CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE

Publié le par Résistance verte

Nous faisons face à un système de dominations qui nous exploite et nous oppresse au quotidien. Le capitalisme déploie sa logique marchande dans la totalité de nos vies. Tout devient une simple marchandise, un moyen de profits, d’accumulation. C’est contre ce monde qu’il nous faut nous battre et organiser nos existences. Nous, en tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de dominations qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Libres et égaux. Déployer cette logique, communiser, c’est instituer des formes d’existence totalement incompatibles avec la persistance du capitalisme. C’est lier des relations concrètement égalitaires et libertaires, c’est faire du monde un commun. Comment construire notre puissance face au pouvoir, qui exploite, oppresse, détruit ; comment conquérir notre autonomie ?

Tout commence par une explosion. Non en fait on sait pas si c’est le commencement, et c’est pas vraiment une explosion. Mais le « big-bang », c’est pour l’instant la construction théorique la plus solide sur laquelle on peut s’accorder. Cause-conséquences, réactions en chaînes, l’univers se déploie, déterminé. La matière s’agrège, se compose, se recompose.

L’atome de Carbone permet une telle complexité qu’il permit de composer un phénomène que l’on appelle : la vie. La vie se manifeste par des organismes vivants, ou êtres vivants, reconnaissables par la grande complexité de leur structure interne et leur activité symbiotique. Arbre, dans lequel vit l’insecte, mangé par l’animal qui nourrira la terre et dispersera les fruits, pour l’arbre. L’ensemble de ces organismes forment un écosystème, un complexe de relations interdépendantes.

A travers les générations, par mutations aléatoires, les êtres vivants évoluent. Cette évolution est déterminée par la pression sélective qu’exerce l’environnement et par la valeur adaptative des mutations. Il faut pouvoir résister au froid si c’est nécessaire etc. S’entraider fait souvent la différence, ce qui permit aux animaux sociaux de se développer, comme les fourmis, et les primates sociaux qui vont nous intéresser maintenant, homo-sapiens.

Homo-sapiens reste nomade des milliers d’années, des phénomènes proprement sociaux, propres aux groupes, se développent, comme son langage et sa technique qui font évoluer ses organisations plus ou moins inégalitaires. Puis homo-sapiens se sédentarise, ce qui lui permet d’accumuler, de cultiver, de protéger, de s’approprier, ce qui constitue dorénavant pour ces grands singes, une forme de propriété. L’esclavage, le système de propriété d’homo-sapiens sur d’autres, est très peu fréquent dans les sociétés de chasse et de cueillette, et il concerne principalement les femmes arrachées d’autres tribus. Il se développe surtout en même temps que l’agriculture et certains grands travaux qui conditionnent le développement, des premières villes, des premières guerres, des premières formes de pouvoir centralisées, de ce qui s’institue comme la civilisation.

Des sociétés découvrant l’agriculture et l’élevage, avec l’élargissement du groupe social, on passe ensuite à des sociétés qui se complexifient, avec l’émergence de classes sociales et de hiérarchie liées à une division du travail accrue, au développement urbain, à l’apparition de castes de religieux et de guerriers, à l’institution de l’appropriation de la fonction reproductive des femmes, à l’avènement de monarchies, des pouvoirs centralisés, dits divins. On passe de structures sociales basées sur le groupe tribal plus ou moins inégalitaire à la famille patriarcale, le père est propriétaire de la famille, franchement inégalitaire. La politique et la loi s’instituent comme formalisation des décisions collectives.

Prospérant sur l’exploitation et l’oppression, les empires s’étendent, puis refluent. D’autres formes d’organisation les remplacent, comme la féodalité, système hiérarchique de seigneurs, des homo-sapiens qui ont un pouvoir sur les terres et les humains. L’esclavage recula et laissa place au servage, une forme de domination moins violente. D’autres alliances se forment à travers les communes, les guildes, pour organiser la solidarité et vivre libre, sans seigneur. L’église, système religieux hiérarchique, devient une organisation de pouvoir.

Les dominants s’échangent les choses dont ils ont la propriété, comme des esclaves. Le commerce se développe, les échanges marchands et leur logique deviennent de plus en plus centrales. Sur le marché, les choses deviennent des marchandises, elles sont définies par leur valeur marchande, la valeur que les choses ont sur le marché. Les bourgeois, homo-sapiens spécialisés dans le commerce, achètent dans le but de revendre et d’accumuler cette valeur. Ils achètent des matériaux, des ouvriers, et augmentent la valeur de leur propriété, de leur capital.

