LAISSONS LE VEGANISME SUR LES RAYONS

Publié le par Résistance verte

Nous n’avons pas écrit ce texte pour créer un débat au sein du mouvement antispéciste (qui est mort, tué par le poids de ses propres bavardages, de ses soi-disant porte-paroles et de sa rhétorique philosophique), mais pour souligner le fait qu’il y a des individualités, dans le mouvement de libération animale, qui sont poussées par une tension révolutionnaire qu’elles ont voulu adresser contre l’exploitation animale.

Laissons le veganisme sur les rayons des bibliothèques et reprenons la lutte

Le veganisme peut être interprété comme le refus de la souffrance méthodique et de l’exploitation des animaux et donc l’abstention de la complicité avec ceux qui les massacrent systématiquement. Nous pensons cependant que ce n’est qu’un premier pas vers ce qui pour nous est un parcours visant à la libération animale et à la libération de toute domination. On voit que la tendance qui veut faire passer le veganisme pour un moyen vers la Libération Animale prend toujours plus d’espace, mais elle cible seulement le pouvoir symbolique et social de la viande et des dérivés animaux. Personne ne peut être sérieusement convaincu que son régime alimentaire a donné un coup sérieux à l’industrie de l’exploitation animale ; de fait, le veganisme agit contre un imaginaire collectif.

Être vegan (même éthique) tout en pensant pouvoir ainsi anéantir l’exploitation animale, voire LIBÉRER d’autres animaux [des animaux autres que les humains ; NdT], c’est trompeur et dangereux, parce que c’est une tentative de pacification de la résistance. C’est comme croire que l’on peut subvertir le système en s’abstenant de voter. Si nous n’allons pas voter, c’est parce que nous avons décidé de ne pas déléguer nos choix et nos vies. Si nous n’allons pas voter, c’est parce que nous refusons ce système. Mais penser que la simple abstention puisse faire basculer les choses à notre avantage, ce serait naïf.

Au lieu d’alimenter des nouvelles étincelles, on souffle à pleins poumons sur la petite flamme de l’action révolutionnaire pour la libération animale, en la faisant s’éteindre et en proposant le veganisme comme un acte politique d’opposition. Le veganisme est un acte de conséquence et de cohérence envers sa propre conscience, vue comme perception de la réalité qui nous entoure, et à laquelle d’aucuns donnent une portée politique parce qu’ils ont décidé d’analyser les rapports de pouvoir qui s’établissent dans la société où nous sommes. Cependant, ça n’est pas un acte de révolte. C’est le refus d’une pratique d’exploitation, pas une résistance concrète. C’est inévitablement inclus dans le panel des choix alimentaires, et, de par cette caractéristique, absorbable par le système capitaliste. La seule possibilité que nous avons, face à cette impasse, c’est de donner vie à un conflit non récupérable, qui peut être réalisé seulement si, en analysant les dynamiques de domination qui maintiennent une exploitation particulière, nous pouvons identifier pas seulement les structures, mais aussi les rôles qui construisent et gardent leur pouvoir (économique et social) sur l’exploitation. Un conflit, donc, qui frappe le mécanisme capitaliste qui produit la destruction des animaux. (…)

Aucun processus de commercialisation et d’accroche du consommateur ne pourra jamais transformer une lutte radicale en une mode ni en produits de supermarché ou restaurant (peu importe si les entreprises sont veganes ou pas, parce que nous refusons à la base le rôle de consommateurs). Il est naïf de croire que le mot « vegan » puisse exprimer l’absence de cruauté : rien, dans cette société, est libre d’exploitation. Personne ne peut sortir du monde dans lequel on vit. Même un vegan qui n’achète pas de produits au supermarché. Soit on collabore avec le génocide, soit on le combat. Il n’y a pas d’autres alternatives. On ne peut pas déserter, pas même à travers un choix précautionneux de produits achetés. On ne peut pas se taire, sinon l’on devient complice. Il est possible de s’exprimer, mais de cette façon on n’a pas encore déserté. Au delà de la dénonciation reste l’attaque contre les hommes et les structures responsables du génocide.

