EXPULSIONS À BURE

Publié le par Résistance verte

Évacuation à Bure

Rassemblement 18 h devant la préfecture de Saint-Étienne

UNE ABSURDE OPÉRATION MILITAIRE À BURE

Au service d'une industrie nucléaire finissante et déconsidérée

Le pouvoir macronien invente une "ZAD" pour tenter de justifier une intervention militaire liberticide. Cette gesticulation ne masque pas l'échec avéré du projet "Cigéo" (enfouissement des déchets radioactifs)
 
Le pouvoir macronien confirme que, contrairement à ce qu'il prétend, c'est bien de la "politique à l'ancienne" qu'il met en oeuvre de façon générale et, en l'occurrence, concernant le nucléaire.

Ainsi, au lieu de prendre acte de l'échec d'ores et déjà inévitable du projet "Cigéo" (enfouissement des déchets radioactifs à Bure, dans la Meuse), le gouvernement actuel se comporte comme ses prédécesseurs : il se met au service de l'industrie nucléaire en lançant une ridicule opération militaire (500 gendarmes) d'évacuation d'une ZAD… qui n'existe pas.

En effet, en lieu et place d'une prétendue ZAD, on trouve autour de Bure des citoyens jeunes et moins jeunes qui se mobilisent légitimement pour tenter de sauver l'avenir de cette région, plombé par le projet Cigéo.

Non seulement ce dernier obère l'avenir (qui voudrait investir ou venir habiter près d'un site d'enfouissement des déchets radioactifs ?) mais son échec technologique et son infaisabilité sont d'ores et déjà avérés, malgré l'entêtement mensonger de l'Andra (Agence nationale des déchets radioactifs).

Après d'être déshonoré avec sa circulaire sur le recensement des migrants, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb récidive avec cette ridicule opération militaire à Bure. Il ne faut toutefois pas oublier qu'il n'est que l'exécutant des décisions prises de façon arbitraires par le président de la République Emmanuel Macron, qui n'a jamais caché son engagement aux côtés de l'industrie nucléaire.

Pourtant, de la faillite avérée d'Areva à celle à venir d'EDF, du désastre des chantiers EPR (Finlande et Flamanville) au scandale des milliers de pièces défectueuses produites dans les usines du Creusot, l'industrie nucléaire n'en finit plus de se déconsidérer et de plomber les finances de la France.

Il est grand temps qu'une opération soit organisée pour évacuer la "ZAD du lobby nucléaire" afin de décontaminer la République et ses institutions et laisser place à un avenir respectueux de l'environnement et des citoyens.

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article349

Attaque de la barricade nord à bure

EXPULTION À BURE

Évacuation des opposant·es au projet d’enfouissement de Bure. Rassemblement ce jeudi soir devant la préfecture de Lyon

Expulsion en cours à Bure, appel à rassemblement devant les préfectures ce soir à 18h. Appel à converger vers Bure pour celles et ceux qui le peuvent. (Suivi dans l’article)
    •    10h35 - Les flics veulent rentrer dans la maison de la Résistance, font des sommations.
    •    10h20 - Déploiement de flics avec flashball dans les rues du village de Bure, la police charge les opposant-e-s dans la rue de la Résistance.
    •    10h10 - 3 fourgons, une dizaine de GM en ligne dans la rue de la Maison de la Résistance, avec flashball.
Après l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement n’entend visiblement pas arrêter de réprimer les militant·es qui s’opposent aux grands projets inutiles. Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, a annoncé ce matin (22 févirer) qu’il s’attaquait au dossier du centre d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo à Bure (Meuse).

Gérard Collomb a annoncé le début de l’opération d’évacuation des opposants au projet Gigéo. La méthode est étonnante puisque c’est par une tweet publié à 6h27 ce jeudi 22 février que le ministre de l’intérieur a fait son annonce.

Fil chronologique de l’opération en cours
  • 10h35 - Les flics veulent rentrer dans la maison de la Résistance, font des sommations.
  • 10h20 - Déploiement de flics avec flashball dans les rues du village de Bure, la police charge les opposant-e-s dans la rue de la Résistance.
  • 10h10 - 3 fourgons, une dizaine de GM en ligne dans la rue de la Maison de la Résistance, avec flashball.
  • 9h45 - Des flics dans la Maison de la Résistance.
  • 9h30 (InfoTraFlics) - Aucun barrage en cours, les routes pour arriver jusqu’à Bure sont ouvertes. Réquisition pour fouiller les véhicules et contrôler les identités des passagèr.es.
  • 9h20 - Drone au dessus de la Maison de la Résistance.
    Expulsion en cours du Grand Chêne.

Actualisation opération d’expulsion du bois lejuc

L’expulsion du bois se poursuit.