Les pouvoirs des seigneurs, avec l’influence de l’église, se centralisent dans les mains d’un homo-sapiens appelé le Roi, qui a un pouvoir sur ce qui peut se vendre ou non. Avec la technique la domination s’étend et le commerce forme bientôt un système unifié : l’économie. Le pillage et la destruction des sociétés amérindiennes ainsi que l’esclavage, constituent alors les conditions pour que ceux qui ont accumulé un capital, s’appuyant sur la soif de liberté populaire qui se propageait, renversent la monarchie absolue qui les entravait. C’est sur cette organisation que se fonda l’état-nation comme contrôle hiérarchique d’un territoire adapté à la domination marchande. C’est le capitalisme.

Poussé par les nécessités de la concurrence, et par une force militaire, le système de domination continue de s’étendre. A travers l’esclavage dans les colonies, la hiérarchisation de l’humanité a évolué, le capitalisme s’est institué sur le concept de race, une hiérarchisation biologique et culturelle.

La technique continue de se développer à travers l’industrie, les exploités luttant contre l’esclavage, l’exploitation prend le nom de salariat, une forme de d’exploitation différente. La classe dominée qui s’organise met directement en danger l’exploitation de l’homme. Le système carcéral, la propagande, et les armes de l’état défendent la propriété privée. Le marché s’étend, tout est broyé pour rentrer dans une forme marchande, tout est hiérarchisé par le système marchand ; tout est mis en concurrence et pour persister, le capitalisme doit continuer de croître. Il s’adapte a ses nécessités, capitalisme d’état, capitalisme libérale, état-providence…

Le capitalisme s’étend, le monde en devient à son image, nature, ville, corps, activité, tout est structuré par la domination capitaliste. Le monde se transforme en usine marchande. En 40 ans, la moitié des espèces vivantes sur terre est détruite, c’est le plus important recul en termes d’abondance et de variétés de vies depuis l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années. Les conséquences destructrices du capitalisme mettent en danger la vie sur terre.

L’histoire est déterminante. Elle nous permet de saisir le mouvement des choses, de comprendre les dynamiques de notre société. Comprendre cela c’est commencer à aborder notre société, et ce qui la constitue, comme un système déterminé. C’est commencer à aborder le système de domination avec un regard critique.

Le capitalisme structure toute notre existence. La joie du vendredi soir, le spleen du dimanche et la flemme du lundi n’ont de sens dans nos existences que par rapport au capitalisme. Nous vivons la réalité à travers le capitalisme et ce que l’on nomme ses catégories. L’exploitation dans le système marchand, devient la catégorie « travail », comme activité productive dans une perspective capitaliste. Élever un enfant est un travail seulement quand il s’intègre dans un rapport marchand, seulement quand c’est payé. Les « loisirs » ne sont pas des temps libres mais des divertissements capitalistes, les plages sont des usines de loisirs. L’art n’est plus que pub ou divertissement. Le progrès, la liberté, dans les média dominants ne sont donc que des catégories capitalistes, ne signifiant que le progrès du capitalisme et la liberté d’exploiter. S’attaquer théoriquement à ces processus et aux catégories de la domination est déterminant, pour donner à l’action humaine, à la pratique, la force et les moyens de ne pas se laisser ligoter dans la passivité, la résignation. Pour conquérir notre autonomie, il nous faudra construire une théorie critique, qui dévoile les fonctionnements de la domination, contre laquelle nous luttons et en dehors de laquelle nous voulons vivre ; une théorie critique qui éclaire une pratique révolutionnaire ; pour sortir communément du capitalisme.

Les catégories comme le travail, les genres, les races, les classes se construisent dans le capitalisme, et pour s’affirmer comme indépassables, pour se présenter comme éternelles, ces catégories sont essentialisées. C’est-à-dire qu’elles se présentent comme essences de l’univers, comme si elles étaient éternelles ou naturelles, comme si on avait toujours travaillé, comme si la propriété, l’économie, les genres, les races, les classes avaient toujours existé. Mais l’anthropologie, la sociologie, l’histoire, la science nous enseignent les aspects profondément évolutifs des processus et catégories de la domination. Une véritable écologie de nos rapports sociaux qui s’articule et évolue à travers la domination doit être étudiée. Les conditions objectives d’existences et les subjectivités qui y sont liées se construisent historiquement. L’exploitation dans le système féodal, n’est pas la même que l’exploitation dans le système marchand, et les personnes le vivent et y répondent différemment.

Faisons la critique d’une catégorie déterminante du capitalisme ; la valeur marchande. La valeur d’une marchandise, par exemple d’un diamant, ne peut pas être découverte, même par une analyse de ses atomes, puisqu’on ne trouvera que des atomes de carbone. Les choses ne possèdent pas de valeur définie, c’est une construction sociale qui prend forme à travers l’échange marchand.

