LINKY, SERENICITY MÊME COMBAT !

Publié le par Résistance verte

 

Dans les deux cas, il s'agit de mettre en place des outils qui, sous des justifications diverses (maîtrise de la consommation électrique pour l'un, "sûreté" de la rue pour l'autre), servent surtout à surveiller la population, ce que nous refusons. Nous voulons défendre notre vie privée, dans nos habitations comme dans nos échanges avec les autres habitants.

Serenicity utilise des capteurs sonores développés en Irak et en Afghanistan, puis dans les quartiers ghettoïsés de villes américaines. Ce sont donc des techniques militaires que certains veulent appliquer dans nos villes ! L'entreprise qui développe cette technique est présidée par un membre de la famille Vernay-Carron, société d'armement bien connue à Saint-Etienne (notamment productrice des flashballs).

Denis, pour le collectif Stop Linky Gazpar 42

Réunion du collectif Serenicity-Google
jeudi 4 avril 2019 à 18 h 30,
à l’amicale de la Chaléassière
9 rue Jean-François Révollier à St Etienne
(salle dans la cour à droite)

 

SERENICITY OU LA DÉRIVE SÉCURITAIRE ET CONNECTÉE

"Serenicity", c'est  par  ce délicieux anglicisme que  le  numérique  s'invite jusque  dans  les moindres recoins de l'espace  public. Né de l'imagination des technocrates  stéphanois,  ce projet vise à installer des "capteurs sonores" (terme habilement choisi, plus neutre que celui de micro) au sein du mobilier urbain pour enregistrer les "bruits suspects" et garantir ainsi "une meilleure qualité de vie aux habitant-e-s". Par le plus grand des hasards, le quartier Tarentaize-Beaubrun a été choisi pour servir de laboratoire à ciel ouvert.

Au-delà de l'insupportable  et récurrente  stigmatisation d'un quartier populaire, se pose la question  de l'atteinte  aux libertés  fondamentales.  Sans vouloir nier le  légitime  droit des habitant-e-s à la tranquillité, qui peut croire qu'une surveillance constante et généralisée entraînera  une sécurité  accrue ? Un investissement  dans des structures  offrant un autre horizon à des populations mises à l'écart ne serait-il pas plus judicieux ? Le lucratif  business de la sécurité, boosté par les discours anxiogènes dont nous sommes bombardé-e-s, s'associe au numérique pour réaliser le pire des cauchemars orwelliens.

Alors que l'opacité règne plus que jamais autour  de la collecte des données,  Google et sa future installation stéphanoise en étant les plus "fameux" représentants, ce dispositif ne laisse rien présager de bon. Loin de nous servir, la ville toujours plus "intelligente et connectée" nous abêtit, cherchant à rationaliser le moindre de nos gestes et nous destituant  de ce qui fait de nous des êtres humains. Via son omniprésence, le numérique tente de nous imposer insidieusement une norme comportementale, se dotant des outils pour marginaliser celles et ceux qui refusent de s'y conformer.

Et, comme toujours, c'est à une élite technocratique que profite le crime, le PDG de Serenicity n'étant  autre qu'un éminent membre de la bourgeoisie locale : Guillaume Verney-Carron. Ce dernier s'est ici associé à Eric Petrotto,  fondateur  de plusieurs entreprises  dont le modèle
économique se base sur la collecte de données. La start-up, largement soutenue par la mairie, vise ainsi un juteux marché, puisque ce ne sont pas moins de 17 quartiers en France (faisant partie du programme "Police de Sécurité du Quotidien") qui pourraient à terme être équipés de ces fameux "capteurs sonores". Bien entendu, cette expérimentation n'étant  pas gratuite, ce sont nos impôts qui financeront en partie cette dernière, le tout sans notre aimable consentement.

Associons-nous pour contrer ces dérives sécuritaires et refusons le dogme de la ville connectée et déshumanisée. Nos quartiers ne sont pas des laboratoires !

(Tract distribué lors de la manif du 30 mars à St-Étienne)

Celui qui n'a rien à dire ne craint pas d'être espionné par les forces de l'ordre. 

