QUAND L'INFORMATIQUE GOUVERNE LES VILLES

Publié le par Résistance verte

 

« La fabrique et la gestion des villes sont aujourd’hui confrontées, comme de nombreuses autres activités, au remplacement de décisions humaines par des décisions algorithmiques. Le problème, concernant la cité, est que la substitution n’est pas seulement technique et professionnelle : elle est aussi politique. Elle ne touche pas que les métiers et les emplois : elle affecte la capacité des responsables locaux et des citoyens à penser et à porter des projets de société ». Google, Apple, Facebook, Amazon et Uber ont transformé le visage de notre environnement urbain. Leur compétition acharnée affecte aujourd’hui le logement, les transports, les services municipaux, l’offre de santé. Au-delà de l’hypothèse alarmiste d’une ville sous surveillance, Jean Haëntjens nous explique que cet espace et l’avenir qu’il porte, reste à conquérir.

LES PROMESSES DE LA SMART CITY
 
« Il y aura des algorithmes », avait prévenu Antoine Picon, l’un des meilleurs spécialistes français de la « ville intelligente », quand il évoquait, en 2013, la gestion des villes qui est en train de s’inventer ». Pour Jean Haëntjens, ces propos quasi-prophétiques devaient se concrétiser quatre ans plus tard, lorsque la ville de Toronto confiait en 2017 un projet d’aménagement de friches urbaines de 325 hectares à la société Google-Alphabet et son entité Sidewalk Labs. Le concept de smart city qui émerge à partir de 2017 n’allait pas être un énième terme à la mode chez les urbanistes. Aujourd’hui encore, le concept soulève de multiples défis : économiques, écologiques, sociaux. Mais lorsque Google a obtenu en 2017 la responsabilité du premier projet urbain d’Amérique du Nord, un nouveau cap est franchi : « Google présentait aussitôt ce projet comme la vitrine d’un programme d’envergure qui allait se déployer dans une quinzaine de villes en Amérique du Nord ». Avec le même appétit, Amazon s’est empressée de coloniser Seattle en y installant 40 000 salariés et son siège social. L’aménagement urbain est aujourd’hui le prétexte pour une nouvelle gouvernance, façonnée par des rivalités idéologiques et culturelles.
 
LES OMBRES DE LA VILLE ALGORITHMIQUES
 
« Les géants du net proposent, avec différentes variantes, de résoudre les problèmes des villes en traitant des quantités considérables de donnée (le big data), grâce à des algorithmes ». Mais quid de l’ascendant technologique de l’entreprise détentrice de la donnée et de l’algorithme qui permet de la traiter ? La question des finalités et des intentions inquiète et à juste titre : comment expliquer que deux applications « Optimod» et « Google Maps», proposent des itinéraires différents ? La réponse est qu’elles ne partagent pas les mêmes priorités, économiques, éthiques. Et pourtant, la « smart city », au-delà d’une ville intelligente, bourrée de capteurs électroniques, devait, dans l’absolu, produire le meilleur, avec la bienveillance de ses opérateurs et une certaine sensibilité aux questions d’environnement et de démocratie. Dans le faits, le bilan est moins positif. Pour l’auteur, les civic techs se sont pour l’instant, plus intéressées aux moyens de gagner les élections, ou d’exercer des pressions politiques, via les pétitions en ligne, qu’à l’enrichissement de la démocratie participative.
 
LA SILICON VALLEY A-T-ELLE UN PROJET POLITIQUE ?

« La thèse d’un possible projet politique de la Silicon Valley rencontre un écho croissant. Elle trouve un certain crédit dans le fait que les acteurs majeurs de l’économie numérique, comme Éric Schmidt et Larry Page (Google), Jeff Bezos (Amazon), ou Mark Zuckerberg (Facebook), n’hésitent plus à faire part publiquement de leur vision de l’avenir ». Mais pour l’auteur, la question se pose de savoir si les grands groupes ne défendrons que leurs propres intérêts ou s’ils seront porteurs d’un projet politique structuré et partagé. Car les principaux acteurs du numériques ne cachent pas leur volonté de faire évoluer les normes sociales, avec comme priorité commune de favoriser l’innovation ouverte, dans une société mondialisée. Dès lors, quelle place pour les acteurs publics ? Pour Jean Haëntjens, il est plus que probable que le rôle de l’Etat et des collectivités va progressivement se réduire à celui d’assistance sociale, « assurant un filet de sécurité à tous ceux qui ne pourront suivre le rythme de l’innovation permanente ».
 