Dans cette échange, peut importe l’utilité des objets, leurs valeurs d’usage, ce qui compte c’est leur valeur marchande. Ce qui fait des « objets », des « marchandises », c’est justement cette dissociation, entre valeur marchande et valeur d’usage. Les valeurs d’usage sont qualitativement différentes, incomparables – la soif que comble l’eau est incomparable avec le toit qui abrite – alors que les valeurs marchandes sont identiques, elles ne sont que quantité, des milliers de bouteilles d’eau équivalent un toit, ils ont la même valeur en tant que marchandises. Mais il faut des moyens techniques spécifiques pour permettre un tel processus, pour que tous les objets puissent se mesurer les uns les autres, puissent se hiérarchiser les uns les autres. Il faut pouvoir quantifier comme équivalents des objets aux différentes qualités. Comment hiérarchiser la lumière du soleil et l’air que l’on respire ?

Ce qui forme cette valeur marchande, ce qui rend les marchandises équivalentes, c’est la quantité de temps de travail socialement nécessaire à leurs productions. C’est ce qui est quantifié, reconnu comme socialement nécessaire à la production des marchandises. Le système marchand ne reconnaît alors que ce qui pour lui a de la valeur, que ce qu’il peut quantifier et échanger.

Cette valeur marchande domine dans la sphère du travail par le règne du temps abstrait, linéaire, toujours équivalent à lui même. Le processus de production est social, même produire un crayon de papier implique un réseau complexe d’agent et de savoir. Mais ce qui compte à travers l’échange c’est le temps objectivement mesurable, séparé des sentiments subjectifs, des sensations et des expériences des individus qui travaillent. 1h, C’est la même partout, celle de l’usine.

Il aura fallu plusieurs siècles de pressions, une lourde technique et l’utilisation de la force brute pour que la masse des humains intériorise cette forme de rapport au temps ; devoir se présenter tous les matins à la même heure précise à l’usine ou au bureau, en laissant sa vie à la porte d’entrée, pour se soumettre, pendant un temps défini au rythme monotone des dispositifs de production. Rien que cela démontre que l’activité sociale imposée, appelée travail, n’a rien d’éternelle.

Si l’on suit le chemin que l’évolution du processus du travail parcourt depuis l’artisanat, en passant par la corporation et la manufacture, jusqu’au machinisme industriel, on y voit une rationalisation sans cesse croissante, une élimination toujours plus grande des qualités personnelles et humaines des travailleurs. Le processus du travail est de plus en plus morcelé, divisé en opérations abstraitement rationnelles, en fonctions techniques spécialisées se répétant mécaniquement. Cette forme de rationalisation abstraite devient alors le formant de cette valeur marchande, quantitative.

L’humain dans la production marchande devient alors lui-même une marchandise, une force de travail ; l’humain s’intègre dans la hiérarchie des marchandises. Il vend sa force de travail, son temps, Il se vend à un propriétaire qui l’exploite. Dans cette vente, dans cette aliénation, l’humain s’appréhende alors lui-même comme une marchandise, il extériorise ses facultés, ses organes, il se fait usine, assemblage de choses interchangeables comme le projette le transhumanisme. Dans le système marchand, seuls les besoins, les désirs qui valorisent le système marchand, qui sont conformes à sa logique sont possibles. Le vivant est nié, il devient simple rouage de la valeur qui s’accumule en capital, crête de la hiérarchie. Quand tout peut s’acheter, on s’arrache, s’approprie alors le monde pour ne pas être bouffé par plus gros, pour ne pas être racheté.

Le capitalisme c’est ce rapport social de l’accumulation de la valeur à travers le système marchand. C’est ce rapport social institué qui persiste dans la violence. Il faut un lourd appareil technique, étatique, militaire, culturel etc pour permettre au système marchand de broyer tout sous forme de marchandise, pour que le capital continue de s’accumuler, pour qu’une abstraction domine la réalité.

L’ARGENT C’EST MATRIX – L’USINE EN EST LE CODE NOTRE RAGE EST RATIONNELLE

La critique de la valeur montre bien que le capitalisme est un système total, qui structurant la production, structure aussi les consciences des hommes. C’est un fait social total qu’une critique se réduisant à l’économie ne peut cerner. En réduisant le capitalisme à des rapports purement économiques, quantitatifs, comme l’a fait le marxisme traditionnel, on reproduit en réalité cette approche abstraite, qui ne saisit que des quantités, et ignore les qualités ; On essentialise la catégorie de la valeur, et sa forme de rationalité abstraite, comme si on avait toujours pu tout quantifier. Dans cette approche, tout horizon révolutionnaire, ne peut conduire qu’à une meilleure gestion, qu’à une meilleure répartition de la valeur, mais pas à son abolition.

En essentialisant la valeur, on affirme alors le travail, comme si c’était une forme d’activité éternelle, naturelle. On revendique le travail alors qu’il faut l’abolir. Le socialisme n’est alors qu’une extension de cette logique de planification du système de production, c’est un développement de cette logique quantitative de la valeur ; Un capitalisme d’État.

