NOUVEAUX OGM, NON MERCI !

Publié le par Résistance verte

#OgmJenVeuxPas
#OgmJenVeuxPas

Une majorité écrasante de la population européenne rejette les OGM et de nombreux États membres ont interdit leur mise en culture. Cependant, les entreprises de l’agrochimie ont trouvé une nouvelle recette pour faire entrer les OGM dans nos champs et nos assiettes : contourner la réglementation européenne en affirmant que les OGM issus de nouvelles techniques ne sont en réalité pas des OGM.
Si les industriels parviennent à leurs fins, des plantes et des animaux génétiquement modifiés pourraient très vite arriver dans nos champs et nos assiettes. Ils ne seraient pas soumis aux obligations d’évaluation des risques ou d’étiquetage. En réalité, comme leur présence serait passée sous silence, nous ne pourrions rien faire pour nous en protéger !

Ne pas céder à la pression des industriels, ni des Etats-Unis

La réglementation européenne exige que les OGM fassent l’objet d’une évaluation des risques sanitaires et environnementaux et d’un étiquetage, pour que les consommateurs puissent faire leurs choix en toute connaissance de cause. Depuis 2015, les États membres peuvent également interdire les cultures d’OGM sur leur sol – ce que 19 d’entre eux ont fait, sur tout ou partie de leur territoire. Si les nouveaux OGM échappaient à la réglementation, cette possibilité serait exclue et il n’y aurait aucun moyen de les éviter.
La Commission européenne a annoncé qu’elle publierait une analyse juridique qui précisera si les nouveaux OGM seront couverts ou non par la réglementation. Les entreprises qui commercialisent des OGM, soutenues par le gouvernement américain, sont en train de faire pression sur la Commission pour qu’elle exclue de cette réglementation les OGM produits à partir des nouvelles techniques de manipulation génétique. Leur objectif : breveter et privatiser le vivant.
Nous devons veiller à ce que nos responsables politiques n’ouvrent pas les portes de l’Europe aux OGM. Signez cette pétition pour barrer la route aux nouveaux OGM. Ensemble, demandons à nos dirigeants politiques d’appliquer pleinement la réglementation destinée à protéger notre santé et notre environnement, et de faire en sorte qu’elle ne soit pas contournée au profit des seuls intérêts financiers industriels.

À l'attention des ministères français de l’Environnement et de l’Agriculture et de la Commission européenne

En tant que citoyens avertis, nous vous demandons d’appliquer rigoureusement la réglementation de l’Union européenne sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) à tous les OGM, sans exception, destinés à être commercialisés dans l’Union européenne, quelle que soit la méthode dont ils sont issus.
Il faut que les ministères français de l’Environnement et de l’Agriculture ainsi que la Commission européenne ne laissent planer aucun doute sur le fait que les nouveaux OGM issus de techniques d’édition de gènes ou d’autres techniques doivent être soumis à la réglementation européenne sur les OGM. Cette réglementation exige l’évaluation avant autorisation, la traçabilité et l’étiquetage des OGM.
Les dirigeants ne doivent pas céder à la pression des industriels, qui ferment les yeux sur l’opposition de la population aux OGM et tentent de contourner la réglementation. Il en va de notre santé et de notre environnement.

http://www.nouveauxogmjenveuxpas.fr/

DE NOUVEAUX OGM, SANS ÉVALUATION NI ÉTIQUETAGE, BIENTÔT DANS LES ASSIETTES ?

Les consommateurs européens sont majoritairement opposés à la consommation d’OGM. Une réticence qui a contribué à limiter l’importation et la commercialisation de plantes et semences génétiquement modifiées. Mais l’apparition sur le marché de nouvelles techniques de modification du génome pourrait changer la donne. La Commission européenne doit prochainement rendre un avis pour savoir si les organismes issus de ces techniques doivent être ou non couverts par la réglementation OGM. S’ils y échappent, ils pourront être cultivés sans évaluation ni étiquetage. Des organisations paysannes et environnementales lancent l’alerte.

