau, Ellul, Anders, Camus, etc.), dès qu’ils commencèrent à se faire élire.

Guy Debord a au moins un point commun avec les maos, trotskystes, staliniens et marxistes saint-simoniens : il est anticapitaliste. A l’automne 1971, l’observateur acéré de La Société du Spectacle (1967) – qui eut quelques contacts avec Ellul, dix ans plus tôt – ne peut plus taire que : « La "pollution" est aujourd’hui à la mode, exactement de la même manière que la révolution : elle s’empare de toute la vie de la société, » mais bien sûr, « elle est représentée illusoirement dans le spectacle », d’où la nécessité d’un diagnostic situationniste pour dire le vrai du faux.

La Planète malade, un résumé des symptômes relevés depuis des années par la critique écologiste et anti-industrielle, se conclut ainsi : « La révolution ou la mort », ce slogan n’est plus l’expression lyrique de la conscience révoltée, c’est le dernier mot de la pensée scientifique de notre siècle. Ceci s’applique aux périls de l’espèce comme à l’impossibilité d’adhésion pour les individus (36). »

Cependant, quels remèdes préconise le docteur Debord à cette maladie planétaire ? Une production industrielle désaliénée et tout le pouvoir aux soviets de producteurs.
« […] (par exemple les navires déverseront immanquablement leur pétrole en mer tant qu’ils ne seront pas sous l’autorité de réels soviets de marins). Pour décider et exécuter tout cela, il faut que les producteurs deviennent adultes : il faut qu’ils s’emparent tous du pouvoir. […] La production industrielle aliénée fait la pluie. La révolution fait le beau temps (37). »

C’est-à-dire que Debord n’est en rien contre l’industrie pétrolière, uniquement contre la mainmise des « bourgeois » (capitalistes privés), et des bureaucrates (capitalistes d’État), sur celle-ci. Mais il pense qu’« une autre industrie » est possible, aux mains des conseils de mineurs, de marins, d’ouvriers des raffineries, etc. Une industrie du pétrole conseilliste, situationniste, ne pollue pas. Rien que les communistes d’aujourd’hui (les « bureaucrates »), de Badiou au NPA, de Lutte ouvrière au Parti communiste, des Insoumis à l’Union communiste libertaire, sans compter toutes leurs séquelles « anticapitalistes », « écosocialistes », citoyennes et libertaires, ne seraient prêts à signer, maintenant que « la fin du monde » est devenue la chose la plus scientifique, la plus officielle et incontournable de ce même monde. Imbéciles ! Fournier vous l’avait bien dit ! Et avant lui, Giono, Ellul et Charbonneau (qui écrivait dans La Gueule ouverte), et Bookchin, Carson, Anders, Camus, et tant d’autres que vous avez écrasés de votre science infuse et de votre socialisme scientifique.

Lorsque les usines et laboratoires chimiques, nucléaires, etc., seront sous l’autorité de réels soviets de techniciens - comme le voulaient Veblen et le mouvement technocratique américain (38) - il n’y aura plus de fuites de gaz, de rejets radioactifs dans l’environnement, ni de déchets nucléaires à entreposer, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes industriels désaliénés. Il faut et il suffit pour cela de tout remettre, « excepté nous-mêmes, au seul pouvoir des Conseils de Travailleurs possédant et reconstruisant à tout instant la totalité du monde, c’est-à-dire à la rationalité vraie, à une légitimité nouvelle » (Debord, La Planète malade).

Le pari de Debord, celui qu’il affecte de tenir, c’est la victoire de l’intelligence collective sur la bêtise collective - quoique rien dans sa vie n’indique qu’il ait vraiment cru à cette audacieuse profession de foi. Et d’ailleurs quiconque ayant participé à des collectifs et assemblées générales peut faire maints récits désabusés et désopilants de leur dépendance envers les factions et meneurs qui les structurent en sous-main, et s’en servent comme caisses de résonnance et masses de manœuvre.

Bref, en 1972, tout le monde s’alarme de la fin du monde.

A suivre.