C’est cette même essentialisation de la valeur, et sa forme de rationalité qui fait de l’histoire un progrès linéaire. Le socialisme pensait pouvoir advenir d’une gestion planifiée de la valeur, mais cette gestion par l’État n’est l’avènement que d’un capitalisme totalitaire, d’un monde totalement capitaliste, un monde-usine qui ne se dépassera pas de lui-même.
Mais cette valeur marchande, quantitative, dissociée de la valeur d’usage, qualitative, ne doit pas être essentialisée.
La domination capitaliste, par sa forme de rationalité abstraite, par sa forme d’exploitation, est une construction sociale qui se constitue alors pleinement par son écologie sociale, par l’articulation de rapports de force patriarcaux ou raciste par exemple.

Le phénomène de dissociation est d’ailleurs à l’œuvre dans ces derniers. Par une socialisation dissymétrique, inégalitaire, que constituent la violence et les normes du patriarcat, « l’homme » se construit comme rationnel, fort, performant, et à contrario « la femme » hérite d’un certain nombre de caractères, attitudes et sentiments comme la sensibilité, l’émotivité (qualifiée d’irrationnelle), la fragilité etc. Les racisé-e-s, les socialement assigné-e-s à la catégorie de « race », au contraire des non-racisé-e-s, à travers la violence colonialiste et ses évolutions, sont qualifié-e-s d’exotiques, de sauvages, encore une fois, d’irrationnel-le-s.

L’exploitation s’articule sur ces expériences spécifiques qui doivent être étudiées écologiquement, comme un ensemble lié et divers. Le passage d’une dissociation pseudo-biologique à une dissociation culturelle, est l’un des exemples d’évolutions de notre période capitaliste. La valeur marchande, à travers l’exploitation, hiérarchise socialement l’humanité, les cultures, selon sa propre logique, celle du système marchand qui quantifie, reconnaît les personnes comme plus ou moins productives de valeur. Une vie décente n’est alors pas forcement nécessaire pour produire des marchandises. C’est cette fracture, cette contradiction dans l’exploitation entre ce qui produit de la valeur , et ce qui veut vivre, qui constitue la société de classes.

Il est donc bien impossible de s’attaquer radicalement au capitalisme comme système total sans prendre en compte le social, mais il ne faut pas sombrer dans l’excès inverse. Il ne faut pas voir le social comme une structure séparée de la réalité matérielle, il ne faut pas essentialiser le social. Le social est une construction matérielle, historique. C’est les conditions matérielles qui le déterminent.

L’approche structuraliste, de la deuxième moitié du 20éme siècle, qui se borne aux structures d’oppression, rend invisible les processus d’exploitation matériels. Le racisme, le sexisme etc. ce n’est pas que des insultes, ce sont des inégalités matérielles, comme ne pas trouver de logement, d’emploi, être moins payé etc. Une oppression sans inégalité matérielle ça n’existe pas, sinon on pourrait multiplier les structures d’oppressions virtuellement, à l’infini, pour chaque subjectivité, à chaque insulte. Le racisme, le sexisme doivent être abordés comme des dimensions d’une totalité, des plans que constitue l’écologie sociale dans la domination.

Le structuralisme s’inspire du langage comme modèle théorique. Mais saisir les normes comme une structure abstraite, comme un modèle théorique explicatif, réduit la domination à un jeu de structure. Le langage, n’est pas une machine, une structure que l’on pourrait disséquer et recomposer en laboratoire. Comme si tout était structure interchangeable. C’est encore une fois reproduire cette forme de rationalité abstraite, qui fait des oppressions sociales, des structures abstraites, équivalentes, mécaniques, séparées les unes des autres. Tout n’est alors que norme, habitude, structure équivalente.

Analyser ces structures séparément, sans faire la critique de leurs constructions historiques, de leurs émergences matérielles, revient à essentialiser ces structures, à les considérer comme éternelles. Les structures n’ont plus d’origines, tout au plus une historicité mais pas une histoire. N’analyser les transformations du système carcéral qu’à travers ses changements de forme c’est en faire une structure naturelle, éternelle. Le structuralisme explique alors avant tout la domination, les inégalités, par ces structures d’oppression, et non par l’exploitation. Comme si on était pas violenté, exploité, mais juste mal organisé. Mais le racisme, le sexisme etc c’est plus qu’un bio-pouvoir, une mauvaise habitude. Réduire ces plans de la domination à des structures d’oppressions séparées, des structures qui auraient une essence, seraient naturelles, éternelles ; ne plus percevoir leurs aspects profondément construits, historiques, et donc éphémères, c’est fermer tout horizon révolutionnaire.

Si ces structures ne peuvent être abolies on ne peut alors que réclamer des structures égalitaires. C’est réclamer d’être exploité, mais comme tout le monde. Le business communautaire, équitable, éthique, l’économie nationale ou même locale ne sont alors que des formes d’exploitations dont seul le verni change. Si on ne s’attaque pas radicalement à ces structures, si on ne vise pas leur abolition, on se contente alors de les adapter, et l’économie peut perdurer.