Pour la première fois depuis vingt ans, la culture de plantes transgéniques diminue légèrement dans le monde [1]. Pas de quoi inquiéter pour autant les pro-OGM. L’Isaaa, organisation qui compte parmi ses contributeurs les grandes firmes agrochimiques mondiales (Monsanto, Syngenta, DuPont, Novartis,...), se réjouit de l’arrivée sur le marché de nouvelles biotechnologies végétales, regroupées sous le terme d’« édition du génome » [2]. Sept de ces techniques de modifications génétiques sont actuellement à l’étude par la Commission européenne, qui doit déterminer si les produits qui en sont issus sont ou non des OGM. Et donc s’ils doivent être couverts par la réglementation OGM. Si ce n’est pas le cas, ils échapperont aux procédures d’évaluation des risques, d’autorisation, d’étiquetage ou de suivi [3].

Pas simple pour le grand public de s’emparer de ce débat. Même les acronymes choisis pour qualifier ces techniques sont complexes et opaques : « NPBT » ou « NBT », pour New Plant Breeding Techniques, « Nouvelles techniques de sélection des plantes ». « C’est l’appellation des industriels, relève Daniel Evain de la Fédération nationale de l’agriculture biologique. Mais il ne s’agit en aucun cas de sélection ». Car ces nouvelles techniques vont bien au-delà : elles modifient le génome de la plante.

Les techniques utilisées jusqu’à présent pour fabriquer des OGM consistent généralement à prendre le gène d’une plante pour le mettre dans une autre – c’est la transgénèse [4]. Mais ces nouvelles techniques à l’étude ne font pas intervenir un gène extérieur : il est désormais possible de modifier les gènes à l’intérieur même des cellules des embryons de plantes. Ces techniques peuvent permettre d’éteindre des gènes, de les activer, de les muter ou de les répliquer.

Des enjeux économiques défendus par la FNSEA

Ces nouvelles techniques génèrent-elles ou non des OGM ? Selon la réglementation européenne, qui date de 2001, les OGM sont les organismes « dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle » [5]. « Nous avons avec ces nouvelles techniques, des procédés non naturels, ce sont donc des OGM », plaide Guy Kastler de la Confédération paysanne. Une analyse qui est loin d’être partagée par les défenseurs de ces techniques, qui mettent en avant l’absence de traces de manipulations dans le produit final issu des NPBT – ce qui n’est pas scientifiquement prouvé. Mais aussi le fait que ces produits sont obtenus par des techniques, comme la mutagénèse dirigée, d’ores et déjà exclues du champ d’application de la loi [6].

En France, plusieurs organisations dénoncent la « stigmatisation » dont ces nouvelles techniques font l’objet [7]. La FNSEA met ainsi l’accent sur « la précision » et « la rapidité » de ces techniques qui permettraient d’opérer des modifications « limitées » et « ciblées » du génome. Le syndicat insiste en particulier sur les enjeux économiques et agronomiques de ces biotechnologies qui rendent « plus rapide le processus de sélection de nouvelles variétés ». « Cela devrait à terme profiter tant aux agriculteurs qu’aux consommateurs et aux entreprises semencières françaises et européennes, aujourd’hui pénalisées par les exigences règlementaires qui, en Europe, pèsent sur les OGM », souligne la FNSEA. L’Isaaa confirme que sont d’ores et déjà développées des variétés de maïs résistants à la sécheresse, de colza tolérants aux herbicides, de blé et de riz résistants aux maladies, d’arachides sans allergènes... Autant de variétés qui pourraient échapper aux processus d’évaluation et d’étiquetage.

Risques de dissémination

« S’il y a une plus grande précision dans ces techniques, c’est uniquement à l’échelle de la pipette, réagit le chercheur Christian Vélot, docteur en biologie, membre du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) et de l’association Sciences Citoyennes. « Quelle que soit la nature de la modification et sa précision, on est incapables de prévoir les effets à court, moyen et long terme. Se restreindre à l’échelle de la manipulation elle-même, c’est un déni de connaissance et une vision simpliste du vivant. Il faut prendre en considération l’organisme dans sa complexité, dans ses interactions et dans son environnement. »

Les opposants à ces techniques redoutent leur dissémination dans la nature, d’autant plus que des brevets pourraient être déposés sur les variétés ou les « traits génétiques » issus de ces techniques. « Nous avons besoin d’un étiquetage pour que les consommateurs sachent ce qu’ils ont dans leurs assiettes, et pour être en mesure de retirer la marchandise du marché s’il y a un problème », appuie Guy Kastler.

