DE LA NON VIOLENCE AU BLACK BLOC

Publié le par Résistance verte

Apparue à Berlin-Ouest au début des années 1980, fréquemment employée après le Sommet de l'OMC à Seattle en 1999, la tactique du black bloc connaît un nouvel essor depuis 2010. Des black blocs ont pris la rue lors des manifestations contre le G20 à Toronto, lors du Printemps arabe, pendant le mouvement Occupy et celui des Indignés, lors des récentes grèves étudiantes au Québec, de la campagne contre la vie chère au Brésil, etc. Cagoulés, vêtus de noir, et s'attaquant souvent aux symboles du capitalisme et de l'État, les black blocs sont présentés par les voix dominantes au mieux comme des "casseurs" apolitiques s'adonnant à la destruction par pure jouissance du chaos, au pire comme de dangereux "terroristes". (...)

Le 24 avril 1999, un black bloc composé d’environ 1500 participants a pris part à une manifestation à Philadelphie pour exiger la libération de Mumia Abu-Jamal, l’un des fondateurs de la branche locale des Black Panthers, condamné à mort après avoir été reconnu coupable du meurtre d’un policier en 1981.

C’est le 30 novembre 1999, à l’occasion de manifestation contre l’OMC à Seattle, que l’image du black bloc diffusée par les médias privés et publics fait le tour du monde. Le recours à la tactique du black bloc lors de la « bataille de Seattle » avait été précédé, dans les années 1990, d’une série d’actions de désobéissance civile non violente menées par des écologistes radicaux de la côte Ouest américaine.

Même si les écologistes n’opposaient aucune résistance, les policiers avaient utilisé le poivre de Cayenne, qui brûle les yeux, et les avaient arrêtés en masse. Prévoyant une répétition de ce scénario à Seattle, des activistes ont alors décidé d’adopter une tactique mobile, celle du black bloc, qui leur éviterait à la fois les blessures dues au gaz lacrymogène et au poivre de Cayenne et l’arrestation de masse. Alors que la police aspergeait abondamment les activistes qui bloquaient, de façon non violente, le centre des congrès depuis 7 heures du matin, et que les munitions de gaz lacrymogène commençaient à manquer, le black bloc est entré en action vers 11 heures, loin du centre des congrès où la police avait concentré ses forces pour repousser les activistes pacifiques. Le black bloc a fracassé plusieurs vitrines de banques et de multinationales, tout en restant suffisamment mobile pour éviter la police.

Le black bloc à Seattle a tout particulièrement attiré l’attention des médias, qui ont largement contribué à la diffusion de cette tactique. Si les médias privés et publics étaient plutôt critiques, un débat plus sérieux et nuancé s’est déroulé dans les médias alternatifs, en particulier sur la plateforme Indymedia, où circulaient également des communiqués signés par des personnes ayant participé à des black blocs.

Francis Dupuis-Déri,
Les black blocs, la liberté et l'égalité se manifestent, 2003
(extraits)

 

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