À la barricade nord : A priori la moitié des personnes à la barricade
Nord auraient été interpellées, 4 dont on n’a pas de nouvelles et le
reste aurait pu repartir avec vérification d’identité.

la totalité des gentes présentes à la vigie sud-est également. Il n’y a
pour l’instant pas de nouvelles de la vigie sud. Une partie des
personnes a pu se replier en sécurité.

Plusieurs personnes résistent actuellement dans les arbres, une
vingtaine de flics tout en bas.

Sur le chemin du Chauffour une dizaine de personne est encerclée.

À 08h15 camions militaires et bulldozers ont commencé à rentrer par la
vigie sud pour détruire les installations.

À 08H30 site vmc.camp inaccessible.

  • 12h40 Deux personnes sont emmenées en garde à vue pour outrage. Bilan actuel : 5 personnes en garde à vue, et 5 autres emmenées pour vérification d’identité. Des copain-e-s sont toujours sur la mezzanine au niveau du dortoir et du freeshop.
  • 12h19 Des personnes sont emmenées dans le jardin et sont arrêtées.
  • 12h05 Une personne est mise en garde à vue dans la maison.
  • 11h29 Une dizaine de personnes attendant à l’extérieur en soutien.
  • 11h16 Les flics forcent les portes de la maison et rentrent pour flagrance de violence caractérisée. Les opposant.e.s sont barricadé.e.s sur la mezzanine.
  • 10h35 Les flics veulent rentrer dans la maison, font des sommations.
  • 10h19 Les flics chargent dans la rue de la Résistance.
  • 10h10 3 fourgons, une dizaine de GM en ligne dans la rue de la Maison, avec flashball.
  • 9h45 Des flics sont entrés dans le jardin de la Maison de Résistance. Ils ont encerclé trois personnes dans le jardin, et les ont laissées passer au bout de 10 minutes.
  • 9h30 (InfoTraFlics) Aucun barrage en cours, les routes pour arriver jusqu’à Bure sont ouvertes. Réquisition pour fouiller les véhicules et contrôler les identités des passagèr.es.
  • 9h20 Drone au dessus de la Maison de la Résistance. Expulsion en cours du Grand Chêne.
  • 9h00 À la barricade nord : A priori la moitié des personnes à la barricade Nord auraient été interpellées, 4 dont on n’a pas de nouvelles et le reste aurait pu repartir avec vérification d’identité. La totalité des gentes présentes à la vigie sud-est également. Il n’y a pour l’instant pas de nouvelles de la vigie sud. Une partie des personnes a pu se replier en sécurité. Plusieurs personnes résistent actuellement dans les arbres, une vingtaine de flics tout en bas. Sur le chemin du Chauffour une dizaine de personne est encerclée.
  • 8h10 Les flics commencent à détruire la barricade Sud. Deux bulldozers dans la forêt.
  • 8h00 Les flics commencent à démonter la vigie Sud.
  • 7h35 Réquisitions pour fouilles des véhicules et contrôles des passagers à Cirfontaines. Les seules routes bloquées sont celles qui mènent directement à la forêt (Ribeaucourt/Nord, Mandres/Sud). Un hélicoptère tourne en permanence, voitures banalisées à Bure.
  • 7h05 Deux camions au Chauffour, sur la route entre la maison et le bois. des flics entre Ribeaucourt et Nord. Pas de contrôles depuis Mandres, mais la route vers la forêt bloquée par deux fourgons de GM.
  • 6h35 Ils embarquent des gens
  • 6h15 15 camions de GM passent. Les GM rentrent par les vigies sud, sud-est, nord
Bure en cendre

Le site fonctionne de manière intermittente, infos à suivre sur https://vmc.camp/ ou sur manif-est

Le site Reporterre recueille les premiers témoignages d’occupants des bois, dans les arbres.

Voici le témoignage d’un « hibou », recueilli au téléphone à 8 h par Reporterre :

« Ce matin, j’ai reçu un appel, et au même moment, j’ai vu de la lumière venir du sol. Je pensais que c’était des copains, et puis c’était les gardes mobiles au pied de l’arbre, à 6 h 30. Ils avaient des Maglight, des lampes très puissantes. Ils exploraient la forêt, les chemins tout autour, ils ont sécurisé la zone, comptaient le nombre de barricades, qui sont innombrables.

On est deux, dans le Grand Chêne, dans une cabane à 25 mètres de hauteur. On a relevé les cordes. Là, une équipe de cinq gendarmes mobiles sont au pied de l’arbre. Un hélicoptère tourne non stop. Je vois onze gardes mobiles, sans casque, qui nous surveillent et commentent ce qu’on fait, on les entend. Ils se cachent quand on prend des photos. Je vois aussi deux personnes gradées qui viennent d’arriver. Là, les gendarmes sont en train d’installer une caméra, pour nous filmer.