Modifier l’ADN, une technique « à la portée de tous »

Parmi les différentes techniques de modification du génome, l’association Isaaa juge « prometteuse » la plus récente, dénommée « CRISPR-Cas9 ». Ce mécanisme d’assemblage d’une séquence d’ADN – qui permet de faire des sortes de copier/coller génétiques – est de plus en plus utilisé. Cette technique serait même tellement simple à mettre en œuvre et peu coûteuse qu’elle rendrait la modification de l’ADN « à la portée de tous » [8]. La manipulation du génome figure pourtant dans la liste des menaces jugées les plus importantes aux États-Unis, selon un rapport du renseignement américain [9]. En cause, « le risque de création d’agents ou de produits biologiques dangereux » qui découle de l’utilisation inconsidérée de ces techniques.

Le risque que cette technique soit utilisée sur des cellules reproductrices, et donc que ces modifications soient transmissibles et puissent orienter l’évolution d’une espèce, a conduit le Comité international de bioéthique de l’Unesco à appeler en octobre 2015 à un moratoire sur les modifications touchant à la part héréditaire du génome humain. Pour les organisations paysannes, ce moratoire devrait aussi s’étendre aux plantes et semences. « Les techniques proposées agissent directement sur les cellules reproductrices des semences », insiste Daniel Evain de la Fédération nationale de l’agriculture biologique.

Démissions en série au Haut conseil des biotechnologies

Qu’en dit la Commission européenne ? Elle annonce depuis de nombreux mois un avis juridique sur ces NPBT. Mais sa publication est sans cesse reportée. La Commission attend notamment les positions des gouvernements. En France, l’avis des ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie se fonde sur les travaux du Haut conseil des biotechnologies (HCB), créé en 2009 [10]. Problème : ces dernières semaines, les démissions se sont multipliées au HCB. Les origines de la discorde remontent au 16 décembre 2015. Les membres du comité scientifique sont invités à commenter un rapport sur ces nouvelles techniques reçu cinq jours avant. Celui-ci résulte du travail entamé depuis deux ans par six experts, à la « neutralité relative » selon une enquête menée par le site Inf’Ogm, puisque certains experts sont en situation de conflit d’intérêts [11]. Lors de cette réunion, les membres du comité scientifique ne savent pas à quoi servira leur discussion. Ils apprennent par la suite que les résultats de cette discussion ont le statut d’avis officiel, transmis au gouvernement, relate au journal Le Monde le chercheur Yves Bertheau, membre du comité scientifique.

Yves Bertheau juge que les effets des modifications non intentionnelles du génome des plantes (dits « effets hors cible ») sont insuffisamment abordés dans le texte [12]. En outre, le texte considère que la plupart des variétés issues de ces techniques devraient être « exemptées d’évaluation des risques », car on ne peut les distinguer des variétés dites « conventionnelles ». Une analyse contestée par Yves Bertheau, qui demande la possibilité de publier un avis divergent, en annexe de ce qui est devenu un avis officiel du HCB. Cela lui est refusé, au motif que les divergences en question n’ont pas été discutées en séance. Il dénonce un « détournement de procédure » et donne sa démission mi-février.

Le gouvernement français ne veut pas soumettre ces techniques à la réglementation OGM
C’est pourtant sur ce texte que vont s’appuyer les ministres de l’Environnement et de l’Agriculture. Dans un courrier du 22 février consulté par Basta !, les ministres demandent au Haut conseil des biotechnologies de proposer un nouvel encadrement pour ces techniques. En clair, le gouvernement écarte ces techniques de la réglementation OGM [13]. Et suggère que des « pistes intermédiaires » soient proposées pour encadrer l’usage de ces techniques. « C’est un enfumage total qui va permettre au gouvernement de s’appuyer sur un vrai faux avis scientifique pour défendre cette position à Bruxelles », dénonce Patrick de Kochko, du réseau Semences paysannes.

Cette décision du HCB a pourtant toutes les apparences d’un vrai avis officiel : elle est alors publiée sur son site internet dans la rubrique « avis ». Curieusement, elle n’est plus disponible à cet emplacement et apparaît désormais dans la rubrique « publications ». « Il n’y a pas eu de saisine, et aucun des deux comités n’a été averti qu’il devait rendre un avis, dénonce Patrick de Kochko. « La façon de travailler au HCB est inacceptable ! ». Il décide de démissionner à son tour le 9 avril de la vice-présidence du Comité économique, éthique et social [14]. Il est suivi quatre jours plus tard par sept organisations paysannes et de la société civile [15]. « On a besoin que ce débat soit porté au HCB, car les problèmes posés par ces techniques en termes de risques économiques, environnementaux et sociaux doivent être évalués », souligne Bénédicte Bonzi des Amis de la Terre.