En développant la conception éthique d’où partent les luttes animalistes, on arrive au véritable affrontement révolutionnaire contre ceux qui nous oppriment et nous dominent. Nous devons diriger notre regard vers un monde où ont disparu jusqu’aux décombres des lieux de production (toute production, même vegan/sans-cruauté) , un monde où il n’y aura plus de produits eco (-logiques, -soutenables, -solidaires), parce qu’il n’y aura plus de producteurs.
Et ce monde n’est pas possible si d’abord nous ne détruisons pas celui où nous sommes. Mais pour le faire, nous devons redonner de la dignité à la lutte pour la libération animale, en la replaçant dans un parcours révolutionnaire (pas dans un sens philosophique, mais avec des pratiques radicales), dans lequel idée et action directe sont étroitement liées et constituent un terreau fertile pour d’autres parcours de conflictualité permanente. (...)

Mononoke (Extrait)

 

https://attaque.noblogs.org/post/2017/02/05/laissons-le-veganisme-sur-les-rayons-des-bibliotheques-et-reprenons-la-lutte/#more-11662

Traduit depuis Informa-Azione
http://www.informa-azione.info/liberazione_animale_lasciamo_il_veganesimo_sugli_scaffali_e_riprendiamo_la_lotta

POURQUOI LES VÉGANS ONT TOUT FAUX

Ils prônent une rupture totale avec le monde animal, alors que manger de la viande a toujours fait partie de l’histoire humaine, un moment essentiel de partage. Cette relation doit reposer sur un élevage raisonné et bio, respectueux des sols et des terroirs. La meilleure façon d’échapper à l’alimentation industrielle.

Ils sont peu nombreux, mais ils ont une audience impressionnante. Comme ce qu’ils disent semble frappé au coin du bon sens, celui de l’émotionnel et d’une morale binaire, le bien, le mal, c’est que ça doit être vrai. D’où le succès de la propagande végane, version politique et extrémiste de l’abolitionnisme de l’élevage et de la viande, que l’on mesure simplement : aujourd’hui, les opinions contraires, pourtant majoritaires, doivent se justifier par rapport à elle. Nous dénonçons d’autant plus le mauvais coup que porte le véganisme à notre mode de vie, à l’agriculture, à nos relations aux animaux et même aux courants végétariens traditionnels, que nous sommes convaincus de la nécessité d’en finir au plus vite avec les conditions imposées par les systèmes industriels et d’aller vers une alimentation relocalisée, préservant la biodiversité et le paysan, moins carnée, aussi.

L’Occident et les riches des pays du Sud consomment trop de viandes, et surtout de la mauvaise viande. Au Nord comme au Sud, les systèmes industriels ont changé l’animal en machine à transformer la cellulose des plantes en protéines bon marché pour le plus grand profit des multinationales et au détriment des paysans, des consommateurs, des sols, de l’eau et des animaux. Le bilan sanitaire et écologique de ces rapports de travail indignes aux animaux est tout aussi mauvais que celui du reste de l’agriculture productiviste : on empoisonne les consommateurs avec de la mauvaise viande, de mauvais légumes et fruits, en dégradant l’environnement et la condition paysanne. Ceci étant dit, regardons un peu les arguments avancés par les végans.

Les végans vont sauver les animaux

Depuis douze mille ans, nous travaillons et vivons avec des animaux parce que nous avons des intérêts respectifs à vivre ensemble plutôt que séparés. Les animaux domestiques ne sont plus, et depuis longtemps, des animaux «naturels». Ils sont partie prenante du monde humain autant que de leur propre monde. Et, grâce au travail que nous réalisons ensemble, ils ont acquis une seconde nature qui fait qu’ils nous comprennent, bien mieux sans doute que nous les comprenons. Ainsi est-il probable qu’ils ne demandent pas à être «libérés». Ils ne demandent pas à retourner à la sauvagerie. Ils ne demandent pas à être stérilisés afin de peu à peu disparaître, ainsi que le réclament certains végans. Ils demandent à vivre avec nous, et nous avec eux, ils demandent à vivre une existence intéressante, intelligente et digne.