Il y a sept cabanes comme la nôtre dans le bois. »

Nous avons recueilli aussi les propos de « Sylvain », un habitant proche de Bure :

« C’est une surprise totale : on n’attendait pas d’expulsion avant la fin de la trêve hivernale. L’Andra ne peut lancer aucun chantier alors qu’on est en période de nidification des oiseaux, et il faut faire une étude d’impact avant tout nouveau défrichement. Et tous les recours ne sont pas épuisés.

Ce qui se passe est en totale contradiction avec ce qu’a dit Nicolas Hulot à l’Assemblée nationale il y a quelques mois : il ne voulait pas de brutalité et il voulait de la concertation. On devait voir Sébastien Lecornu (secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écoogique) vendredi !

On peut faire le parallèle avec Sivens : ils expulsent alors qu’on ne sait pas quelle est la situation juridique, puisque tous les recours ne sont pas épuisés. »

Les occupant·es et leurs soutiens appellent à se rendre le plus rapidement possible à Bure et à se rassembler ce soir, jeudi 22 février, devant toutes les préfectures de France.

https://rebellyon.info/Evacuation-des-opposant-es-au-projet-d-18741

Barricade en feu à Bure

APPEL À RÉSISTANCE

Ce matin à 6h15 a débuté l’expulsion du Bois Lejuc par 500 gendarmes avec grand renfort de communication de la part du Ministère de l’Intérieur, et les chaînes d’infos en continu branchées sur les images sensationnelles de blindés militaires massés près de ce bois, de cabanes envahies au petit matin, de gendarmes en cagoule munis de tronçonneuse et caméras embarquées…

L’opération, censée mettre à exécution une décision d’expulsabilité rendue l’année passée par le Tribunal de grande instance de Bar-le-Duc, intervient avant l’épuisement des recours juridiques (notamment sur la propriété de l’Andra sur le bois) et avant la fin de la trêve hivernale alors que plusieurs structures d’habitation et d’occupation avaient été installées aux abords et au coeur de la forêt. Alors même également que l’EODRA (association des élus opposés à l’enfouissement) avait domicilié en janvier son siège social dans la forêt. L’Andra ne pourra légalement commencer aucun de ses travaux dans le bois : l’Autorité Environnementale a prescrit en octobre 2017 a l’Andra la réalisation d’une évaluation environnementale avant tous travaux préparatoire, la période de nidification à la mi-mars empêche tous travaux, et l’Andra n’a pas d’autorisation de défrichement.

Comme en 2012 à Notre-Dame-des-Landes, les bulldozers suivent immédiatement les gendarmes, on rase au plus vite les lieux de vie sans laisser le temps de récupérer tous les effets personnels. Déjà suite à une première expulsion du bois en juillet 2016 les machines de l’Andra avaient défriché illégalement une partie conséquente des arbres avant que l’opposition ne réinvestisse et ne réoccupe la forêt à la mi-août 2016.

À cette heure, des arbres restent occupés par plusieurs hiboux. Une vingtaine de gendarmes mobiles sont en bas. Plusieurs personnes ont été interpellées lors de l’opération, ou sont encerclées sur des chemins menant à la forêt, de multiples vérification d’identité ont eu lieu. Au moins une personne a été placée en garde à vue.

Résister partout

Cette expulsion entérinée par le gouvernement Macron intervient dans un contexte de durcissement dramatique du contexte social à l’encontre du monde du travail, des étudiants, des migrant-e-s, etc. C’est la mise en place d’un modèle industriel et social à l’américaine qui précarise, piétine allègrement l’environnement et les populations et s’impose par la force et l’intransigeance. Le président Macron marche dans les pas de Margaret Tatcher : tolérance zéro, le message est clair.

Cette opération foudroyante est avant tout une manoeuvre politique à la mise en scène minitieusement orchestrée pour empêcher que l’abandon de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne galvanise la résistance partout en France. Une opération pour tenter d’enrayer tout le soutien national qui s’organise peu à peu, avec comme symbole une petite maisonette crée par le comité de soutien de Dijon qui devait être installée dans la semaine, la première cabane d’un comité de soutien. Dans les mots décharnés de la Préfète, c’est "un projet de construction en dur manifestant la volonté des opposants de s’installer durablement". Nous disons que c’est un mauvais pari. Nous sommes déjà installé-e-s durablement, dans la forêt et partout autour dans les villages que nous habitons, mais aussi partout ailleurs en France où chaque opération de police multiplie les soutiens. Ce matin l’Etat a choisi d’envoyer un signal très fort qui nous confirme que la résistance doit continuer de s’organiser partout en France et au-delà et que Cigéo est un point crucial dans la pérennité d’une industrie nucléaire qui s’impose par la force sous couvert de concertation.