Nouveaux OGM : non merci !


Après huit ans de controverses sur le statut de ces nouveaux OGM, la Commission européenne devrait donc prochainement décider de l’exclusion ou non de ces techniques de la réglementation OGM. Elle aura reçu par la France ce « vrai-faux avis » contesté. « On ne peut pas nous demander d’être consensuels sur ce sujet, ajoute Bénédicte Bonzi. Il y a un choix de société à faire qui aura des conséquences irréversibles. » « Des changements aussi brutaux de rythmes d’évolution doivent s’évaluer globalement et pas au cas par cas », appuie Frédéric Jacquemart, président du groupe international d’études transdisciplinaires. Les organisations démissionnaires du HCB viennent de lancer une pétition européenne intitulée « Nouveaux OGM : non merci ! ». Elles demandent que les ministères français de l’Environnement et de l’Agriculture ainsi que la Commission européenne « ne laissent planer aucun doute sur le fait que les nouveaux OGM issus de techniques d’édition de gènes ou d’autres techniques doivent être soumis à la réglementation européenne sur les OGM. » Pour Bénédicte Bonzi, « la mobilisation contre les OGM, ce n’est pas du tout fini, même si on essaie de les appeler autrement. Il faut se remettre en ordre de bataille. »

Sophie Chapelle - Basta !


Notes
[1] Les surfaces OGM passent de 181,5 millions d’hectares en 2014 à 179,7 millions d’hectares en 2015. Source.
[2] L’Isaaa (International service for the acquisition of agri-biotech applications) est une organisation non gouvernementale pro-OGM qui est à l’initiative d’un rapport annuel sur les surfaces cultivées en OGM. Malgré son manque de neutralité, ses statistiques sont les seules à donner une image de la place des OGM dans le monde. Son communiqué sur ces nouvelles biotechnologies végétales
[3] Les 7 techniques sont les suivantes : technique des nucléases à doigt de zinc (ZFN-1, 2 et 3), Mutagénèse dirigée par oligonucléotides (ODM), Cisgenèse / Intragenèse, Méthylation de l’Adn dépendante de l’ARN, Greffe (sur un porte-greffe GM), Amélioration inverse, Agro-infiltration.
[4] A noter que dans les plantes transgéniques « classiques », le gène « étranger » ne vient pas forcément d’une autre plante. Pour la très grande majorité des plantes agricoles transgéniques (plantes Bt et plantes tolérantes au Roundup), le transgène provient d’une bactérie du sol (bacillus de thuringiensis pour les plantes Bt et agrobacterium tumefaciens pour les plantes tolérantes au Roundup).
[5] Voir la directive européenne 2001-18
[6] La réglementation européenne sur les OGM est très claire : elle exclut de son champ d’application les variétés obtenues par mutagénèse. Des plantes rendues tolérantes aux herbicides par cette technique, comme le colza et le tournesol, sont ainsi cultivées en France. Ces variétés sont présentées comme des plantes issues de sélection classique et échappent donc aux contraintes appliquées aux OGM. Voir notre reportage Les plantes mutées arrivent en force.
[7] C’est le cas notamment de la FNSEA (syndicat professionnel majoritaire dans la profession agricole en France), du Groupement national interprofessionnel des semences (Gnis), de Coop de France, des Jeunes Agriculteurs, et de l’Union française des semenciers, qui ont rendu une position commune au Haut Commissariat au Biotechnologies sur les NPBT. Voir leur position ici (pages 24 à 44).
[8] Lire cet article de La Recherche
[9] Télécharger le rapport et voir cet article de BigBrowser sur le site du Monde.
[10] Ce conseil est composé d’un comité scientifique avec une quarantaine d’experts qui rendent des avis pour éclairer le gouvernement, et d’un comité économique, éthique et social qui s’appuie sur cet avis pour émettre des recommandations. Le comité économique, éthique et social du HCB est composé d’élus, de représentants d’organisations professionnelles, de salariés, d’associations de protection de l’environnement, d’associations de défense des consommateurs et de personnalités qualifiées.
[11] Inf’OGM décrypte les liens étroits entre les experts du groupe de travail que le HCB a mis en place et les intérêts financiers liés aux nouvelles techniques. Lire leur enquête : HCB : une neutralité très relative sur le dossier des nouvelles biotechnologies
[12] Télécharger le texte du comité scientifique qui souligne notamment à la page 20 : « comme les techniques s’améliorent, en-deçà d’un seuil, le nombre des modifications hors-cible ne sera pas différent de celui des variations naturelles de séquence, il ne sera alors pas possible de faire une différence avec ces variations naturelles ».
[13] Interrogée à l’Assemblée nationale sur les nouvelles techniques de modification génétique des plantes, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie répond le 8 mars 2016 : « L’analyse du HCB montre ainsi que la réglementation relative aux OGM ne devrait pas s’appliquer à certaines nouvelles techniques ». Source
[14] Télécharger la lettre de démission de Patrick de Kochko.
[15] Voir le communiqué de presse relatif à cette démission, de la Fnab, les Amis de la terre, la Confédération paysanne, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau semences paysannes, Unaf

