EFFONDREMENT D’UN TUNNEL SUR LE SITE NUCLÉAIRE DE HANFORD USA

Publié le par Résistance verte

UNE SITUATION PRÉOCCUPANTE


• LES FAITS
(à partir du communiqué officiel)

Mardi 9 mai 2017, sur le site nucléaire de Hanford (état de Washington, à environ 300 km au sud-est de Seattle), aux Etats-Unis, a été constaté un effondrement d’un tunnel qui contient des déchets radioactifs. L’effondrement a une surface d’environ 6 mètres par 6 mètres.

Ce site gigantesque dépend du Département de l’Energie américain (U.S. Department  of Energy : DOE). Le  DOE  a déclenché  la procédure  d’urgence  interne  . Il a été demandé aux travailleurs du site nucléaire de rester confinés. Un dispositif de mesure de radioactivité commandé à distance a été mis en oeuvre à côté du tunnel. Selon le DOE les premiers résultats  n’ont pas mis en évidence de contamination  et le confinement a été progressivement levé.

Le tunnel d’environ 109 mètres  de long avait été construit dans les années  50 et 60 à côté de l’usine d’extraction de plutonium PUREX (Plutonium Uranium Extraction Plant) mise en oeuvre dans le cadre du projet MANHATTAN pour l’extraction du plutonium à partir de combustibles hautement radioactifs. C’est sur ce site qu’a été extrait le plutonium utilisé dans la bombe atomique utilisée à Nagasaki en 1945. Le tunnel contient 8 wagons chargés de déchets radioactifs et rejoint un second tunnel plus long renfermant 28 wagons également chargés de déchets radioactifs. Ces tunnels avaient été scellés au milieu des années 90. Les tunnels sont construits avec du béton et du bois et recouverts d’environ 2,4 mètres de terre.
L’exploitant  étudie  les moyens  de  reboucher l’effondrement  afin de  créer  une  “barrière  entre  les matériaux contaminés et l’air extérieur sans risquer d’agrandir le trou”!

• COMMENTAIRES CRIIRAD

On peut s’étonner du fait que l’effondrement n’aie pas été détecté immédiatement, mais seulement dans le cadre d’une “surveillance de routine”.  On ne sait donc pas depuis combien de temps  les déchets radioactifs sont à l’air libre.

Officiellement il n’y  aurait pas eu de détection  de radioactivité relachée  dans l’atmosphère,  mais le communiqué  officiel ne donne  aucune précision sur la méthodologie de mesure  (liste des substances radioactives recherchées et limites de détection).

Le fait que les mesures aient été réalisées avec un dispositif opéré à distance et la mise en oeuvre de mesures de confinement des salariés montrent  la gravité potentielle de cet accident et indiquent que les déchets entreposés sont certainement fortement  radioactifs.

L’accident montre que le confinement des déchets radioactifs dans ces tunnels n’est que très sommaire. Les wagons chargés de matières  radioactives ont simplement été poussés dans ces tunnels pendant  la Guerre Froide! Il s’agit de tunnels vétustes qui ne répondent manifestement pas aux plus élémentaires critères de sûreté !

Le site de Hanford est un des sites les plus contaminés des Etats Unis (et du monde). Il comportait  9 réacteurs nucléaires et 5 usines de retraitement.

Il pose des problèmes extrêmement préoccupants pour l’avenir, en particulier la gestion à long terme de près de 200 000 mètres cubes de boues et liquides hautement radioactifs entreposés dans plus de 170 cuves souterraines dont plusieurs sont fuyardes et contaminent le sous-sol et les eaux souterraines. En 2006, les autorités estimaient que la contamination radioactive des eaux souterraines au-dessus des seuils de potabilité était de 67 km2 et 121 km2 respectivement pour l’iode 129 et le tritium.

Un vaste chantier de récupération  et de traitement de ces déchets  a été confié en 2008 par le DOE à l’entreprise WRPS (Washington River Protection Solutions, LLC) qui sous-traite une partie des opérations au groupe français AREVA.

Le chantier est d’une grande complexité et à très haut risque

Une plainte  a été  déposée  en 2015 par l’Etat de Washington, l’association Hanford Challenge et  un syndicat pour dénoncer  le manque  de protection  des travailleurs engagés dans les travaux d’assainissement et exposés à des risques d’inhalation de substances toxiques. Selon l’association Hanford Challenge, des travailleurs ont développé de sérieuses maladies respiratoires et neurologiques. Pour des raisons de sûreté nucléaire, les réservoirs souterrains doivent être ventilés et cela entraine des risques d’exposition des travailleurs. Selon Tom Carpenter, directeur  de Hanford Challenge, les coûts d’assainissement pourraient atteindre  300 à 500 milliards de dollars (cité par Reuters).

Rappel : la CRIIRAD a conduit une mission exploratoire sur le site de Hanford en mars 2008, avec le soutien de l’association Hanford Challenge, en accompagnement de l’équipe  de réalisation du documentaire “Déchets cauchemar du Nucléaire”. Un compte rendu et des photographies sont reproduits en Annexe 1 ci-après. Le film est visionnable sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=x9Odwlv5uSA.

Bruno CHAREYRON,
ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD

ANNEXE 1
Compte rendu de la mission exploratoire conduite en mars 2008 par le laboratoire de la CRIIRAD sur le site de HANFORD (USA)


Dans les premières décennies de fonctionnement, les installations nucléaires de Hanford dont 9 réacteurs nucléaires et 5 usines de retraitement rejetaient  de très grandes quantités  d’éléments radioactifs dans l’atmosphère et dans la rivière Columbia.