Lorsque nous avons commencé à occuper le bois Lejuc en juin 2016 nous n’aurions jamais imaginé que nous y serions 1 an et demi plus tard, que l’Andra devrait reculer, que des dizaines de comités se créeraient partout en France. Les ministres auront beau jouer le traditionnel jeu de la dissociation sur BFM entre les "méchants cagoulés" à nettoyer d’urgence et l’opposition citoyenne pacifique, ce discours n’a jamais pris à Bure où nous luttons dans mouvement protéiforme et complémentaire. Tous les médias parlent de la "ZAD de Bure", pour mieux créer le parallèle avec NDDL dans l’esprit des gens. Nous avons toujours dit que s’il y avait une ZAD à Bure, c’était celle de tout un territoire, partout, parce que l’horreur atomique et le rouleau compresseur étatique qui la sous-tend ne connaissent pas de frontières quand il s’agit de broyer les existences des gentes et leurs territoires de vie au nom du profit et du contrôle.

La pornographie policière et médiatique des images de destruction et la mise en scène du "retour à l’Etat de droit" ne satureront pas nos têtes et nos coeurs, ne recouvrira pas tout ce qui s’est vécu depuis des années à Bure et tout autour, et ce qui va se vivre dans les années à venir. Expulser le bois Lejuc ce matin, c’est taper et attaquer partout toutes celles et ceux qui sont venu.es sur place par milliers dans les années passées et portent déjà en elleux partout, un morceau de Bure.

Chaque attaque nous renforce dans notre détermination, on ne nous atomisera jamais !

https://manif-est.info/Communique-de-quelques-hiboux-Appel-a-resistance-rassemblements-creation-de-417.html

Bull à Bure

EXPULSION EN COURS AU BOIS LEJUC

Jeudi 22 février, depuis 6h15 du matin, 15 camions de GM sont entrés dans le bois Lejuc, à côté de Bure, et procèdent à son expulsion. Plusieurs arrestations sont en cours.
Appel à rassemblement à 18h devant les préfectures, et appel à converger vers Bure pour celles et ceux qui peuvent.

 

L’action du gouvernement à Bure est-elle légale ? Rien n’est moins sûr

Jeudi 22 février, à l’aube, les gendarmes ont lancé l’expulsion des occupants du bois Lejuc, opposés au projet Cigéo de poubelle nucléaire. Si le gouvernement argue vouloir faire respecter une décision de justice, les avocats des opposants estiment, eux, que l’intervention est frappée d’illégalité. Reporterre fait le point sur ces arguments juridiques.

500 gendarmes pour déloger 15 opposants. C’est une opération de gendarmerie de grande ampleur qui a eu lieu hier jeudi 22 février dans le bois Lejuc, à Mandres-en-Barois, dans la Meuse. Les habitants des quelques maisons installées dans la forêt, qui occupaient le terrain pour s’opposer au projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, ont été expulsés. L’intervention a démarré aux environs de 6 heures du matin, puis s’est poursuivie dans le village voisin de Bure, à la Maison de résistance, siège du mouvement d’opposition. Selon les personnes jointes sur place par Reporterre, puis d’après notre journaliste arrivée à Bure dans la matinée, la quarantaine de personnes qui s’y étaient regroupées ont été évacuées une à une du bâtiment. Certaines ont été placées en garde à vue et réparties dans différentes gendarmeries de la Meuse.

« Nous ne voulons plus en France qu’il y ait des lieux de non-droit, où nous pouvons nous installer en dehors de toute règle, disait, quelques heures après le début de l’intervention, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, devant les micros et les caméras. Sur ce lieu, une ordonnance avait été prise par le tribunal d’instance de Bar-le-Duc, qui avait permis d’utiliser la force pour expulser ceux qui étaient présents indûment. Donc, nous avons fait exécuter ce matin cette mesure. »

Les opposants ne s’attendaient pas à cette opération de gendarmerie. Ils s’étaient presque habitués à la présence très importante des forces de l’ordre sur place. Et les conditions juridiques ne leur paraissaient pas réunies pour une expulsion. S’est-elle déroulée dans la légalité, comme l’affirment le gouvernement et l’Andra ? Rien n’est moins sûr.

L’ordonnance d’expulsion est-elle valide ?