https://www.bastamag.net/De-nouveaux-OGM-sans-evaluation-ni-etiquetage-bientot-dans-les-assiettes

COÉVOLUER AVEC LA NATURE OU LA REPROGRAMMER ?

Certaines personnes pensent que le progrès, c’est s’affranchir de la nature dans tous les domaines, y compris celui de l’agriculture et des semences. Leur rêve : reproduire la vie ex nihilo (à partir de rien), grâce au génie humain, à sa science et ses techniques. Guy Kastler, ancien délégué général du Réseau Semences paysannes et actuel représentant de la Confédération paysanne, montre dans cet article les dangers d’un telle approche et les gains qu’aurait l’Homme s’il retrouvait une réelle humilité et harmonie avec la Nature.

L’agriculture paysanne s’est construite par l’adaptation patiente de populations de plantes à la diversité des terroirs et aux évolutions des climats, des techniques culturales et des besoins humains. Une « population » est un « écosystème complexe » composé d’individus doués d’une grande variabilité génétique et tous différents les uns des autres. Ces deux caractéristiques lui permettent de s’adapter aux évolutions constantes des écosystèmes naturels [1] et sociaux [2] au sein desquels elle vit.

A l’opposé de l’image d’Épinal du « livre immuable de la vie », le génome est, lui aussi, un écosystème complexe qui interagit et évolue en permanence avec son environnement. Certains de ses composants se transmettent de manière stable pendant plusieurs générations, mais ce n’est pas le cas de la totalité d’entre eux. Il est maintenant largement admis que les relations entre le génome et son environnement ne sont pas en sens unique et que les modifications épigénétiques ou génétiques provoquées par l’environnement peuvent se transmettre aux générations suivantes. La transgenèse et la mutagénèse ne sont que de mauvaises copies industrielles par génie génétique des phénomènes naturels d’échanges horizontaux de matériel génétique ou de mutations dites « spontanées ». On sait aussi que toute modification d’un seul composant du génome provoque une modification de ses relations avec de nombreux autres composants susceptible d’entraîner d’importantes recompositions dans l’ensemble de génome. Lorsqu’elles ne sont pas modifiées en profondeur par des produits chimiques ou des travaux culturaux trop perturbants (labour profond...), ces interactions génome/environnement sont à l’origine des substances nutritionnelles les plus nobles que nous offrent les plantes. C’est en effet pour moduler leurs relations avec les microbes, les champignons, les insectes et autres organismes avec lesquels les plantes co-évoluent qu’elles assimilent et transforment les oligo-éléments et produisent les antioxydants, les protéines et sucres complexes indispensables à notre alimentation et à notre santé. Autrement dit, lorsque l’agriculture chimique moderne supprime toute vie pour faire du champ un substrat stérile, ces interactions disparaissent et les plantes, qui n’ont plus à coopérer avec un milieu riche et varié, s’appauvrissent.