Le véganisme va nous sauver de la famine

Jusqu’à il y a peu, rappelons-le, les hommes et les femmes mouraient vite de trois causes possibles : les maladies infectieuses, la guerre et la faim. Or, depuis la fin du XVIIIe siècle, dans nos pays européens, et depuis les années 60 dans l’ensemble du monde, il n’existe plus de famines liées à un manque de ressources. Quel progrès ! Les famines qui adviennent sont des armes politiques. Quand des gens meurent de faim quelque part, c’est parce que d’autres l’ont décidé. On ne voit pas en quoi le véganisme changerait quoi que ce soit à cette réalité.

Le véganisme va sauver l’agriculture

Ce serait même exactement l’inverse. Si les famines ont disparu de notre sol, c’est parce que le XVIIIe siècle a connu la plus grande révolution agricole après celle de son invention : l’agronomie. Et la polyculture-élevage, pourvoyeuse de ce qui se fait de mieux pour nourrir un sol, le fumier. Une des meilleures idées que l’homme ait jamais eue. Quant à l’industrialisation de l’élevage, elle n’est pas née après la Seconde Guerre mondiale avec le productivisme agricole. Elle a été pensée bien en amont, au milieu du XIXe siècle avec le développement du capitalisme industriel. Les animaux sont alors devenus des machines dont la seule utilité est de générer des profits, aux dépens des paysans et de l’environnement.

Le véganisme va sauver notre alimentation

Le véganisme propose de se passer des animaux, pour les sauver. Retour à la case départ : l’agriculture sans élevage, c’est l’agriculture famineuse parce qu’elle épuise les sols. Ce sont des rendements ridicules pour un travail de forçat car le compost de légumes est bien moins efficace pour faire pousser des légumes que le fumier animal. A moins de forcer le sol par de la chimie, évidemment. Et de labourer bien profondément. Mais, dans ce cas, on abîme les sols, en désorganisant l’écosystème qu’il est en réalité.

Le véganisme sauvera notre santé

Tuer l’animal, c’est mal, manger de la viande, c’est destructeur. Car les études montrent que la consommation de viandes est corrélée au cancer. Sauf que ces études ont été principalement menées aux Etats-Unis et en Chine, où l’on consomme bien plus de viande, encore plus gavée d’hormones et d’antibiotiques, encore plus transformée. Quant aux études démontrant la longévité supérieure des végétariens qui - rappelons-le - consomment des produits animaux, lait et œufs, et dépendent donc de l’élevage, elles sont biaisées par le constat que ces publics consomment aussi très peu de produits transformés, peu de sucres, ils font du sport, boivent peu, ils ont une bonne assurance sociale, etc. Quelle est la responsabilité des légumes dans leur bonne santé ? Difficile à dire ! Ce qui importe, c’est le régime alimentaire et le mode de vie équilibrés. En comparaison, manger végan, l’absolu des régimes «sans», c’est se condamner à ingurgiter beaucoup de produits transformés, c’est-à-dire des assemblages de molécules pour mimer ce qu’on a supprimé. Sans omettre d’ajouter la précieuse vitamine B12 à son alimentation. Car sans elle, comme le montrent de nombreux témoignages d’ex-végans, ce régime ultra-sans détruit irrémédiablement la santé, à commencer par celle de l’esprit.

Le véganisme va sauver l’écologie

Avec ce retour au naturel, l’écologie est sauvée. Et bien non. Car ayant expulsé les animaux domestiques, il n’y a plus rien pour maintenir les paysages ouverts, ceux des prairies, des zones humides, des montagnes et des bocages. Sauf à obliger chômeurs, prisonniers et clochards à faucher et à couper les herbes, ou à produire des robots brouteurs. Les vaches et moutons sont les garants de l’extraordinaire diversité paysagère qui fait la France, qui est aussi celle de notre assiette. Les animaux et leurs éleveurs sont les premiers aménageurs du territoire.