LE JEU DES ACTEURS
 
« Une ville n’est pas faite seulement d’objets techniques et d’infrastructures. Elle est façonnée par les décisions d’acteurs, qui impriment chacun leur marque sur le paysage urbain ». Ces maîtres d’usage d’un nouvel ordre ne se contentent plus de formuler des demandes de plus en plus foisonnantes. Ils émettent des informations sur la circulation, comme l’application Waze, ils permettent même à termes, de modifier la hiérarchie des voiries, s’invitent sur les marchés du transport, du tourisme, des loisirs. Mais quelle cité naîtra de ces projets économiques ? La position des acteurs publics semble belle et bien fragilisée depuis que les géants de l’internet se sont positionnés autour de la table, en imposant leurs logiques, leurs infrastructures et leurs formes urbaines. « Cette situation permet aux consortiums associant les groupes de BTP et les entreprises du numérique de se présenter comme ceux qui pourraient mettre de l’ordre dans ce jeu mal contrôlé »,affirme l’auteur.
 
LES POINTS D’APPUI DE LA CITÉ POLITIQUE
 
« La cité politique et la ville service numérisée sont donc en désaccord et en compétition sur les principaux champs qui caractérisent la stratégie d’une ville : les finalités visées, les choix des solutions techniques, le partages des rôles entre les acteurs, le rapport à la culture et à l’innovation, le rapport au travail et aux métiers ». Mais pour l’heure, la capacité des smart cities à résoudre les dysfonctionnements techniques des systèmes urbains restent encore à prouver. La cité numérique n’épargnera aucun aspect de la société, à commencer par la l’implication citoyenne, qui ne passera plus exclusivement par des voies politiques, mais aussi par des espaces partagés comme les jardins en pied d’immeubles, ou le financement participatif, autant d’éléments qui bousculeront le modèle de gouvernance administrative des territoires.
 
ALLIANCES, SCÉNARIOS ET STRATÉGIES DE GOUVERNANCE
 
Pour l’avenir de la smart city, Jean Haëntjens nous propose trois scénarios de gouvernance de référence : la ville automatique : ville-machine, qui visera à résoudre les problèmes par la technique, et dont les services internes seront pour l’essentiel composés d’ingénieurs. Une ville plateforme ou « ville à la demande », administrée par des développeurs, véritable startup de services urbains, et enfin, la wikicité participative qui tendrait à renouveler la démocratie autour d’un « smart citoyen » par le levier des civic techs. « Mais derrière la bataille des intelligences, ce sont deux conceptions de l’espace qui vont s’affronter : d’un côté l’espace urbain des humanistes, l’agora et de l’autre l’espace virtuel des algorithmes, des geeks, de la toile », conclut Jean Haëntjens.

Farid GUEHAM
http://www.trop-libre.fr/comment-les-geants-du-numerique-veulent-gouverner-nos-villes/

• « Smart urbanism and the visibility and reconfiguration of infrastructure and public action in the French cities of Issy-les-Moulineaux and Nice », CCSD – Ecole des Ponts, Paris Tech.
https://hal-enpc.archives-ouvertes.fr/hal-01979970

• « Comment Google veut révolutionner le transport en ville avec Sidewalk Labs »,
https://www.usine-digitale.fr/article/comment-google-veut-revolutionner-le-transport-en-ville-avec-sidewalk-labs.N400312 usine-digitale.fr

• « La nouvelle servitude volontaire : enquête sur le projet politique de la silicon valley », http://www.fypeditions.com/nouvelle-servitude-volontaire-enquete-projet-politique-de-silicon-valley/ fypeditions.com

• « Jean Haëntjens nous parle de « la ville frugale», http://www.eco-quartiers.fr/#!/fr/espace-infos/actualites/2011/11/jean-haentjens-nous-parle-de-la-ville-frugale-63/ eco-quartiers.fr