 

GOOGLE ET LA SAFE CITY À SAINTÉ

Un atelier numérique Google va s’installer à Saint-Etienne, sans doute à l’angle de la place Jean Moulin et de l’avenue de la Libération (ex Royal). Au-delà du barnum organisé autour de cette arrivée par G. Perdriau et J.M. Mis, député LREM, que peut bien signifier cette installation, ainsi que l’annonce de Serenicity, dispositif d’écoute sonore de l’espace public ?

Tout d’abord, Google est actuellement l’objet de plusieurs mises en cause. D’abord fiscale : le groupe n’a versé que 67 millions d'euros d'impôts en France il y a deux ans. Un redressement de plus d'1,115 milliard d'euros pour les exercices 2009 et 2010 était envisagé cet été, finalement annulé par le tribunal administratif de Paris le 12 juillet.
Mais aussi en matière de collecte abusive de données personnelles : les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) collecteraient à elles seules 95% des données mondiales (hors Chine). Or Google en est un des tous premiers acteurs (avec Facebook), par son moteur de recherche, sa lecture systématique des mails, son exploitation des vidéos Youtube, son système d’exploitation Android pour les smartphones...

Il semble, pour prévenir notamment toute mesure de sanction fiscale, qu’il cherche à se rendre indispensable par des actions locales. Par ailleurs, la cible de ces ateliers Google (il y en a déjà un à Rennes, deux autres suivront à Montpellier et Nancy) semble être le domaine de la formation, et particulièrement les budgets consacrés à l’illectronisme pour lequel l’Etat va mobiliser entre 75 et 100 millions d'euros.
Au-delà, Google, qui a déjà développé une plateforme d’éducation Google Classroom, peut viser le marché local de l’éducation nationale, via des accords avec les mairies, départements, régions, plutôt que le marché national déjà pris par Microsoft.

Smart et safe city

Le concept de smart city, ou ville intelligente (dernier qualificatif à relativiser car c’est avant tout un discours communicant) est dès le départ un concept promu par les industriels. C’est une vision mécaniste de la ville analysée en terme de flux de circulation de ses habitant.e.s, et cherchant à promouvoir ses activités mercantiles. Il emploie massivement des technologies numériques pour optimiser, promouvoir l’innovation et les démarches dites participatives…

C’est surtout un enjeu économique : la construction et les fonctions de maintenance représentent environ 35% du PIB de nos villes, à travers les habitations, les réseaux de transports individuels et collectifs, les réseaux techniques… Et l’ensemble des villes dans le monde devrait regrouper en 2050 trois milliards d’êtres humains, ce qui représente un fabuleux butin. Depuis quelques années, les grands groupes du numérique envisagent tous d’être des acteurs de ce nouveau marché. L’avantage pour eux est l’intégration de toutes leurs offres dans un seul espace, non concurrentiel, et financé à la fois par l’impôt (les services concédés par les mairies) et la publicité locale.
Certaines villes sont carrément passées sous la coupe d’industriels : Seattle au bénéfice d’Amazon, Quayside, vers Toronto, à celui de Google, Hangzhou en Chine sous la coupe d’Alibaba … ou le quartier lyonnais de Confluence sous celle de Toshiba.

La version sécuritaire est, bien sûr, dénommée safe city ou ville sûre : sureté très relative à l’ombre des caméras, micros, avec la collecte systématique de vos données GPS, l’utilisation d’algorithmes pour l’analyse des comportements … En France, beaucoup de villes se contentent de ce volet sécuritaire, d’autant que trois grosses entreprises françaises ont investi ce marché : Thales, Engie-Inéo et Atos, ainsi que de nombreuses start-ups.
A noter que Saint-Etienne est un pôle de recherche méconnu dans ce domaine : le laboratoire Hubert Curien, qui dépend de l’université Jean Monnet, y travaille sur le big data, les algorithmes. Il aurait aussi, par son équipe Science de l'image et vision par ordinateur, largement contribué à la mise au point de techniques de reconnaissance faciale.

Pour autant, l’échec de ces techniques pour aider à la lutte contre le terrorisme international est patente : William Binney, ex-directeur technique de la NSA, le confirme (comme le fiasco des outils de surveillance vidéo lors de l’attentat de Nice), mais le même souligne que les véritables cibles de ces dispositifs sont les citoyens ordinaires, bien sûr ceux qui mènent des actions de contestation, mais pas seulement.