Le véganisme est une position politique émancipatrice

Non, contrairement à ce que croient de nombreux jeunes, fiers de dire «je suis végan», comme s’ils participaient à une action révolutionnaire, ou si leurs actions contre les abattoirs ou les paysans vendant leurs fromages sur les marchés relevaient de la résistance à l’ordre établi, le véganisme ne participe pas à l’émancipation des animaux et encore moins à celle des humains. Au contraire, en défendant une agriculture sans élevage et un monde sans animaux domestiques, c’est-à-dire sans vaches, ni chevaux, ni chiens, ce mouvement nous met encore plus dans les serres des multinationales et accroît notre dépendance alimentaire et notre aliénation. Les théoriciens et militants végans ne sont pas des révolutionnaires, ils sont, au contraire, clairement les idiots utiles du capitalisme.

Le véganisme est l’ambassadeur de l’industrie 4.0

Le grand danger de ce début du XXIe siècle est bien l’invention d’une agriculture sans élevage. On ne compte plus les investissements et brevets déposés pour produire de la «viande» en cultivant en laboratoire des cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc ou produire du lait et des œufs à partir de levures OGM. Les promoteurs de cette agriculture cellulaire se recrutent au sein des grandes firmes (Gafa, milliardaires et fonds d’investissements puissants). Les premières viandes artificielles pourraient être introduites sur le marché sous forme de carpaccio avant que soient commercialisés avant dix ans de «vrais-faux» morceaux produits in vitro. Des amas de protéines qui auront poussé à grands jets d’hormones pour favoriser la croissance et d’antibiotiques pour éviter les contaminations.

En vérité, le véganisme ne va pas nous sauver

Le véganisme est dangereux. Il participe à la rupture programmée de nos liens avec les animaux domestiques. Il menace de nous condamner à la disette en nous ramenant à l’agriculture prédatrice des temps anciens. Il menace de ruiner les pratiques alternatives, comme le bio, en annihilant la polyculture-élevage qui est son fondement. Il menace de nous condamner à dépendre d’une alimentation industrielle 4.0. Il menace d’uniformiser nos paysages. Il menace paradoxalement de nous faire perdre notre humanité incarnée et notre animalité en nous coupant des réalités naturelles par des zoos virtuels, des paysages transformés en sanctuaires, avec des chiens et chats remplacés par des robots. Le véganisme est l’allié objectif d’une menace plus grande encore. Car, après tout, la meilleure façon de ne plus abîmer la nature est de s’en couper totalement. De s’enfermer dans des villes, alimentées par des flux de molécules et des flux de données. Plus de sale, plus de propre, que de l’esprit sain tourné vers une morale ultime, l’amélioration de l’homme par son isolement total de la nature que l’on ne peut maîtriser et qui nous renvoie sans cesse à notre animalité. Oui, véganisme rime avec transhumanisme.
Un monde terrifiant. La consommation de la viande a introduit, dès la préhistoire, l’obligation du partage, l’invention de la logique du don et du contre-don car un chasseur ne consomme jamais son propre gibier. Don et contre-don sont aussi au fondement de nos rapports sociaux avec les animaux. Donner - recevoir - rendre est le triptyque de nos liens. Que sera l’humanité sans cet échange fondamental ?

 

Paul Ariès auteur de : Une histoire politique de l'alimentation du Paléolithique à nos jours, Max Milo, 2017.
Frédéric Denhez auteur de : le Bio, au risque de se perdre, Buchet-Chastel, 2018.
Jocelyne Porcher auteure de : Encore carnivores demain ? Quae, 2017 (avec Olivier Néron de Surgy).

https://www.liberation.fr/debats/2018/03/18/pourquoi-les-vegans-ont-tout-faux_1637109

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