Les  rejets  « contrôlés » se poursuivent  actuellement  dans l’atmosphère  et  le  fleuve Columbia à des niveaux nettement inférieurs mais qui restent  importants. Par exemple les installations du seul secteur 300 ont rejeté dans l’atmosphère 12,2 TBq de tritium en 2006 soit 8 fois plus que la plus grande centrale nucléaire française (Gravelines en 2008).

Outres  les rejets  proprement dits, le site de  Hanford est  marqué  par  l’impact  de  la contamination « historique » induite par les conditions déplorables de gestion des déchets  radioactifs à l’intérieur du site.

Le déversement de déchets radioactifs liquides dans des tranchées et les fuites1  des réservoirs d’entreposage des déchets de haute activité a conduit à une large contamination du sous-sol et des eaux souterraines par de nombreux  polluants chimiques (chrome,  nitrates, etc.) et  radioactifs (tritium, strontium 90, iode 129, technétium 99, uranium, etc) dont certains à très longue période physique (la période physique du technétium 99 est de 213 000 ans, celle de l’iode 129 de 15,7 millions d’années).

D’après les publications  de  l’Etat de  Washington,  la contamination  des  eaux  souterraines  dépasse 80 000 Bq/l pour le tritium (secteur 300), 800 Bq/l pour le technétium  99, 600 Bq/l pour le strontium 90 (réacteur N), 80 Bq/l pour l’uranium (secteur 300), etc... Ces niveaux de pollution dépassent  d’un facteur 20 à 2 000 les normes de potabilité américaines (voir carte page suivante).

Des dispositifs de traitement ont été mis en place pour limiter l’impact de certaines de ces contaminations (pompage des eaux souterraines  et traitement),  mais ils ne concernent que quelques secteurs isolés.

Les autorités reconnaissent qu’il n’est pas possible de traiter la contamination diffuse par l’iode 129 et le tritium car les surfaces concernées sont trop importantes (les surfaces au droit desquelles la contamination dépasse les seuils de potabilité sont respectivement de 67 km2 et 121 km2 en 2006).

Une migration progressive de substances radioactives s’opère donc vers la rivière Columbia via des sources souterraines.  Ces transferts concernent d’ores et déjà le strontium 90, le tritium et l’uranium et concerneront  d’autres radionucléides dans le futur (prédiction à 80 ans pour le technétium 99).

Les prélèvements  préliminaires et analyses effectuées par le laboratoire de la CRIIRAD en mars 2008 au niveau de la Columbia en aval du site nucléaire de Hanford confirment cette contamination radioactive. Le laboratoire  de la CRIIRAD a mis en évidence la présence  de tritium2  dans l’eau du fleuve (13 Bq/l), d’uranium d’origine industrielle3  (168 Bq/kg sec) et d’europium 152 (2,6 Bq/kg sec) dans les terres  des berges au droit du secteur 300.

La réalisation d’une expertise approfondie passe par des investigations lourdes qu’il n’était pas possible de conduire dans le cadre du tournage.

Pour étudier  la contamination  due  aux rejets  liquides historiques  il  faudrait  par  exemple  faire des carottages  de sédiments  en profondeur  (cf étude  CRIIRAD sur le plutonium accumulé dans le delta du Rhône en Camargue du fait des rejets du site nucléaire de Marcoule). S’agissant des rejets radioactifs dans l’atmosphère, il faudrait analyser les cernes de croissance d’arbres qui poussaient dans les années 50.
Pour apprécier  l’intensité  des  fuites actuelles  via la nappe,  il faudrait  faire des  prélèvements  d’eau directement  dans les sources qui parviennent dans la Columbia, sous le niveau d’eau du fleuve, or elles ne sont accessibles qu’en période de basses eaux.

Il  faut  disposer  par  ailleurs  d’autorisations  pour  s’approcher  des  berges  au  droit  des  installations nucléaires. Le 24 mars 2008, la tentative de collecter des échantillons sur les berges au droit du réacteur N, une des zones les plus contaminées  par le strontium 90, a été abandonnée du fait de la présence de personnel   de  l’installation  à  proximité  et  des  travaux  engagés  pour  masquer   la  contamination (suppression des arbustes contaminés, recouvrement par des remblais).

La  CRIIRAD,  après  avoir pris connaissance  du  rapport  officiel de  l’année  2006 portant  sur  le  suivi radiologique de l’environnement autour de Hanford a identifié un certain nombre de lacunes ou d’incohérences.

Un avis préliminaire a été adressé  par la CRIIRAD à des associations de protection de l’environnement américaines et de riverains du site.


Bruno Chareyron
(septembre 2009)

1 Sur les 200 000 m3 de déchets entreposés dans 177 cuves, on estime que plusieurs millions de litres se sont échappés de 67 cuves (IEEER, N°8).
2 En amont du site nucléaire le tritium n’est pas détecté (limite de détection < 2,5 Bq/l)
3 Par comparaison à ce qui est mesuré dans des échantillons de référence du secteur (terres et sédiments), la terre au droit du secteur
300 présente une concentration en uranium 3 à 5 fois supérieure et un déséquilibre uranium-radium qui suggère une contamination anthropique.

Publié dans Nucléaire

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