COMMENT LES GÉANTS DU NUMÉRIQUE VEULENT GOUVERNER NOS VILLES

La ville est le lieu où l’on vit, où l’on travaille et où l’on se déplace, où l’on se socialise et parfois même où l’on fonde une famille. Questionner son futur est une tâche immense. En France, un tiers du PIB est dédié à la construction et à la maintenance de nos villes sous tous leurs aspects : immeubles, maisons, réseaux de transports individuels et collectifs, etc. En 2050, trois milliards d’êtres humains vivront dans des villes qui seront des territoires de plus en plus complexes qu’habiteront une multitude d’acteurs aux intérêts parfois convergents, parfois non. Cet entremêlement de contextes renouvelle la question de la bonne administration des villes, qui de plus, se confronte à l’entrée des technologies numériques dans la vie publique. Selon l’urbaniste et économiste Jean Haëntjens, l’avenir des villes pourrait schématiquement suivre deux voies : la première serait celle de la cité politique, une agora humaniste au service du bien commun. La seconde serait la « smart-city » : une ville régie et optimisée par les algorithmes, dans ses qualités comme dans ses défauts. Dans son ouvrage Comment les géants du numérique veulent gouverner nos villes. La cité face aux algorithmes, l’auteur nous explique ce qui différencie ces deux modèles, leurs forces et faiblesses respectives, au-delà des discours illuminés.

ORDRES DE GRANDEUR

La construction, commence Jean Haëntjens, représente 35% du budget dans nos pays, un marché assez juteux pour attirer les grands acteurs du numérique. Une des raisons qui pourrait expliquer leur essor est à trouver dans l’ère de complexité que connaissent les villes : nous avons aujourd’hui affaire à près de trente modes de transports (contre trois ou quatre autrefois), à une multiplicité de modèles économiques (économie collaborative, circulaire, agriculture urbaine, etc.) dont les acteurs sont tout aussi divers, et à des populations dont les attentes sont de plus en plus variées (âges, compositions familiales, nationalités). En un mot, la ville s’enrichit de problématiques sociales et techniques offrant des opportunités sans précédents pour la smart-city qui promet, elle, d’aider les élus à résoudre cette difficile équation : « plus de défis, plus de solutions, plus d’acteurs. » La smart-city prétend alors résoudre tous les problèmes de la cité grâce à des solutions techniques novatrices « tout en permettant une communication plus transparente entre les usagers et les élus. » Pour autant, les acteurs de la smart-city (qui sont rarement spécialisés dans la transformation des villes à l’origine) seraient bien souvent porteurs d’une vision utilitariste, technicisée et libérale de l’urbanisme, qui tranche avec la conception européenne de la cité politique. De plus, ils agissent souvent tous de façon autonome et sans réelle cohérence.

Il y a certes, des avantages considérables à automatiser certaines infrastructures d’une ville. Littéralement, la « ville intelligente » est une ville utilisant les technologies de l’information et de la communication pour « améliorer » la qualité des services urbains ou encore réduire ses coûts. Jean Haëntjens en convient parfaitement et rappelle qu’en moyenne, « Les gains apportés par la régulation numérique sont de l’ordre de 20%. » Une ligne de métro automatique par exemple, permet d’augmenter le débit de 20%. Un réseau d’eau finement automatisé réduit les pertes de 20%. La géolocalisation des usagers de transports en commun et automobilistes quant à elle, est un outil puissant pour réguler la circulation sur certains axes. Mais ces automatismes souffrent d’inévitables biais, qui occultent souvent des questions plus profondes.

QUAND LA SMART-CITY OPTIMISE CE QUI FONCTIONNE MAL

Le premier problème résiderait dans le fameux « effet rebond » : les économies d’énergie initialement prévues par l’utilisation d’une nouvelle technologie seraient partiellement ou complètement compensées à la suite d’une adaptation du comportement de la société. Concrètement, l’auteur rappelle que « les gains de rendement réalisés depuis trente ans sur les moteurs automobiles ont été, pour l’essentiel compensés par l’augmentation du poids et de la puissance des voitures, et par l’allongement des distances parcourues. » La smart-city, bourrée de technologies, n’adresserait absolument pas cet écueil, elle se contenterait d’optimiser l’existant (selon un modèle à l’américaine dans lequel les villes consomment jusqu’à trois fois plus d’énergie que leurs cousines européennes). Autre exemple en Corée du sud, à Songdo, fleuron de la smart-city, ville dotée de réseaux optimisant l’eau et l’électricité, de caméras de sécurité, de capteurs, de toits végétaux, le tout reposant sur des centrales à charbon. Pour l’anecdote, les fenêtres de ses buildings géants ne s’ouvrent pas (le risque étant de bloquer les systèmes d’air conditionné).

