FUTUR EN FAILLITE

Publié le par Résistance verte

 

Libéré de toute entrave, le capitalisme financier a pu imposer partout son pouvoir sans limites dans l’absence de normes et de réglementation, rendant ainsi inutile toute tentative de contrôle, et n’ayant comme seule règle celle du gain facile et rapide, à tout prix et à tout va.

L’arnaque est aujourd’hui générale et mondiale, c’est toute la société qui est escroquée par un petit groupe de multimilliardaires sans aucun scrupule. Et pendant ce temps, le petit larbin des milliardaires, le fou des rois de la finance, fait son spectacle quotidien et brouille les cartes pour mieux servir ses maîtres...

L’idéal pour les possédants est que le pauvre se croie riche tout en restant pauvre, c’est pourquoi l’usurpation des richesses disparaît du monde visible. Dans ce monde barbare, les truands de la fortune « à tout prix », ont tous les pouvoirs, et notamment celui de disparaître de la représentation spectaculaire du monde. Leurs larbins répandent la peur de la catastrophe pour maintenir le peuple dans la soumission et la servitude. Recroquevillé dans son quotidien, la trouille au ventre, il ne se rebelle pas. Et quand cette folie des accapareurs de richesse provoque de gros dégâts dans l’économie réelle, on demande aux populations appauvries de payer les réparations, afin d’éviter la banqueroute du casino mondial.

Les monstrueux profits spéculatifs ne sont que des emprunts à un futur incertain avec des délais de remboursement aléatoire. C’est un trafic sur le chaos, une arnaque sur un devenir virtuel qui est dans l’impossibilité de concevoir sa chute.
En accumulant des titres sur des biens qui n’existent pas encore, les spéculateurs mettent en jeu leurs fortunes en misant sur des prédictions hypothétiques de plus en plus douteuses. Il s’agit de lignes de crédit dans des listings qui oublient de mentionner qu’elles correspondent à des paris sur l’avenir, des dettes dont le remboursement est étalé dans le flou d’un futur confus, en espérant que tout se passe bien. En accumulant les paris douteux avec de l’argent qu’ils n’ont pas, les capitalistes ont parsemé leur parcours à venir de trous noirs inévitables et invisibles dans lesquels ils ne peuvent que sombrer tôt ou tard. La situation va encore empirer. Il n’y a pas de limites à la dégradation des conditions d’existence, sauf évidemment leur suppression.

En pleine mutation, le nouveau capitalisme se dévore lui-même dans des dysfonctionnements qui se généralisent. L’économie saccagée est dépouillée et dépecée par une finance opulente, surexcitée par l’abondance d’un gain trop facile.

La gangrène se propage dans un système livré à lui-même, sans réelle gouvernance, qui impose les contraintes implacables nécessaires aux affaires mafieuses de financiers multimilliardaires, libres de piller tout ce qu’ils trouvent, tels des charognards dévorant ce qui reste d’un monde en décomposition.

Le pire est à venir. La peur de l’avenir n’est que l’expression de l’incertitude du devenir des capitalistes qui n’ont plus de futur. Tous ceux qui n’ont plus grand-chose à perdre ont tout à espérer d’un nouveau monde émergeant par nécessité. Ce qui nous arrive n’est pas un accident de parcours, mais bien l’aboutissement du capitalisme, l’achèvement d’un monde suicidaire.

Personne ne peut prédire l’avenir, encore moins en ces temps d’incertitude et de confusion. Le contrôle de la crise, censé éviter le désastre général, se réduit à l’acceptation d’un renforcement des contraintes, ainsi qu’à un appauvrissement du plus grand nombre qui permet l’inflation sans fin des profits d’un petit nombre d’accapareurs. La catastrophe annoncée par les experts scientistes du pouvoir implique automatiquement la solution inévitable, qui se résume à des contraintes implacables imposées à notre survie amoindrie, une administration du désastre des plus autoritaire. La fiction annoncée d’une crise totale a été inventée pour pouvoir imposer les nouvelles consignes de soumission renforcée à la réorganisation sociale du capitalisme nouvellement mondialisé. L’hypothèse d’une catastrophe imminente permet de faire disparaître artificiellement le désastre mortifère qui est déjà là.

Cette minuscule classe dominante qui s’impose à la société, devient aux yeux de la population, absolument intolérable dès qu’elle devient visible, provoquant sarcasme, dénigrement, haine et violence spontanée. La haute bourgeoisie ne lâchera rien si elle n’y est pas forcée, et elle se battra jusqu’au bout pour défendre ses privilèges illimités et son pouvoir absolu.

En nous autorisant à libérer nos positions des préjugés déterminés par les certitudes conventionnelles, et en développant nos capacités relationnelles par l’intelligence situationnelle du moment, nous devenons indéterminables et imprévisibles, donc incontrôlables, changeant continuellement nos règles de transformation selon nos relations dans l’action et nos points de vue qui en émergent. Abandonner nos logiques intransigeantes et autoritaires nous ouvre de nouveaux horizons plus libres, nous donnant de nouvelles possibilités propices au changement.

Une rébellion peut être contagieuse, un mouvement de révolte, une insurrection peuvent émerger de l’incubation sociale par expérimentations de jeux sur les règles du jeu, développées sans aucun respect des conventions. Il s’agit d’inventer l’amorce d’un changement effréné, le susciter par agitations, provocations et rage de vivre, l’activer dans sa propagation pandémique, et ainsi permettre à la fièvre de se répandre par plaisir...

Lukas Stella, L'invention de la crise, escroquerie sur un futur en perdition,
L'Harmattan 2012. (extraits)

 

 

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