C’est ce genre de démocratisme, de citoyennisme, qui n’imaginant pas abolir l’État et ses structures, reproduit cette forme de rationalisation abstraite de décision collective. Mais une somme de décisions individuelles, ne fait pas une décision collective. Il faut sortir de ce formalisme. La forme d’un débat ne prédomine pas sur son contenu. Ce n’est pas tous devenir chef-fe-s qu’il faut mais se passer de chef-fe-s. S’organiser, c’est se coordonner, s’articuler solidairement, comme un ensemble adapté à une situation matérielle changeante.

Il nous faut pourtant abolir ces dissociations en elles-mêmes ; dirigeant ou dirigé, valeur marchande ou d’usage, homme ou femme, racisé-e-s ou non. Ce qu’il faut ce n’est pas affirmer la valeur d’usage, ce n’est pas tous devenir chef-fe-s, c’est plus qu’avoir les mêmes droits et traitement que les hommes, les riches ou les non-racisées, c’est abolir ce qui dissocie. Il faut dépasser cette domination et sa forme de rationalité abstraite qui découpe abstraitement le concret, dans le sang et les larmes.

Ces dissociations découpent, divisent la société en classes. Division du travail, division sexuelle, division internationale. Cette division en classe est la forme même de l’exploitation et de l’oppression ; de la domination. Il nous faut abattre ces murs, ces dispositifs de contrôle, de rationalisation abstraite qui nous classent autant dans le travail qu’a l’extérieur.

On bétonne, la planète surchauffe, dans un futur proche des régions dépasseront les 50 degrés, l’extraction des ressources nécessaires à nos marchandises techniques détruit des paysages entiers, nos déchets recouvrent et créent de nouveaux continents, on produit 2 fois plus que nécessaire pour nourrir la planète mais la moitié crève de faim. La colonisation est aujourd’hui technique, le développement est civilisateur. Les femmes sont violées mais solidairement affirment qu’elles n’en sont pas responsables, que leurs corps leur appartient. La précarité devient la norme. Nos conditions de vies sont de plus en plus fragiles, et tout espoir d’amélioration a disparu. Même les cadres ne rêvent plus de carrière mais d’exil. Au bureau sur les PC on fait autre chose que bosser. On ne revendique plus le maintien de l’emploi mais des indemnités, on ne revendique rien mais on se révolte contre tout ce qui fait nos conditions d’existence.

Le chômage n’est plus la négation du travail mais un moment de celui-ci, un passage que tout travailleur connaîtra plusieurs fois dans sa vie, voire, pour beaucoup, c’est le travail qui se transforme en complément partiel et transitoire du chômage. On fraude massivement les transports par nécessité, on se partage une canette à 3, on vole à manger dans les supermarchés, on trouve des petites combines qu’on partage, on se débrouille, on s’arrange. Au sein des entreprises, les statuts et conditions différenciés se multiplient, les divisions s’accroissent. L’externalisation des tâches, le recours aux sous-traitants et aux agences d’interim’ parcellise et divise les travailleurs en catégories multiples. Les mesures libérales de « flexibilisation » fragilisent encore nos conditions de vie. Tout le monde sait que les actions contre la loi travail n’étaient que des échauffements qui annoncent une nouvelle période.

Quel sens peut avoir une grève corporatiste quand on sait que l’on aura 36 taffs différents dans une vie? Le prolétariat, ceux qui n’ont que leur force de travail, ne peuvent pas sauver les emplois que le capital menace sans sauver le capital lui-même, c’est-à-dire travailler plus dur pour moins de salaire. Moraliser, réguler, protéger par des barrières nationales, faire des reformes socialistes ou libérales du capitalisme n’ont fait que retarder sa chute. Pour continuer de se valoriser, le système réduit les coûts, les stocks, la production est en flux tendu, ce qui le rend très vulnérable au moindre problème, social, politique, écologique. Produire, c’est plus rentable dans cette rationalité abstraite de notre période capitaliste. Les marchés financiers tournent sur du capital fictif. L’extraction de pétrole, source d’énergie sur laquelle repose toute infrastructure industrielle, durable ou non, ne sera bientôt plus rentable non plus. C’est tout le processus de production qui en plus d’être en crise perpétuelle, s’effondre, emportant la biosphère dans son sillage.

Ce n’est pas une mission historique, ce n’est pas en tant que classe du travail mais contre cette société de classe, cette hiérarchie, qu’il faut se battre. C’est une nécessité pour le vivant et ce qui veut vivre. Le pouvoir n’a jamais rien lâché sans y être contraint, il ne le fera jamais, il broiera tant qu’il peut. L’abattre est aujourd’hui une question de survie. Être pragmatique ce n’est pas négocier le pourcentage d’abattage des forêts, de population de poisson, de la toxicité de notre eau. Être pragmatique c’est abattre cette société de classe avant que l’autre moitié du vivant soit broyée. Il n’y a nulle part ou s’enfuir, il faut l’affronter.

En tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de domination qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Il est déjà possible de voir des actions se renouveler contre la domination, de façons plus ou moins spontanées. C’est par la violence que le capitalisme nous réduit à une simple donnée, un chiffre, une unité et dans ce processus il se créer des résistances, auxquelles la domination doit encore s’adapter. C’est dans une lutte que la société de classe s’impose ; Dans un antagonisme. Absentéisme, sabotage, vol, débrouillardise, réseaux de soutien, émeute, mise en commun, ZAD, etc. en sont les traces. La domination en mouvement se reconfigure, la classe se compose et se recompose. C’est de cette réalité matérielle qu’il faut partir pour élaborer une stratégie de lutte efficace.

Notre solidarité, la débrouillardise, la mise en commun sera une nécessité première pour vivre dans cet effondrement. Ne pouvant plus offrir un confort suffisant, ne pouvant entretenir l’espoir, le système de domination, pour persister, se fait plus autoritaire. Il faut s’organiser face aux appropriations étatiques ou même privées, mafieuses qui veulent faire persister cette société hiérarchique, qui veulent faire perdurer une forme d’exploitation et de société de classe. C’est dans la lutte que nous créons le commun.

Face à ce système totalitaire, il faut créer des poches d’air, des espaces de liberté, il faut s’attaquer directement à ce qui nous exploite, il faut détruire l’usine, détruire la ville-usine. Il n’y a rien à attendre de fausses solutions, qui ne font que reconfigurer la domination, qui ne font bien souvent qu’étendre la domination, le contrôle. Les autolib’ n’ont rien d’écologique, ce ne sont que des artifices marchands, elles ne sont qu’opium qui nous empêchent de construire de vraies solutions communément. Les centres commerciaux détruisent les liens que tisseraient des activités locales, autonomes. Les transports en commun, l’architecture des banlieues, les outils de travail, sont les outils de la domination auxquels s’attaquent spontanément les exploité-e-s, les vivant comme tels. Il faut détruire ce qui quantifie, dans le seul but de quantifier, d’échanger, il faut redonner aux rues leurs fonctions vitales, détruire les artères marchandes ; elles doivent être des lieux de vies et non de circulation des marchandises.

Dans l’action directe contre le système marchand, nous constituons un mouvement commun, nous conquérons notre autonomie. Ces actions peuvent prendre plusieurs formes, selon les dispositifs contre lesquelles elles se dirigent ; Comme le sabotage, pratique historique de l’anarcho-syndicalisme, qui doit aujourd’hui s’étendre aux champs élargis de l’usine, la ville, ses moyens de contrôle, les réseaux de transport marchands etc. À Grenoble, avril 2017, les valideurs à quai des trams ont était mis hors service en y versant un liquide corrosif. De façon répété, ce genre d’action peut permettre la gratuité des transports, faire payer les transports étant de fait impossible, réparer n’étant pas rentable; Comme l’occupation, la mise en commun de lieux de vie, tels les ZAD ou les Squats, qui tout en résistant au développement de la domination nous permettent d’organiser la lutte et de vivre, de vivre de nouvelles formes d’existence, des formes non-marchandes et non-hiérarchiques, communes et anarchiques. À notre dame des landes on affrontait un projet d’aéroport destructeur, on cultive, fait de la récup, à Bure on lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaire qui n’est qu’une impasse pour cette industrie ; Comme l’auto-réduction, qui consiste à imposer la baisse du prix d’un produit ou d’un service voire sa gratuité, à mettre en bien commun ce qui est produit tel que cela s’est fait dans le mouvement autonome italien des années 70. À Parkdale, suite à l’embourgeoisement, le propriétaire voulait augmenter les loyers, mais les locataires se sont organisé-e-s un par un et ont organisé une gréve des loyers, Ils ont arrêté de payer leur loyer et ont stoppé les augmentations qui menaçaient d’expulsions de nombreux locataires; Comme un potager commun ; Comme un groupe de discussion, d’agitation, d’information, d’entraide ; Comme du hacking, le développement de logiciel libre, de low-technologie ; Des placards communs dans nos quartiers, des plantations sauvages, des manif’ sauvages etc...

L’action directe est diverse et n’a comme limite que notre imagination, ce qui la définit c’est son caractère direct, nous agissons de nous même, avec nos propres forces et moyens, comme l’ont fait les anarcho-syndicalistes aux heures victorieuses de la CGT. Nous ne jouerons pas leur jeu parlementaire, nous n’avons pas d’intermédiaire, de représentant, de bureaucrate, nous ne déléguerons jamais notre puissance pour qu’elle se perde dans des négociations syndicales et politiques, ou des accords écologiques qui ne sont que du spectacle. Nous sommes autonomes, et nos actions sont directes, elles communisent contre le capital.