Un deuxième écueil de la smart-city reposerait sur sa la naïveté des discours qui l’entourent. Ceux-là postuleraient que « rendre le monde meilleur » serait possible grâce à des solutions techniques répondant objectivement aux besoins des usagers. Or les attentes de citoyens sont complexes, contradictoires, rarement claires et difficilement objectivables. La ville en « pilote automatique » serait un fantasme tout droit sortie d’un cerveau technocrate. Jean Haëntjens accuse en fait la ville intelligente de « solutionnisme technologique » : tout défi humain, une fois réduit à une question technique, serait résolvable grâce à l’innovation technologique. Rien de plus faux. Un exemple vient appuyer son point de vue : le transport. Dans les villes à faible densité, la voiture est un mode de transport privilégié, ce qui n’est pas le cas dans les villes à forte densité. Mais dans de nombreux cas « les villes ont des centres denses et des périphéries qui s’étalent, les automobiles sont surpuissantes par rapport à ce qu’on leur faire faire, elles stagnent à 20km/h et transportent 1,2 passagers en moyenne. » La smart-city n’apporte aucune réponse à ce genre d’absurdités : « Un système qui n’est pas pensé dans sa globalité fonctionnera mal même s’il est optimisé. » Voitures, échangeurs et parkings peuvent toujours être rendus plus performants, si le système ne fait l’objet d’aucune remise en cause, rien ne changera vraiment (sans compter que ce qui est optimisé est bien souvent re-perdu à cause de l’effet de rebond). C’est le grand défaut de la smart-city, elle se positionne sur les éléments du système (voitures autonomes, infrastructures « connectées », etc.) mais pas sur le système lui-même.

Pour Jean Haëntjens, la smart-city souffre de ces écueils car la pensée algorithmique qui la caractérise est par essence conservatrice. Et pour cause, un algorithme fonctionne grâce à des lois, des repères fixes : « Quand une relation de cause à effet fonctionne, la pensée algorithmique cherche à l’exploiter et non à la remettre en cause. » C’est ce genre de modèle qui conduirait la smart-city à littéralement perdre son âme au profit d’une vision technicisée de l’espace de vie. En Corée de nouveau, il rappelle que le choix de construire des hautes tours dans la ville de Songdo résulte d’une décision des ingénieurs de Cisco qui souhaitaient rendre plus facile l’installation de la fibre. C’est contre cette froideur et ce manque de séduction que s’insurge Jean Haëntjens. Pour lui, le modèle « disneylandisé » de la smart-city, profondément axé sur l’économique, doit être judicieusement contrebalancé par les modèles de villes créatives, acceptant plus facilement la spontanéité, voire la contestation. Mais pour lutter, les représentants des cités politiques ne peuvent pas se contenter de critiquer la smart-city qui a indéniablement le vent en poupe, ils doivent aussi être conscient de ses faiblesses et de leurs propres atouts. Il en irait de leur existence, puisque dans une ville pleinement automatisée, le pouvoir central serait en théorie réduit au choix d’un nouveau prestataire technique tous les dix ou vingt ans.

CE QUE PEUT LA CITÉ POLITIQUE

Si la smart-city a, assez paradoxalement, peu d’aptitudes à résoudre les grandes questions techniques qui touchent les villes, elle n’en demeure pas moins diablement efficace pour mobiliser des acteurs économiques clés et les financements liés à leur développement. Les équipes municipales quant à elles, sont souvent noyées dans le jeu des acteurs mais ont toutes les clés en main pour renforcer la cohérence urbaine, mobiliser les citoyens et créer des imaginaires. La ville de Copenhague est souvent citée comme exemple d’une stratégie urbaine réussie : les habitants partagent l’esprit du lieu, ses ambitions écologiques, son urbanisme, la mobilisation citoyenne y est forte. On peut dire qu’ils y « habitent » au plein sens. Tout l’inverse des villes animées par des choix techniques hors-sol. C’est sur ce terrain que la cité politique a de réels avantages et c’est bien pourquoi l’auteur exhorte les maires à ne pas prendre leurs administrés pour des clients, il cite à cet effet Evgeny Morozov : « traiter les citoyens comme des consommateurs les amène à penser que le politique peut leur amener le même niveau de service qu’ils attendent du secteur privé, ce qui est l’équivalent politique du suicide. »