Première interrogation, l’ordonnance évoquée par Gérard Collomb pouvait-elle s’appliquer pour cette expulsion ? Il s’agit d’une ordonnance du tribunal d’instance de Bar-le-Duc, délivrée il y a plus d’un an, en janvier 2017. « Elle n’est plus valable, estime Me Étienne Ambroselli, avocat des opposants. Elle a été prononcée contre des gens qui n’habitent plus dans le bois ! »

Par ailleurs, cette ordonnance justifiait le recours à une « procédure non contradictoire » : l’huissier de justice n’ayant pu identifier les habitants du bois Lejuc, le tribunal a estimé qu’il pouvait prononcer l’expulsion sans les entendre. Voilà pourquoi les forces de l’ordre ont pu débarquer hier matin sans que personne n’ait été prévenu. Mais depuis la délivrance de l’ordonnance, une association d’élus, l’Eodra, a installé son siège dans l’une des maisons construites dans le bois Lejuc. « Elle a déclaré ce domicile en préfecture, et pourtant, il ne lui a été notifié aucune procédure d’expulsion », dit Me Ambroselli. Le droit prévoit, quand quelqu’un est menacé d’expulsion et peut être identifié, qu’il soit prévenu… « L’association a subi une violation de domicile. Des gens ont été expulsés en plein hiver sans aucun respect des règles de base ! La raison d’État permet de violer allègrement l’État de droit », poursuit l’avocat.

« Le gouvernement applique une décision de justice », a estimé de son côté, dans l’après-midi, le secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique Sébastien Lecornu. « Ces occupants illégaux ne bénéficient pas de la trêve hivernale puisqu’aucun occupant illégal n’était installé à temps plein sur le site. Il s’agissait de relais organisés par les squatteurs dans des bivouacs précaires.Tout est fait pour empêcher la constitution d’une Zad, c’est-à-dire des constructions en dur. Et je le dis clairement, l’État reviendra autant de fois qu’il le faudra. »

Le titre de propriété du bois Lejuc contesté

Pour exiger une expulsion, il faut que le propriétaire revendiqué ait un titre de propriété valable. Or, la saga judiciaire autour de la propriété du bois Lejuc est loin d’être terminée : la contestation devant les tribunaux est toujours en cours. L’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) estime être la propriétaire du bois : le maire de Mandres-en-Barois a effectivement signé l’acte faisant de l’agence le maître des lieux. Mais cet acte est fondé sur une délibération du conseil municipal du village qui a été annulée par la justice. Si une deuxième délibération du conseil municipal a bien validé, à nouveau, le fait que l’Andra devienne propriétaire des lieux…, aucun nouvel acte de propriété, appuyé sur cette nouvelle délibération, n’a encore été signé par le maire. « Cette expulsion repose sur un acte de propriété de l’Andra qui est illégal et atteint d’une nullité absolue », estime Me Étienne Ambroselli.

De son côté, l’Andra affirme s’inscrire dans la légalité et cite les décisions de justice lui ayant donné raison. « L’intervention des gendarmes dans le bois Lejuc fait suite à plusieurs décisions de justice de 2017 qui reconnaissent le caractère illégal de l’occupation du bois Lejuc, bois dont l’Andra est pleinement propriétaire », a déclaré l’agence dans un communiqué, hier jeudi dans l’après-midi.

« Violation de domicile » à la Maison de résistance à Bure

Le contexte de l’intervention à la Maison de résistance de Bure est aussi fortement contesté par le réseau Sortir du nucléaire, propriétaire des lieux avec l’association Bure zone libre. Le premier a déposé plainte hier jeudi pour violation de domicile. « Fracassant les portes et fenêtres, [les gendarmes] ont forcé avec brutalité les personnes qui s’y étaient réfugiées à sortir. Ils ont ensuite procédé à une perquisition des lieux, tout cela sans l’assentiment des habitants de la maison, sans décision du juge des libertés et de la détention et hors la présence des habitants, de représentants de ceux-ci ou de témoins », a justifié l’association dans un communiqué. À noter qu’une perquisition demande habituellement la présence des personnes dont le domicile est perquisitionné.

Le procureur de la République de Bar-le-Duc, Olivier Glady, a expliqué à l’AFP que la perquisition était « commandée par les événements de la matinée, des violences sur les gendarmes et la mise en place d’obstacles sur la voie publique à Bure. Les gendarmes sont entrés dans la Maison de résistance à la recherche de suspects ».

Les recours contre Cigéo ne sont pas encore épuisés

Enfin, cette opération a lieu alors que plusieurs procédures judiciaires menacent toujours l’avenir du projet Cigéo. Par exemple, la cession du bois Lejuc à l’Andra, les négligences concernant le potentiel géothermique du sous-sol de Bure, ou le coût annoncé du projet (voir la liste des procédures dans l’encadré ci-dessous).