Notre autonomie n’adviendra que de nous même, elle ne pourra venir de la domination capitaliste, de son évolution logique, de l’avènement mécanique du socialisme ou même de la prise du pouvoir. Dans ce système en crise perpétuelle pour reconfigurer sa domination, il nous faut construire notre autonomie, il nous faut communiser, mettre en commun. C’est dépasser la propriété privé, individuelle, et la planification collective, c’est faire commun, s’articuler solidairement. C’est sur ces pratiques que se fondent nos modes d’existence futurs. Vivant l’autonomie, la défendre sera alors pour tous et toutes une évidence. Communiser, c’est un moyen de faire face aux difficultés que l’on rencontre dans la reproduction de nos existences, dans la crise. C’est une lutte contre le capital pour assurer notre survie. Nous communisons pour vivre mieux.

Entre ami-e-s, entre collègues, en groupes affinitaires, il nous faut nous organiser de façon égalitaire et libertaire. A travers nos relations il nous faut abattre les différentes dissociations qui nous classent, pour être concrètement égaux. Il nous faut instituer l’entraide pour nous libérer concrètement. Il s’agit de plus qu’une égalité ou d’une liberté formelle, abstraite, absolue, individuelle. C’est ensemble que l’on se construit, au consensus, avec l’accord de tou-te-s. Il nous faut créer des collectifs puissant qui vont s’attaquer aux processus et aux catégories institués de la domination(sa répression meurtrière, sa socialisation inégalitaire, sa misère et son luxe, sa violence etc). Des changements individuels, une morale individuelle, une pureté militante ne créera jamais un rapport de force qui émancipe. Toute exploitation, oppression, toute hiérarchie à travers nos relations doit être défaite, communément. La liberté n’est pas la liberté d’exploiter et d’oppresser. S’approprier, faire propriété, n’est pas liberté, n’est pas communiser.

Les situations concrètes étant plurielles et changeantes, les organisations adéquates seront nécessairement diverses. Selon les problèmes, selon les compétences, les besoins, les désirs, les moyens, l’organisation s’adapte au concret. Le concret déborde toujours nos planifications, déployons une rationalité qui en prend acte sans surplanifier encore. Les solutions ne préexistent pas aux différents problèmes, elles se construisent communément, selon les diverses déterminations qui nous lient. Manger, boire, se loger, se déplacer, produire, se fera avec et selon chacun, il faut initier, instituer l’entraide, plutôt que de s’en remettre à un État ou au marché. S’il est nécessaire de loger des personnes, voyons comment faire, construire ou réaffecter etc. De nombreuses choses dans notre quotidien, vivent déjà dans ces rapports d’entraides, en réalité pour beaucoup sans l’entraide, la survie ne serait même pas possible. C’est ensemble que l’on vit et répond à nos besoins, nos désirs, à notre volonté, comme réponse consciente de notre imaginaire à nos déterminations.
La médiation du système marchand nous tue, ses impératifs abstraits, économiques et politiques menacent tout. Il faut abolir l’économie en tant que rationalisation abstraite des besoins. L’économie n’est pas quelque chose qui aurait toujours existé, tout échange ne relève pas de rapports marchands, c’est une catégorie spécifique de notre période historique. Il y a d’autres moyens de répondre à nos besoins que la médiation du marché ou de l’état, nous pouvons répondre à nos besoins directement, communément, sans médiation, sans abstraction. Cette rationalité concrète vise la satisfaction immédiate, directe, autonome des nécessités de l’existence. C’est s’organiser selon nos propres règles, égalitaire et libertaire. Une chaise dans le capitalisme n’est pas la même chose qu’une chaise dans la communisation, car elle ne renvoie pas au même écosystème social, au même processus de production. Il faut imaginer ce qu’une ZAD à l’échelle d’un pays peut déployer comme puissance et comme diversité de formes d’existence.

Sans médiation qui nous exploite et nous oppresse, nous pouvons déployer notre puissance qui n’est plus fragmentée, divisée, hiérarchisée, classée. L’éducation, la santé, le logement, l’agriculture, l’architecture, l’art, l’amour prendront d’autres formes, libéré-e-s de la domination marchande et de sa rationalité abstraite. La technique doit être nécessaire, elle ne doit pas se développer pour elle-même, mais servir le commun, non pas le quantifier, le détruire. Des formes tout a fait nouvelles d’existences s’organiseront, chacun subvenant directement aux volontés des autres. Nous ne quantifierons, produirons pas sans fin, sous une autorité, ou dans un but abstrait, un but marchand, mais dans la concrétude et les limites de nos besoins communs. Nos activités doivent être l’expression de notre imaginaire face à la diversité des nécessités. Il ne doit pas y avoir de fondement absolu, mystique, à notre autonomie, il n’y a qu’une vérité crue, des déterminations concrètes auxquelles il nous faut répondre. Comme la science, nous procédons sans aucune autorité. Notre imaginaire en tant que capacité de notre corps à répondre aux déterminations a été, est et sera une force déterminante pour notre forme de vie. Il nous faut en saisir les limites, les failles, pour dépasser l’abstrait, pour faire de l’imaginaire la puissance sociale qu’elle est. Notre civilisation s’est organisée avec des chefs, cette hiérarchie n’est plus adaptée à la complexité du concret auxquels doivent faire face nos larges groupes sociaux. La communisation est un mouvement déterminé.

