WILHELM REICH PSYCHIATRE ET PSYCHANALYSTE MARXISTE

Publié le par Résistance verte

(Extraits)

La structuration autoritaire de l'homme se produit - ce qu'il s'agit de ne jamais perdre de vue - en premier lieu par l'ancrage d'inhibitions et d'angoisses sexuelles dans la matière vivante des pulsions sexuelles.

Le fascisme allemand a essayé par tous les moyens de s'enraciner dans les structures psychiques et s'est attaqué pour cette raison de préférence aux enfants et aux jeunes. Le seul moyen dont il disposait était d'éveiller et d'entretenir la soumission à l'autorité, grâce à une éducation ascétique et anti-sexuelle. Les aspirations sexuelles naturelles qui portent dès l'enfance un sexe vers l'autre et qui demandent à être satisfaites, étaient remplacés par des sentiments sadiques détournés, en partie aussi par l'ascèse. Cette remarque s'applique au prétendu "esprit de camaraderie" dans les camps de travail et à l'éducation des jeunes au trop fameux "esprit de discipline et d'obéissance". Cette éducation avait pour fonction de déchaîner la brutalité et de la mettre au service de la guerre impérialiste.

Wilhelm Reich, La Psychologie de masse du fascisme, 1933

La peste émotionnelle est une conséquence directe de la répression de l’amour génital (...). C’est un mal épidémique comme la schizophrénie et le cancer (...). Elle est inculquée à l’enfant depuis le premier jour de sa vie.  

Pour la première fois dans l'histoire de la médecine, la peste émotionnelle qui prend racine et se trouve alimentée par la crainte de sensations organiques a trouvé un adversaire médical. Nous estimons que tel est notre devoir : permettre à l'animal humain d'accepter en lui-même la nature, de cesser de fuir et de jouir de ce dont il a actuellement si peur.

Wilhelm Reich, l’Analyse caractérielle, 1933

La vie sexuelle étroite, misérable, prétendument "apolitique" doit être étudiée dans son rapport avec les problèmes de la société autoritaire. La politique n'a pas pour domaine les déjeuners diplomatiques, mais la vie quotidienne. La conscience sociale est donc indispensable dans la vie quotidienne.

Si une minorité détient le pouvoir politique, alors elle possède également le pouvoir de constituer la structure idéologique générale. En conséquence, dans une société autoritaire, la façon de penser de la majorité du peuple correspond aux intérêts de ceux qui dominent politiquement et économique. Dans une véritable démocratie, une démocratie du travail en revanche, l'idéologie sociale correspondrait aux intérêts vitaux de tous les membres de la société.

La science, dans la mesure où elle est inconsciemment influencée par l'idéologie réactionnaire, formule des thèses destinées à fournir une base scientifique solide à cette idéologie. (...) Lorsqu'elle veut faire mieux que justifier les exigences sociales par un simple recours aux idées morales, elle use d'une méthode objectivement bien plus dangereuse, car elle dissimule les points de vues moraux derrière des thèses pseudo-scientifiques. La moralité se trouve ainsi "scientifiquement" rationalisée.

La répression des besoins sexuels provoque l'anémie intellectuelle et émotionnelle générale, et en particulier le manque d'indépendance, de volonté et d'esprit critique. La société autoritaire n'est pas liée à la "morale en soi", mais bien plutôt aux altérations de l'être psychique, qui, destinées à l'ancrage de la morale sexuelle, constituent en premier lieu cette structure mentale qui est la base psychique collective de toute société autoritaire. (...) La peur de la sexualité et l'hypocrisie sexuelle caractérisent le "bourgeois" et son milieu. Les individus ayant cette structure sont inaptes à un mode de vie démocratique, et annihilent tout effort destiné à instituer et à maintenir des organisations régies par des principes véritablement démocratiques. Ils constituent le terrain psychologique sur lequel peuvent proliférer les tendances dictatoriales ou bureaucratiques de dirigeants démocratiquement élus.

Wilhelm Reich, La révolution sexuelle, 1936

La nature n'est pas tirée au cordeau. Son mode d'opération n'est pas mécanique mais fonctionnel. (...)
La civilisation mécaniste est une déviation de la loi naturelle ; pis, elle est une perversion de la nature, une variété mortelle.

L'organisme dans son ensemble forme une coopérative naturelle d'organes de valeur égale mais de fonction différente. (...) L'organisme cuirassé ressent son propre organisme comme composé de pièces détachées. Chacune de ses pulsions doit percer la cuirasse. (...) L'organisme aspire à rompre à tout prix la cuirasse, il se sent comme enfermé dans une prison. (...) Le morcellement de ses organes et sensations a pour autre conséquence de l'empêcher d'établir des liens fonctionnels ou de les découvrir.

Toute pulsion d’amour se heurte à la barrière de la cuirasse. Pour s’exprimer, elle doit, par la force, percer le mur rigide; ainsi, elle se transforme inévitablement en cruauté et haine.
La pulsion d’amour primitive se manifestera, ensemble avec la pulsion de haine secondaire, par une attitude générale d’hésitation, d’ambivalence, de dégoût de soi-même, de soumission à quiconque promet la rédemption et le relâchement de la tension.
La cuirasse du corps interdit les sensations d’organe fondamentales et de ce fait toute vraie sensation de bien-être. La sensation du corps est abolie et avec elle la confiance en soi. Les sensations sont régulièrement remplacées par le trucage, la poudre aux yeux, le faux orgueil.
La perte de l’autoperception naturelle scinde la personnalité en deux entités opposées et contradictoires : le corps resté de ce côté de la barrière ne peut être réconcilié avec l’âme et l’esprit qui se trouvent de l’autre. La « fonction cérébrale », « l’intellect » sont détachés du reste de l’organisme : ce dernier, considéré comme « émotionnel » et « irrationnel », est « maîtrisé ». Ce qui est affligeant, c’est que dans le cadre de l’existence de l’homme cuirassé, tout est ordonné selon une logique intrinsèque parfaitement correcte.

Wilhelm Reich, L'éther, dieu et le diable, 1949

Publié dans Environnement

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