Les opérations de jeudi matin ont même ravivé l’énergie des avocats des opposants, qui ont lancé, et vont continuer de lancer, de nouvelles procédures. Outre la plainte pour violation de domicile dont nous vous parlions ci-dessus, l’association réseau Sortir du nucléaire va contester dès aujourd’hui, vendredi 23 février, l’ordonnance ayant servi de fondation juridique aux expulsions, ou encore le titre de propriété de l’Andra sur le bois Lejuc devant le juge civil (il doit déjà passer devant le juge pénal le 10 avril prochain). Et, afin de souligner que l’Andra elle-même a du mal à respecter le droit, le réseau Sortir du nucléaire compte bien demander une citation directe du directeur général de l’Andra, Pierre-Marie Abadie, devant le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, afin qu’il réponde « personnellement et pénalement » d’infractions que le réseau reproche à l’agence : défrichement illégal du bois Lejuc, destruction illégale d’espèces protégées, et construction sans autorisation d’urbanisme d’un mur, toujours dans ce même bois.

À fleurets mouchetés, la bataille juridique s’intensifie autant que celle qui se mène sur le terrain. Malgré cette intervention surprise, les opposants estiment avoir encore du temps devant eux. En effet, en juin 2017, une décision de l’Autorité environnementale a contraint l’Andra à reprendre à zéro toutes les procédures pour les travaux dans le bois Lejuc. « Ils doivent faire une étude d’impact et une enquête publique, ils sont très loin de pouvoir légalement faire quoi que ce soit dans ce bois », assure Me Ambroselli. Les « hiboux » peuvent encore espérer quelque répit.

 


LES ACTIONS JURIDIQUES TOUJOURS EN COURS CONTRE CIGÉO
  • Un recours contre la deuxième délibération du conseil municipal de Mandres-en-Barois cédant le bois Lejuc à l’Andra attend encore d’être jugé sur le fond ;
  • le recours reprochant à l’Andra d’avoir négligé le potentiel géothermique de Bure doit passer devant la Cour de cassation (or, aucun projet d’enfouissement de déchets radioactifs ne doit être fait sur un site pouvant susciter un intérêt pour la géothermie) ;
  • le recours contre l’arrêté pris par Ségolène Royal fixant un coût pour Cigéo inférieur à ce qu’a calculé la Cour des comptes est également en attente d’une audience ;
  • les recours contre l’arrêté préfectoral actant le changement de propriétaire du bois Lejuc attendent encore une décision de justice ;
  • les recours contestant le fait que le bois Lejuc ait été remis par l’Andra dans le régime forestier courent encore ;
  • enfin, une plainte contre l’Andra pour défrichement illégal, destruction d’espèces protégées et construction d’un mur sans autorisation d’urbanisme doit aussi être instruite.

https://reporterre.net/L-action-du-gouvernement-a-Bure-est-elle-legale-Rien-n-est-moins-sur

À Bure, dans un arbre du bois Lejuc, que les militants ont ré-occupé

Vendredi matin, une action de ré-occupation du bois Lejuc a été lancée par plusieurs opposants au projet Cigéo. Une journaliste de Reporterre y était sur place et raconte cette journée arboricole. Samedi matin, les gendarmes encerclent le hêtre occupé.

2 h 00 - Nous partons au cœur de la nuit glaciale en voiture. Nous parcourons les petites routes de la Meuse pendant un long moment avant de nous engager dans un chemin de terre battue. La forêt succède aux champs, le sentier devient de plus en plus caillouteux. Nous laissons le véhicule dans un recoin du bosquet, puis commençons une longue marche à travers les arbres et les fourrés. Tout se passe dans le silence et dans l’obscurité la plus totale. Nos guides connaissent la forêt comme leur poche et avancent sans difficulté. Pour ma part, je dois me concentrer afin d’éviter souche et branchages. Nous passons un ruisseau, pieds nus dans l’eau gelée, l’oreille aux aguets. Mais il n’y a aucun signe de présence humaine. Je perds le fil du temps. Nous parvenons finalement au pied d’un grand hêtre de plus de 20 mètres de hauteur. Là-haut, une plate-forme : notre nid. Des cordes pendent de part et d’autre de l’arbre. Nos guides grimpent rapidement et commencent à hisser couvertures et victuailles. Puis, c’est notre tour. Une fois harnachée, je commence l’ascension. C’est dur ! Mais la vue, une fois arrivée, vaut la chandelle.

4 h 00 - Le ciel étoilé, la canopée bruissant doucement sous le vent, le léger tangage de la plate-forme et la tisane chaude. Il est à ce moment autour de 4 h du matin. Commence alors une nuit courte, emmitouflés dans les couvertures. Nous voyons régulièrement des lumières passer à quelques centaines de mètres. Vigiles ou gendarmes, nous ne le saurons pas.

