UN INGÉNIEUR D'EDF PORTE PLAINTE CONTRE EDF

Publié le par Résistance verte

 

Après les révélations de fraude à la centrale du Tricastin par Médiapart en 2019, Le Monde annonce le dépôt d’une plainte à l’encontre d’EDF et de la direction de la centrale nucléaire du Tricastin.

C’est dans son édition de vendredi 12 novembre 2021, que le journal Le Monde révèle l’information : « une plainte a été déposée au début d’octobre devant le tribunal judiciaire de Paris. Elle vise EDF et la direction de la centrale du Tricastin aux chefs [notamment] de mise en danger de la vie d’autrui […] ». L’auteur de la plainte n’est autre qu’un ingénieur d’EDF, membre de la direction de la centrale du Tricastin.

Ce que révèle l’article du Monde avait déjà été pointé par Médiapart dans son article du 19 juillet 2019, intitulé « Centrale du Tricastin : EDF triche avec la sûreté nucléaire ». Les exemples cités sont édifiants : non-respect des procédures générales, déclarations tardives voire non déclarations d’incidents, recours à l’intimidation de la part de la direction de la centrale, fraude à la déclaration d’accidents du travail avec arrêt, etc.

Au vu de ces constats, on ne peut que s’interroger : combien d’incidents relatifs à la sûreté des centrales sont correctement portés à la connaissance de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), combien sont minorés ou carrément dissimulés ?

En dépit de ses inspections, l’ASN n’est guère armée pour faire face aux fraudes. C’est ce qu’avait démontré le scandale de l’usine du Creusot avec des irrégularités, voire des falsifications, dans des dossiers de fabrication de pièces en acier pourtant vitales pour la sûreté des réacteurs nucléaires.

http://www.criirad.org/installations-nucl/EPR%20Flamanville/EPR%20Flamanville.html

Dans son témoignage au Monde, l’ingénieur du Tricastin confirme que cette politique touche également directement EDF et le fonctionnement des réacteurs : « On a tellement bien dissimulé certains incidents que l’ASN ne les a pas vus, c’est très grave. ».

Ce sont les fondements même de la sûreté nucléaire qui sont remis en question par ces pratiques de dissimulation, le système étant fondé sur un processus de déclaration et sur la transparence des exploitants nucléaires.

La plupart des inspections de l’ASN dans les installations nucléaires de bases sont des inspections programmées. Les exploitants ont donc le temps de les anticiper et de montrer leurs installations sous le meilleur jour possible. S’il y a délibérément de la part des exploitants des falsifications et des dissimulations comment garantir la détection d’anomalies par l’ASN ? Bien qu’elle ne puisse être en permanence présente sur les sites, pourquoi l’ASN n’a-t-elle pas plus souvent recours à des inspections inopinées ?

L’inquiétude de la CRIIRAD sur la sûreté des installations nucléaires tient également aux témoignages de salarié·es d’EDF qui sont de plus en plus nombreux.ses à faire état de la forte dégradation de la culture de la sûreté au sein de l’entreprise. Malheureusement, au sein de la filière nucléaire, parmi les experts officiels (IRSN) et même au sein de l’ASN, la parole reste muselée. Le sort réservé à celles et ceux qui osent parler maintient tout le monde dans le silence : licenciement de Christine Fassert, chercheuse à l’IRSN ; mise à pied et sanctions disciplinaires de Gilles Rénaud, Chef de chantier chez Orano Démantèlement et services, … Se pose donc la question de la protection des lanceurs d’alerte qui devrait être une priorité absolue en matière de sûreté nucléaire.

Ce dossier apparaît suffisamment préoccupant pour qu’il n’en reste pas qu’à l’échelon judiciaire.

Afin d’obtenir des éclaircissements sur les faits révélés dans l’article du Monde et le dossier de Médiapart, la CRIIRAD a donc expressément demandé une réunion extraordinaire d’urgence de la CLIGEET (Commission Locale d’Information des Grands Equipements Energétiques du Tricastin) dont elle est membre. Alors que cette instance doit assurer une mission officielle d’information, les incidents qui motivent la plainte de l’ingénieur EDF n’ont pas été communiqués ou ont été présentés sous une forme incompatible avec les versions rapportés par les médias.

La CRIIRAD prépare donc un ensemble de questions à transmettre au secrétariat de la CLIGEET afin d’obtenir des documents, justifications et explications de la part de l’exploitant et de l’ASN.

http://www.criirad.org/

Publié dans Nucléaire

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