La résilience est la seule performance durable

Les sélections paysannes sont à l’origine de la diversité des espèces cultivées aujourd’hui disponibles. Ces sélections se font selon des indicateurs globaux et qualitatifs – parfois esthétiques – bien plus qu’analytiques ou quantitatifs. Leurs deux outils sont : 1) le prélèvement dans la récolte des graines ou des plants les plus beaux, donc les plus adaptés localement, pour les ressemer ou les replanter localement à la saison suivante afin de favoriser l’adaptation locale ; et 2) les échanges de petites quantités de graines ou de plants venus d’ailleurs destinés à renouveler régulièrement la diversité locale afin de favoriser sa résilience. Par résilience, on entend la capacité des plantes à s’adapter en permanence pour garantir une récolte suffisante et de bonne qualité nutritionnelle quelles que soient les conditions climatiques et/ou économiques annuelles. On est loin de l’objectif de la sélection industrielle qui est d’atteindre la meilleure performance quantitative dans les conditions de culture les meilleures (irrigation, engrais, pesticides...). Si la meilleure performance est toujours éphémère, la résilience est la seule performance durable.

Au XXe siècle, le travail paysan a été pour une large part remplacé par l’énergie fossile nécessaire à la production des engrais chimiques, des pesticides et à la mécanisation. Cette énergie était alors peu coûteuse et semblait inépuisable, ses conséquences sanitaires, environnementales, sociales et climatiques n’étaient pas encore reconnues. La métamorphose de l’agriculture qu’elle a engendrée s’est traduite par une augmentation du rendement quantitatif des monocultures et une diminution drastique du nombre de paysans. Ces deux évolutions inverses ont justifié la construction de la légende de l’amélioration de la productivité des plantes. Seule la part irréductible du travail de l’agriculteur qui n’a pas pu être remplacée par les nouveaux intrants et équipements a semblé gagner en productivité. Mais elle fait appel à bien plus de travail indirect destiné à produire ces intrants et ces équipements puis à transformer et distribuer les matières premières qu’elle livre à l’industrie agroalimentaire. Par ailleurs, la réparation des dégâts sanitaires et environnementaux engendrés tout autant par la consommation excessive d’énergies fossiles que par la chimie agricole est facturée pour une petite part aux contribuables et pour l’essentiel aux générations futures. Dès lors, l’augmentation de la productivité du travail qu’auraient engendrée les révolutions vertes n’est qu’illusoire. Les gains de productivité des plantes résultant de leur adaptation à une très forte consommation d’intrants et à la mécanisation ne sont eux aussi qu’apparents. Ils n’ont jamais compensé la perte de quantité et de qualité de nourriture produite à l’hectare résultant de toute monoculture. Concrètement, les cultures associées menées en agroécologie paysanne produisent toujours plus de nourriture à l’hectare que les monocultures industrielles, tout en enrichissant les sols. Peu mécanisables, elles mobilisent plus d’emplois paysans et peu d’énergie fossile.

La prétendue « amélioration » des plantes a inversé les principes des sélections paysannes. Au lieu d’adapter chaque population de plantes à son terroir, elle a diffusé massivement quelques plantes élites sélectionnées pour s’adapter au nouveau paquet technologique destiné à remplacer les terroirs. Pour cela, elle a croisé entre elles des centaines de milliers de plantes cultivées collectées aux quatre coins de la planète et n’a gardé que celles qui se montraient le plus à même de valoriser ce « paquet technologique ». Elle a ainsi remplacé la gestion dynamique de populations paysannes de plantes diversifiées et variables par la sélection de la plante élite, sa reproduction à l’identique et l’éradication des hors-types. Elle a remplacé la résilience durable par la performance éphémère. Incapable de s’adapter à l’environnement naturel de chaque champ, la variété homogène et stable devient malade, appelle un recours toujours plus important aux pesticides chargés de gommer les symptômes de ses maladies, puis dégénère avant de disparaître. La durée de vie des nouvelles variétés de blé, quand on les ressème, est aujourd’hui inférieure à cinq ans, celle des plantations de clones viticoles à 30 ans !

Depuis un demi-siècle, la multiplication des collectes de semences paysannes a constamment agrandi le réservoir de ressources génétiques utilisées pour sélectionner de nouvelles plantes destinées à remplacer les « vieilles » variétés en fin de vie. Mais aujourd’hui, il n’y a plus rien de nouveau à collecter pour abonder le pool génétique adapté au paquet technologique des révolutions vertes. Les sols s’épuisent et les rendements plafonnent quelles que soient les quantités d’engrais et de pesticides utilisées. On commence à réaliser que les énergies fossiles ne sont pas inépuisables et que l’émission de CO2 dans l’atmosphère liée à leur utilisation a des conséquences catastrophiques sur le climat. On constate que les pathogènes s’adaptent et contournent les uns après les autres les produits chimiques destinés à les détruire et que les dégâts sanitaires et environnementaux des engrais et des pesticides ne sont plus supportables.