Ainsi, on peut considérer que l’implantation à Saint Etienne du dispositif d’écoute sonore Serenicity (en lien avec l’ANRU) vise plus au contrôle social des habitant.e.s concernés, celleux des quartiers Tarentaize-Beaubrun-Couriot. Lesquel.le.s ont en plus été retenus pour bénéficier du déploiement d’une police de sécurité du quotidien (PSQ) renforcée. Ce sont donc trois quartiers de la ville (Montreynaud, Tarentaize-Beaubrun-La Cotonne et Montchovet) -parmi seulement dix-sept en France- à être ainsi choyés par Castaner ! C’est aussi le produit de la surenchère sécuritaire engagée par les deux concurrents de droite (en attendant l’extrême droite), G. Perdriau (LR) et J.M. Mis (LREM), pour les prochaines municipales.

Comment lutter ?

Tout d’abord, il faut penser à tous les exclus du numérique : soit qui n’ont pas accès, par leur âge, leur niveau de formation ou leur lieu d’implantation au numérique (qualifiés du terme stigmatisant d’illectronistes), soit qui choisissent volontairement de se déconnecter (totalement ou partiellement, en proportion croissante) : 30 à 40% de la population française. De quel accès aux droits bénéficieront ces personnes dans l’avenir (d’autant qu’après 2022, l’ensemble des services publics ne devraient plus être accessibles que par le numérique) ? Le Défenseur des droits a émis une décision (09/2018) puis un rapport (01/2019) pour le maintien d’"une alternative papier ou humaine à la dématérialisation", afin que l’usager sans accès au numérique puisse toujours échanger avec l’administration.

Il y a justement la possibilité d’un retrait, par exemple des réseaux sociaux, tout en sachant que le droit à l’oubli -l’effacement des traces laissées sur les serveurs-, même s’il progresse, n’est que partiel. Ou celui d’une protection personnelle par le biais d’outils empêchant l’identification. Là aussi, une grande diversité d’outils existe, mais les Etats obtiennent progressivement la possibilité d’accéder quand même aux données personnelles qui y sont collectées.

Il y a aussi les luttes collectives. Ainsi, à Berlin, les membres d’un collectif Fuck off Google ont réussi à empêcher l’installation d’un campus Google dans le quartier de Kreuzberg, déjà victime de la gentrification et d’une explosion du coût du logement. Ce campus pouvait aussi dévaster un tissu local de chercheurs et d’indépendants important. Rennes, qui a vu l’installation plus modeste d’un atelier Google -comme à Saint-Etienne- lutte à sa manière par la mise en place d’un observatoire de l’implantation de Google à Rennes, de cafés no-google, de rassemblements #BruitContreGoogle, d’interpellations d’élus, de débats (ateliers sauvages et libres sur les libertés, la démocratie ou sur le numérique), avec la volonté de soutenir les alternatives publiques ou associatives.

Le terrain juridique doit aussi être mobilisé. Suite à la mise en application du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) en mai 2018, le même cadre juridique est désormais applicable à tous les pays européens. Par ailleurs, ce texte, qui ne présente qu’à la marge des progrès pour les citoyens, améliore le dispositif des actions de groupe par rapport à la loi française.
Ainsi ce type d’action a été engagé en France contre Google par la Quadrature du net et l’association autrichienne NOYB auprès de la CNIL. Cela a abouti à une amende de 50 millions d’€, ce qui reste encore très faible en comparaison du chiffre d’affaires mondial annuel de Google de près de 110 milliards de dollars... La même chose est tentée en Allemagne face à Facebook.

Au-delà, il faudra obtenir une modification des lois concernant le stockage des données et la transparence des traitements algorithmiques. On peut penser qu’un jour l’interdiction de revente de nos données personnelles leur enlèvera tout intérêt mercantile, qu’il sera possible d’obtenir l’effacement total des données stockées (automatique pour les enfants, les condamné.e.s à des peines…) et que les algorithmes seront obligatoirement opensource et donc discutables démocratiquement. A ce moment-là ces technologies, présentées aujourd’hui comme magiques et indiscutables, perdront alors tout leur intérêt car trop frustres, et laisseront la place au jugement humain, démocratique pour élaborer ensemble nos choix collectifs.

Journal du carnaval des projets inutiles

 

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