MANQUE DE CONFINEMENT DES DÉCHETS RADIOACTIFS

Publié le par Résistance verte

 

L'ancienne mine d'uranium des Bois Noirs dans la Loire.

Les années et décennies passent, et l’inquiétude demeure. Alors que se tenait cette semaine la commission de suivi de l’ancienne mine d’uranium, à Saint-Priest-la-Prugne, le Collectif Bois Noirs a rappelé l’urgence d’un réaménagement pérenne du site.

Des représentants de l’État et de ses administrations, des exploitants du Site (Orano, ex-Areva), des élus, des riverains, des spécialistes de la sûreté nucléaire et de la radioactivité… Tous étaient rassemblés ce mardi 16 novembre à Saint-Priest-la-Prugne à l’occasion de la réunion de la commission de suivi du site de l’ancienne mine. Une rencontre attendue et qui n’avait pu se tenir l’an passé.

L’occasion pour le Collectif Bois Noirs de rappeler sa méfiance, toujours vive, à l’égard de la gestion de ce site.

Depuis 40 ans et la fermeture de la mine d’extraction d’uranium en 1980, l’association alerte et se mobilise pour que soit notamment trouvée une solution durable et satisfaisante pour confiner les résidus d'exploitation radioactifs, stockés actuellement sous un lac artificiel (plus de 1,3 million de tonnes). Le tout est recouvert d’une lame d’eau de 2 mètres dans un lac protégé par une digue, l’eau servant d’écran aux émanations.

« Tout un tas de menaces planent à moyen et long termes autour de ces déchets », replace le collectif. « L’eau est censée faire écran aux remontées de gaz radon, mais que se passerait-il si elle venait à manquer ? En outre, tous ces déchets sont à la merci d’une éventuelle dispersion : si la digue venait à céder ? »

L’association est également toujours en attente d’une expertise hydrogéologique qu’elle juge « indispensable ». Réclamée par arrêté préfectoral depuis 2017, elle est restée pour l’heure lettre morte. « Il serait bon de savoir où vont les eaux souterraines contaminées par les anciens travaux miniers », insiste Arlette Maussan, la présidente. « Nous sommes ici sur un système de faille géologique. La circulation de l’eau est intense ».

Dans ce coin des Bois Noirs, des galeries avaient été creusées jusqu’à 440 mètres de profondeur sur 10 niveaux, représentant 50 km de long. « Il est légitime de s’interroger : où sortent ces eaux profondes contaminées? » Une source d’inquiétude pour le collectif, qui trouve également les résultats des analyses des eaux superficielles « insuffisants ». « La gestion des eaux de surface n’est pas maîtrisée », tranche même l’association. Le confinement des eaux ne serait pas correctement garanti par les systèmes de protection actuels.

118.000m3 d’eau polluée et non traitée se sont écoulés dans la rivière La Besbre

Et d’évoquer les récents dysfonctionnements de la nouvelle station d’épuration. En février dernier, 118.000m3 d’eau polluée et non traitée se seraient échappés pour rejoindre la rivière La Besbre.

Traitement et gestion des eaux, choix des lieux d’analyse pour le suivi du site et « autocontrôles » du gestionnaire… Les sujets de préoccupations ne manquent pas pour le collectif, qui en a fait part à nouveau ce mardi à la commission, alors même qu’un projet de réaménagement du bassin de stockage semble se profiler.

Ces dernières années, plusieurs dossiers avaient été présentés par le gestionnaire du site. Tous retoqués, faute d’adhésion, entraînant même une forte contestation locale. Le dernier en date prévoyait de remplacer la lame d’eau par une couverture solide. Une piste à nouveau explorée actuellement par Orano.

« Entre l’ancien projet et le nouveau, on cherche le jeu des sept erreurs ! On nous ressert le même discours », regrette Arlette Maussan, pour qui « le scenario n’est pas abouti. Des questions se posent comme sur le choix du tracé d’un nouveau lit de la Besbre. Orano tâtonne. Incompétence ou mauvaise volonté? », s’interroge la présidente. Laquelle reconnaît qu’il n’y a malheureusement « pas de solution miracle » pour cet épineux dossier des Bois Noirs.

 

 

Pas de garantie satisfaisante de confinement à long terme

Le collectif n’est pas le seul à alerter. La Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) suit ce dossier de près depuis des années. Bruno Chareyron, directeur du laboratoire, était présent à la réunion et à l’entrée du site ce mardi, aux côtés du collectif.
 
Pour la Criirad, « il est anormal de laisser près de 1,4 million de tonnes de résidus radioactifs - qui vont le rester des centaines de milliers d’années - au fond d’une vallée dans un lieu non étanchéifié. Ce site ne présente pas les garanties de confinement à long terme pour des déchets avec de tels niveaux de radioactivité. On peut imaginer des événements climatiques extrêmes avec un risque de rupture de la digue », note le spécialiste indépendant.

Pour Bruno Chareyron, beaucoup de problèmes se posent aussi à plus court terme.  « Les niveaux de rejets autorisés par l'administration (radium et uranium) sont, de notre point de vue, beaucoup trop élevés. Certes, Orano peut atteindre les niveaux fixés, mais ça ne veut pas dire que cela soit satisfaisant par rapport à la protection de l'environnement ».

Et de rappeler que la Criirad avait montré, il y a quelques années, une contamination des mousses aquatiques par des éléments radioactifs dans la Besbre avec des niveaux, à 30 km en aval, 10 fois supérieurs à la radioactivité mesurée en amont du site; et 600 fois supérieurs à 100 mètres en aval. « On souhaiterait que le traitement des eaux soit suffisamment efficace pour qu'il n'y ait plus de rejets radioactifs liquides dans la rivière ».

La Criirad réclame également que le dispositif de surveillance de l'impact du site sur les habitants soit revu. « Il y a des dizaines de lieux qui présentent des taux beaucoup plus élevés dans le secteur que celui où est implanté le capteur officiel. Après 20 ans de démarches, on avait réussi à faire recenser des endroits contaminés autour des Bois Noirs, mais il y a en a encore beaucoup d'autres à recensés et à décontaminer. Ce n'est pas normal d'exposer les riverains sur un temps infini. On parle de milliers d'années de radioactivité ».

https://www.le-pays.fr/saint-priest-la-prugne-42830/actualites/ancienne-mine-des-bois-noirs-la-mefiance-du-collectif-toujours-vive_14046093/

 

 

Publié dans Nucléaire

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