450 SCIENTIFIQUES APPELLENT À APPLIQUER LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Publié le par Résistance verte

 

Des chercheurs appellent à l’arrêt de l’utilisation en milieu ouvert de ces molécules (SDHI) qui bloquent la respiration cellulaire dans l’ensemble du vivant et déplorent un déni des données scientifiques.

Après deux ans d’échanges sur les pesticides SDHI [pour succinate dehydrogenase inhibitor, « inhibiteurs de la succinate déshydrogénase »] avec des parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat, les autorités sanitaires (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, Anses), des parties prenantes du monde agricole conventionnel (FNSEA, UIPP) et des associations de protection de la nature (Coquelicots, Pollinis, Générations Futures), de nouvelles données scientifiques sont récemment publiées qui font suite à trois décennies de recherches et renforcent notre grande inquiétude sur l’usage de ces pesticides.
http://endsdhi.com/wpcontent/uploads/2019/11/2019-Benit-et-al-version-française-PlosOne-19.pdf
http://endsdhi.com/aller-plus-loin/articles-de-recherche

Outre les dégâts considérables des pesticides sur la biodiversité, ces données laissent prévoir le risque additionnel chez l’homme d’une catastrophe sanitaire liée à leur usage.

Les SDHI inhibent la succinate déshydrogénase, également appelée complexe II de la chaîne respiratoire des mitochondries. La chaîne respiratoire, qui comporte cinq complexes, est indispensable à la production d’énergie et donc à la survie de toute cellule.
Contrairement à leur désignation commerciale trompeuse de « fongicides », ces études montrent que les SDHI n’ont aucune spécificité, ni d’espèce (ils inhibent toutes les SDH testées, quelle qu’en soit l’origine, depuis les champignons jusqu’à l’homme), ni de complexe (les SDHI de dernière génération inhibent aussi le complexe III de la chaîne respiratoire des mitochondries).

Elles montrent aussi que les tests réglementaires sont systématiquement effectués dans des conditions qui masquent la toxicité cellulaire des SDHI, et sont donc largement inadaptés...


https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/01/21/pesticides-sdhi-450-scientifiques-appellent-a-appliquer-le-principe-de-precaution-au-plus-vite_6026712_1650684.html

 

DES FONGICIDES DESTRUCTEURS

Alors que se multiplient les alertes des scientifiques sur les conséquences mortifères des pesticides SDHI pour les abeilles domestiques et sauvages, la santé humaine et l’ensemble du vivant, les autorités françaises et européennes jouent la montre et refusent d’appliquer le principe de précaution.

Les preuves s’accumulent, le déni persiste

Une étude indépendante menée par deux éminents chercheurs - Pierre Rustin, directeur de recherche émérite au CNRS, et Paule Bénit, ingénieure de recherche à l’INSERM - démontre que les SDHI peuvent endommager les cellules humaines et animales et que les tests censés prévenir ces risques ont été incapables de les évaluer. Ces conclusions implacables, publiées en novembre 2019 dans la revue scientifique PLOS ONE (1), se sont heurtées à l’inertie coupable des politiques : notre pétition européenne, validée par les députés européens en dépit de l’attitude malveillante de leurs services administratifs, est toujours bloquée dans les arcanes du Parlement tandis qu’en France, malgré la lettre ouverte du Professeur Rustin au président de l’ANSES, l’autorité de régulation sanitaire française, et l’interpellation du Président de la République par notre association, les autorités temporisent. Pendant ce temps, des centaines de tonnes de SDHI continuent chaque année de contaminer nos sols, d’empoisonner notre nourriture, de ravager les pollinisateurs et l’ensemble de la biodiversité.

Un poison du quotidien

Tomates, céréales, pommes, raisins… quasiment tous les produits alimentaires que nous consommons en Europe sont contaminés par l’usage intensif de SDHI. Et leur extrême nocivité inquiète de plus en plus (https://action.pollinis.org/go/27127?t=19&akid=7899%2E1334912%2EA-xOF4) : le Tribunal judiciaire de Foix a imputé la mort de 2 millions d’abeilles au Voxan, un SDHI commercialisé par BASF (2). Des études ont démontré que dans les champs, une seule année de traitement suffisait à décimer 30 % des vers de terre, essentiels aux écosystèmes. Même les notices d’utilisation de ces produits toxiques confirment l’apparition de tumeurs chez les souris exposées. Une étude à paraître aujourd’hui sur Science Reports (3), qui a pu voir le jour grâce au soutien de POLLINIS, souligne les effets cumulatifs et dévastateurs des cocktails de pesticides (mélange de SDHI à d’autres pesticides) sur les abeilles…
https://action.pollinis.org/go/48447?t=22&akid=7899%2E1334912%2EA-xOF4
Des résultats qui ne laissent plus aucun doute quant à la nocivité des SDHI et les risques inconsidérés qu'ils font porter sur les écosystèmes et la santé publique.

Des profits ou la vie

En dépit des risques pour la santé des pollinisateurs et des Hommes, les industriels continuent d’engranger des profits mirobolants grâce aux SDHI. Ces produits génèrent un marché mondial estimé à plus de 2,5 milliards de dollars en 2018... qui pourrait dépasser les 6 milliards de dollars en 2024. C’est autant de ressources aux mains de l’agrochimie pour étouffer le scandale sanitaire, financer des études orientées et dénigrer les lanceurs d’alerte, avec le blanc-seing des autorités sanitaires qui s’abritent derrière des tests inadaptés aux mécanismes d’action propres aux SDHI.

https://action.pollinis.org/sign/stop-sdhi-fr/?t=23&akid=7899%2E1334912%2EA-xOF4

1. Paule Bénit et al., 2019. Evolutionarily conserved susceptibility of the mitochondrial respiratory chain to SDHI pesticides. PLOS ONE. https://action.pollinis.org/go/11506?t=33&akid=7899.1334912.A-xOF4

2. 20 minutes, Ariège : Il avait perdu deux millions d'abeilles à cause d'un épandage, l'intoxication reconnue par la justice, 16 juin 2020. https://action.pollinis.org/go/48543?t=34&akid=7899.1334912.A-xOF4

3. Azpiazu, C., Bosch, J., Bortolotti, L. et al. Toxicity of the insecticide sulfoxaflor alone and in combination with the fungicide fluxapyroxad in three bee species. Sci Rep 11, 6821 (2021). https://action.pollinis.org/go/48534?t=35&akid=7899.1334912.A-xOF4

 

Publié dans Pollution chimique

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