Marius Blouin
La Marée verte et ses épaves (première partie)
Grenopolis, décembre 2021


1 Cf. « Et si nous sommes, qui sommes-nous ? », https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1320

2 Cf. « Ludd contre Marx », « Ludd contre Lénine », Ludd contre les Américains », De la technocratie,
https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=693

3 Cy Lecerf Maulpoix, Écologies déviantes, Éditions Cambourakis, 2021

4 Ph. Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005

5 Cf. « Vivant » par Nicolas Truong, Le Monde, 23/09/21. « L’écologie, c’est la nouvelle lutte des classes », par Nicolas Truong, Le Monde, 11/12/21

6 Cf. Pièces et main d’œuvre, « IBM et la société de contrainte », in L’industrie de la contrainte, L’Échappée, 2011

7 Cf. D. Quessada, L’inséparé, essai sur un monde sans autre, PUF, 2013

8 Cf. Bertrand Louart, Les Êtres vivants ne sont pas des machines (La Lenteur, 2018) ; Pièces et main d’œuvre, Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, (Service compris, 2017) ; Alertez les bébés (Service compris, 2020) ; Le règne machinal (Service compris, 2021)

9 Cf. F. Gaillard, « Innovation scientifreak : la biologie de synthèse », in Pièces et main d’œuvre, Sous le soleil de l’innovation, rien que du nouveau ! L’Échappée, 2013

10 Le Monde, 11/12/21

11 Cf. « Retour à Grenopolis : tout ce que nous cachent les élections municipales », https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1256

12 Cf. « Sandrine Rousseau : un CV de technocrate », https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1567

13 https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1320

14 Cf. Revue Comment –mars 1980, repris dans Toward an Ecological Society. Black Rose Books, 1980

15 « Démasquez les physiciens ! Videz les laboratoires ! », André Breton et le Comité de lutte anti-nucléaire (1958), en ligne sur www.piecesetmaindoeuvre.com

16 Cité in R. Garcia. Murray Bookchin et Edward Abbey – Notre Bibliothèque Verte, 3/11/20. En ligne sur www.piecesetmaindoeuvre.com

17 Éditions Premières pierres 2002.

18 Cf. André Pichot, La Société pure. De Darwin à Hitler. Ed. Flammarion, 2000.

19 Cf. Pierre Fournier & Gébé – Notre Bibliothèque Verte N° 28 & 29 sur www.piecesetmaindoeuvre.com

20 Rassemblement antinucléaire et féministe, en mixité choisie sans hommes cisgenres. 21-22 septembre 2019, près de Bure (55). Bombesatomiques.noblog.org

21 Tout ! juillet 1971. Patrick Gominet et Danielle Fournier. Fournier précurseur de l’écologie. Ed. Les Cahiers dessinés, 2011. p. 247, 248

22 Front de libération de la jeunesse, le groupe jeune de Vive La Révolution

23 Tout ! numéro d’été, 29 juillet 1971

24 Écoutez cependant Les ombres et la lumière, le témoignage de Richard Deshayes, le dirigeant du Front de Libération de la Jeunesse, qui a payé sa vérité de ses deux yeux. Sur Youtube, Richard Deshayes, les ombres et les lumières.

25 Cf. Manus McGrogan. Tout ! L’Échappée, p.118

26 Cf. L’Enfer Vert, un projet pavé de bonnes intentions, Tomjo. L’Échappée, 2013.

27 Cf. R. Clarke, La Course à la mort ou la technocratie de la guerre. Le Seuil, 1972

28 Patrick Gominet et Danielle Fournier. Fournier précurseur de l’écologie. Ed. Les Cahiers dessinés, 2011. p. 246, 24

29 Actuel n°13, octobre 1971

30 Cf. « Ceci n’est pas une femme (A propos des tordus "queer") », 3/11/14, sur www.piecesetmaindoeuvre.com

31 Cf. Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, op. cit.

32 Actuel n°13, octobre 1971

33 Patrick Gominet et Danielle Fournier. Fournier précurseur de l’écologie. Ed. Les Cahiers dessinés, 2011. p. 248

34 Cf. Chimie, des « antipollueurs » aux écotechs. 8 juin 2005 sur www.piecesetmaindoeuvre.com

35 Cf. Memento Malville, 14 juin 2005 sur www.piecesetmaindoeuvre.com

36 Guy Debord, La Planète malade, 1971

37 Idem.

38 Cf. De la technocratie, chap. 3 « Ludd contre les Américains », Marius Blouin (Pièces détachées n°80/80’)

BUGEY POUR MÉMOIRE
Manifestation anti-nucléaire de Bugey, le 10 juillet 1971.
https://dai.ly/xjs52a
https://www.dailymotion.com/embed/video/xjs52a

LA GUEULE OUVERTE N°1
https://www.calameo.com/books/005163808c51b80078530

TOUT ! N° SPÉCIAL – ÉTÉ 1971
http://archivesautonomies.org/IMG/pdf/maoisme/tout/tout-ete71.pdf

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