06 h 00 -Nous avons assisté au lever du soleil. Le ciel s’est levé sous la canopée. On entend des oiseaux, et dans le lointain, des bulldozers.
Toutes les cabanes n’ont pas été détruites, la Communale est toujours en place. Nous sommes dans une autre cabane intacte. Il fait très froid. Je suis en compagnie de deux habitants du bois, et de la journaliste indépendante Isabelle Masson-Loodts.

08 h 00 - En ce vendredi matin, une action de ré-occupation du bois Lejuc a commencé par plusieurs militants. Afin de témoigner, je suis dans un grand hêtre, avec deux d’entre eux et une journaliste belge. Le message des activistes : « Nous ne lâchons rien et continuons à défendre la forêt. Hier, c’était une opération de communication du gouvernement. »

10 h 54 - On est toujours en haut de la plate-forme. On n’a pas vu de policiers, mais un hélicoptère tourne en permanence autour de nous. On a vu passer d’autres opposants, donc à priori, il y a du monde dans le bois, mais du haut de l’arbre, il n’est pas possible de savoir combien. D’autres arbres seraient occupés. Tous les accès empruntés par les gens qui vivent dans le bois depuis un an ne sont pas connus des forces de l’ordre. On nous a même apporté des couvertures, de la nourriture, de l’eau.

11 h 59 - Un nouveau groupe est arrivé en bas de l’arbre, je pense qu’il s’agit de journalistes. Il y a une demi-heure, nous avons échangé des cris avec d’autres cabanes - ce qui indique que d’autres cabanes du bois sont occupées. Ces cris provenaient de trois directions différentes. Nous savons que des gendarmes sont présents dans le bois parce que nous avons vu des opposants passer en courant, qui nous l’ont appris. Mais nous n’avons pas vu les gendarmes passer après eux.

« N’en déplaise à la préfète de la Meuse et au secrétaire d’État Sébastien Lecornu qui se pavanaient hier dans le bois lejuc avec les caméras de BFM TV, disant que l’expulsion était terminée et que la forêt pouvait de nouveau accueillir les pires rebuts de la filière nucléaire, des hibous et chouettes de Bure ont profité de la nuit pour refaire leur nid dans la forêt en haut des arbres », ont écrit des opposants au projet Cigéo dans un communiqué intitulé « Nous sommes là, nous serons là ! », mis en ligne ce vendredi matin.

12 h 30 - Pendant ce temps, l’avocat des opposants, Samuel Delalande, fait le point avec Reporterre sur les personnes arrêtées hier : « Je suis en contact avec cinq personnes ayant été mises en garde à vue. Trois ont été libérées et sont convoquées au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc le 12 juin prochain, les deux autres sont transférées devant un juge et passent en comparution immédiate aujourd’hui. Nous allons demander le report des jugements pour préparer notre défense. On reproche à ces personnes des faits d’outrage, de violence, mais ce n’est pas caractérisé. »
14 h 00 - C’est toujours calme autour de notre cabane. Un petit groupe d’une personne du bois et de deux journalistes est passé nous voir. Ils nous ont dit qu’il y avait beaucoup de gendarmes dans le bois ainsi que des vigiles de l’Andra, et que c’est un cache-cache pour les éviter. D’autres cabanes sont occupées, mais il n’y a pas d’expulsion en cours. Peut-être parce que les gendarmes "grimpeurs" sont déjà repartis. En tout cas, tout va bien pour l’instant. Et on vient de savourer un déjeuner de dattes, de chocolat et de carottes.

16 h 20 - Avec Isabelle, nous sommes redescendus de l’arbre sans encombre, et sommes retournées à travers la forêt jusqu’à notre véhicule.

Grande surprise : sur le chemin, nous n’avons croisé aucune âme qui vive, en tout cas aucun gendarme. Une fois revenues à la Maison de la résistance, à Bure, nous constatons que beaucoup de gens sont arrivés, ils sont plus nombreux qu’hier. Sans doute les appels à soutien ont-ils porté leurs fruits. Pendant ce temps, les deux "Hiboux" avec qui nous avons occupé la plate-forme y sont toujours : ils continuent à aménager une cabane à partir de bâches, de palettes et de couvertures. Le ravitaillement va bientôt leur parvenir. En ce qui nous concerne, retour sur Paris. Et dodo.