Les collectivités ont plusieurs clés pour agir. Pour commencer, elles seules sont en mesure de créer des imaginaires. Paris plage par exemple, a résonné par l’imaginaire parisien (« sous les pavés, la plage ») et a ouvert la voie à une piétonnisation des berges. A Lyon et à Nantes, la Fête de la lumière ou l’éléphant sur l’île de la Jatte montrent aussi que des villes peuvent créer leurs propres activités et les exporter. Là réside un des prochains défis des maires : comment créer des métiers spécifiques en s’appuyant sur les espaces et les imaginaires propres à la ville ? La question des métiers est centrale car de nouvelles formes industriels peuvent nuire à la ville ou au moins la transformer, indirectement : « s’il n’y a plus de menuisiers, on va chez IKEA, s’il n’y a plus de restaurateurs, on va chez Flunch ou Macdo, s’il n’y a plus de théâtre, on regarde un film en streaming. » Le message est clair : en reconsidérant l’importance des métiers, les villes sont en capacité de créer du beau et du sens tout en faisant vivre les gens. Paris et ses bouquinistes, Venise et ses gondoliers.

De la même manière, le modèle de la cité politique peut apporter beaucoup sur la question de la relation avec la nature et de l’esthétique. Les villes scandinaves (Oslo, Stockolm) excellent à cet endroit, les parcs y sont nombreux et offrent une multitude d’activités. Question culture, les avantages sont aussi nombreux : le rôle des maires est et sera de plus en plus d’articuler le changement avec les valeurs de la cité, son histoire, ses monuments. Jean Haëntjens résume : « La cité humaniste est une ville où l’on marche, mais aussi une ville où l’on danse dans la rue,  où l’on séduit; une ville où l’on peut encore trouver l’âme soeur sans passer par un site de rencontre. Une ville où le hasard humain a encore sa chance. » Tout l’inverse du modèle smart-city qui tend à plaquer ses solutions dans l’indifférence la plus totale aux singularités culturelles. Enfin, la mobilisation citoyenne est l’affaire de la cité politique, si Jean Haëntjens note bien les promesses non tenues des civic-tech, il n’en demeure pas moins optimiste à l’endroit de certaines technologies numériques : il cite par exemple le logiciel d’urbanisme collaboratif Unlimites Cities, celui-ci permet de « simuler sur une tablette de nombreuses options d’aménagement puis d’apprécier les conséquences de leurs choix par rapport à différentes indicateurs. » Des groupes de curieux se forment spontanément autour de ce genre de solutions qui demandent à être développées en conservant un juste équilibre entre humain et technique (plus de technique impliquant plus d’humain).

AFFRONTEMENT SUR TOUS LES FRONTS

En conclusion, la grande idée de Jean Haëntjens c’est de dire que la cité politique dispose d’atouts pour penser le long terme mais peine à se fixer des ambitions. Ce faisant, elle a toutes les cartes en main pour penser avec cohérence la ville comme espace de culture, espace de travail, espace de bien-être. Le plus grand défi réside dans la structuration du jeu des acteurs qui se complexifie et oblige bien souvent les équipes municipales à se reposer sur des expertises privées. C’est aussi à l’Etat de s’assurer que ladite expertise n’est pas entièrement aux mains de grands groupes ou startups. Les acteurs locaux, associatifs notamment, peuvent tout à fait mener de grands projets urbains, si tant est qu’on les finance correctement (au moins autant que sont financées certaines startups). De son côté, la smart city ne règle pas forcément les problèmes qu’elle prétend régler mais « dispose d’une puissance de feu redoutable sur les champs des finalités, de l’idéologie et de la persuasion des acteurs » (pour le dire plus simplement : elle sait parfaitement où elle veut aller, avec qui et pourquoi). C’est contre l’indétermination d’un futur démocratique qu’elle joue, privilégiant la réassurance de solutions techniques certes robustes, mais parfois déconnectées de toute réalité culturelle, avec les chances de rejet que cela implique.

http://maisouvaleweb.fr/jean-haentjens-comment-les-geants-du-numerique-veulent-gouverner-nos-villes/

INTERVIEW

Jean Haëntjens était également l’invité de Radio Mouton,
retrouvez l’interview sur Soundcloud

https://soundcloud.com/lemoutonnumerique/radio-mouton-smart-city-metro-boulot-data-invite-jean-haentjens

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article