Selon les nécessités qu’impliquent les différentes échelles géographiques (locale, régionale, internationale), nous pouvons former des fédérations autonomes, égalitaires et libertaires. Bien sûr il est impossible que tout le monde s’occupe de tout, des personnes peuvent donc se charger de fonctions précises. Ces personnes n’ont pas de pouvoir décisionnel à proprement parler. Iels ne disposent d’aucun moyen coercitif pour imposer des décisions et peuvent être remplacé-e-s à tout moment s’iels ne peuvent tenir leurs responsabilités. Il nous faut nous organiser, nous coordonner comme un ensemble divers, souple et autonome, sans chef-fe-s ni représentant-e-s mais avec des responsabilités communes. La critique doit être courante entre nous, personne n’est parfait et sans chef-fe-s, c’est communément que l’on construit notre autonomie.

Cette autonomie peut nous permettre une diversité tactique, allant de la lutte non violente, de l’expérimentation de zones d’autonomies à des formes de luttes plus clandestines, qui se lient stratégiquement dans la lutte. Cette souplesse, puissance tactique face à la totalité capitaliste, est de plus un moyen de faire face au niveau de surveillance auquel il nous faut faire face. Il nous faut nous connaître pour nous faire confiance. Il nous faut veiller les uns sur les autres. Et sans centre d’organisation, il est d’autant plus difficile pour l’état de nous contrôler, de nous administrer, et de nous réprimer, nous casser. Sans chefs, notre mouvement est alors pour eux ingouvernable.

Ce qui nous lie c’est une lutte radicale contre toute domination. Cette radicalité est primordiale pour former un mouvement commun face au capitalisme et ses réactions. A travers cette rationalité concrète nous nous opposons à toutes variantes capitalistes, à tout alter-capitalisme, à tout anticapitalisme tronqué. Tout ce qui substitue notre puissance immédiate à une autorité supérieure ou une valeur absolue, abstraite, doit être combattu. Ces fascistes qui critiquent la société capitaliste à travers des catégories autoritaire, essentielles, comme « la nation »,  « la femme », affirmant le bien fondé des inégalités; Ces libéraux pour qui la liberté abstraite d’exploiter est si essentiel, qu’ils nient les inégalités ; Ces étatistes qui sont incapables d’entrevoir la sortie du capitalisme, et qui se contentent alors de gérer, de planifier les catastrophes, de façon plus ou moins autoritaire selon la conjoncture ; Ces fausses solutions écologiques qui sans faire la critique du capitalisme s’en remettent à un mysticisme ou à des technologies qui n’ont de durable que le nom. C’est face à toutes ces variantes qu’il nous faut lutter avec la ferme intention d’abattre le capitalisme. Il faut s’opposer radicalement au capitalisme pour ne pas en être une roue de secours. Nous visons plus que l’autogestion, l’auto-exploitation et la charité. Gattaz a bien proposé de sauver des entreprises par le bénévolat !

Il est nécessaire d’être offensif-ve-s et d’ancrer nos pratiques dans un rapport de force sous peine d’être récupéré-e-s. Solidaires dans notre radicalité nous constituons un front autonome, en rupture radicale d’avec le capitalisme. Aider son prochain, protéger un coin de nature n’a aucun avenir si on ne s’attaque pas radicalement au capitalisme qui finira par le bouffer. C’est conscient-e-s des nécessités écologiques et sociales que nous communisons. C’est cette lutte pour notre autonomie, qui construit notre futur monde commun.

Il faut prendre et produire communément ce dont nous avons besoins, il ne s’agit pas de comptabiliser, de quantifier, d’administrer abstraitement. La satisfaction de nos besoins, nos désirs, de nos volontés doit être sans médiation, autonome. Nous produirons, cultiverons non pas dans le seul but de quantifier, de hiérarchiser ; tout est commun, nous serons alors au delà du concept de gratuité. Bouffe, toit, meubles, outil, instrument, art etc. Dans la satisfaction immédiate et commune de nos besoins nous abolissons le travail, la propriété, la dissociation de la valeur marchande, les qualités diverses de chacun font irruption dans la quantité, les standards sont brisés ; Nous développons les moyens de notre autonomie ; nous déployons une rationalité concrète, pratique, qui brise les abstractions qui nous dominent ; Nous conquérons notre autonomie.

Guillaume Deloison
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