Samedi 24 février, 11 h 20 - Les deux groupes restant dans deux arbres de la forêt sont encerclés par les forces de l’ordre. Au pied du hêtre où nous étions hier et où nos deux hiboux ont passé une nouvelle nuit, il y aurait une trentaines de gendarmes.
Suite à l’expulsion du bois et de la Maison de la résistance jeudi 22 février, deux personnes sont en détention provisoire jusqu’au 19 mars, date de leur procès, et trois personnes sont convoquées le 12 juin au tribunal correctionnel pour outrage et rébellion.
Samedi, 16 h 00 - À 14 h, une des cabanes a été expulsée.

https://reporterre.net/EXCLUSIF-A-Bure-dans-un-arbre-du-bois-Lejuc-que-les-militants-ont-re-occupe

https://reporterre.net/Bure-une-plate-forme-dans-les-arbres-evacuee-par-les-gendarmes

ÉVACUATION DES OPPOSANTS AU PROJET D’ENFOUISSEMENT DE DÉCHETS NUCLÉAIRES

La gendarmerie nationale a débuté ce jeudi une opération d’évacuation du bois Lejuc, épicentre de la lutte contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse.

«Sous l’autorité de la préfète de la Meuse, une opération menée par la gendarmerie a débuté ce matin à 6h15», a déclaré sur son compte Twitter le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Ses services mettent ainsi à exécution une décision de justice prise en avril par le Tribunal de Grande Instance de Bar-le-Duc.

Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur sur place, «l’opération se passe bien». Cinq cents gendarmes, dont cinq escadrons de gendarmerie mobile, sont mobilisés pour l’évacuation du site de 221 hectares à côté de Bure, a annoncé le ministère de l’Intérieur.

«Il y a toujours des gens dans les arbres dans des cabanes à 20 m de hauteur. Il y a eu plusieurs arrestations, au moins un hélicoptère survole le bois. Toutes les routes sont bloquées dans les villages alentours», a raconté à l’AFP un opposant au projet Cigéo présent sur place, ne souhaitant pas être identifié. «Je ne veux pas descendre. Nous sommes là pour montrer qu’on ne veut pas qu’on empoisonne la Terre mère, on est dans un vieux chêne qui a vécu bien plus longtemps que nous», a déclaré par téléphone un autre opposant perché dans un arbre à 25 mètres de hauteur, se faisant surnommé «un hibou du bois Lejuc».
La préfète de la Meuse doit faire un premier point avec la presse sur place vers 9 heures, tandis que Gérard Collomb doit s’exprimer sur le sujet en milieu de matinée en marge d’un déplacement en Seine-et-Marne. Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire Sébastien Lecornu, qui a prévu de se rendre à Bure ce jeudi, a également prévu un point-presse à 14h30.

Sidération

«Dans un Etat de droit, les oppositions doivent s’exprimer de manière légale», a écrit sur Twitter le secrétaire d’Etat. De son côté, le chef de file des députés LREM Richard Ferrand a déclaré sur Europe 1 qu’il était «bien normal que l’évacuation ait lieu» pour ne pas voir perdurer «une période de non droit» comme cela a pu être le cas ailleurs en France.

Vendredi le Premier ministre Edouard Philippe avait affiché sa détermination à ne pas laisser «s’enkyster» les «Zad» («zones à défendre») occupées par des militants, alors que l’exécutif s’est engagé à évacuer à l’issue fin mars de la trêve hivernale l’emblématique Zad de Notre-Dame-des-Landes (Loire-atlantique).
«C’est absolument invraisemblable car la visite de M. Lecornu était prévue aujourd’hui. Il devait nous rencontrer demain en tant qu’opposants. C’est la sidération», a réagi une porte-parole du collection «Bure Stop» contactée par l’AFP. «C’est une situation inattendue, difficile à gérer», a-t-elle ajouté, expliquant que la propriété du bois Lejuc «est contestée», avec «des recours en cours déposés sur l’illégalité des travaux».
L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a retenu le bois Lejuc pour l’installation des cheminées d’aération du projet Cigéo, visant à enfouir 500m sous terre les déchets nucléaires les plus radioactifs ou à vie longue du parc français. L’agence doit réaliser des forages exploratoires dans la forêt afin de récolter des données en vue du dépôt de la demande d’autorisation de création (DAC) du site, prévue pour 2019. Des forages rendus pour l’heure impossibles par l’occupation du bois.

Saisi en référé par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), le Tribunal de grande instance (TGI) de Bar-le-Duc avait rendu en avril une décision d’expulsion du bois Lejuc. Les opposants au projet Cigéo contestent la procédure de cession de ce terrain à l’Andra.

http://www.liberation.fr/france/2018/02/22/bure-evacuation-des-opposants-au-projet-d-enfouissement-de-dechets-nucleaires_1631490

Bure

 

EXPULSIONS À BURE
EXPULSIONS À BURE

Publié dans Nucléaire

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