Améliorer les gènes, pour améliorer les plantes ? Sûrement pas !

Pour faire face à cet épuisement de « l’amélioration » des plantes, la recherche industrielle a décidé « d’améliorer » leurs gènes. En prétendant résoudre le problème, elle ne fait ainsi que l’aggraver. Au lieu de croiser entre elles des plantes entières, elle modifie les gènes de leurs cellules multipliées in vitro en laboratoire avant d’en refaire des plantes entières. Ce fut d’abord la transgenèse consistant à rajouter dans les plantes un ou plusieurs gènes destinés à leur permettre de tolérer un herbicide ou de tuer un insecte ou un champignon. Mais l’environnement naturel dans lequel se déroule encore l’agriculture n’est pas un laboratoire ni une usine. Il est vivant, évolue et s’adapte sans cesse. A peine sorties du laboratoire, les plantes issues de ces manipulations génétiques ont été cultivées sur d’immense surfaces. Résultat : en quelques années, cette nouvelle stratégie a été, elle aussi, contournée par les plantes adventices (dites « mauvaises herbes »), les insectes ou les virus… De plus, parce que le génome est un système complexe et non une simple addition de gènes, il est impossible de modifier un gène sans en modifier d’autres. Ces effets « non intentionnels » de la transgenèse ont causé des dommages sanitaires et environnementaux qui amplifient le refus que leur oppose une part toujours plus importante des consommateurs. Autrefois dotée de toutes les qualités, la transgenèse est aujourd’hui qualifiée de technique grossière, imprécise et aléatoire.

Désormais, grâce aux progrès fulgurants du séquençage génétique, le chercheur « réécrit » quelques gènes des plantes et non la totalité d’entre eux comme le laisse entendre la formule « édition du génome ». Il ne sélectionne plus de vraies plantes dans de vrais champs, mais les bits de méta-bases de données numériques qui lui permettent de programmer sur son ordinateur les nouveaux arrangements génétiques brevetables susceptibles de rapporter de gros retours sur investissement. Que ce soit par mutagenèse assistée par marqueurs, par mutagenèse dirigée, greffe, méthylation de l’ADN, Crispr ou la prochaine trouvaille qui va sortir, il force ensuite les cellules à produire ou à accepter toute la série de nouveaux gènes programmés avant de les multiplier, puis d’en faire de nouvelles semences commerciales. Il prétend faire ainsi la même chose que ce que fait la nature, mais plus rapidement. Or, les nouveaux arrangements génétiques ainsi sélectionnés ne sont adaptés qu’au bits virtuels qui ne reflètent de manière déformée que les petites fractions du monde réel pouvant être numérisées. Ils additionnent par exemple plusieurs gènes de résistance condamnés à être contournés juste un peu moins vite que les résistances monogéniques des premières transgenèses, mais qui sont accompagnés d’autant d’effets non intentionnels potentiellement dangereux dès qu’ils sont confrontés au monde réel du champ.

Peut-on supprimer le temps pour en gagner ?

La sélection au laboratoire ne permet aucune adaptation locale. Le temps qu’elle permet de « gagner » n’est pas neutre. Il supprime la confrontation de la plante avec l’environnement naturel après chaque modification génétique ou épigénétique. Or c’est justement cette confrontation-là, faite sur plusieurs générations, qui permet aux nouveaux génomes issus d’une première modification de se ré-organiser pour s’adapter aux réalités du champ, puis aux sélections, naturelle et paysanne, de choisir les plantes qui se sont le mieux adaptées avant de sélectionner éventuellement de nouvelles modifications. Elle seule permet aussi l’observation et l’élimination des plantes porteuses d’effets non intentionnels dommageables qui sont beaucoup plus difficiles à repérer lorsqu’on additionne plusieurs modifications avant toute évaluation comme le fait la sélection au laboratoire.

Le temps supprimé grâce aux nouvelles techniques de modification génétique peut, selon l’industrie, permettre aux nouvelles semences d’arriver sur le marché de cinq à dix ans plus tôt. La contrepartie est une durée de vie de plus en plus courte comme le montrent les nombreux échecs des plantes transgéniques [3]. La société américaine Pioneer propose de limiter la protection totale par brevet des nouvelles innovations semencières à une durée de cinq ans car elle estime que, au-delà, elles sont systématiquement remplacées par d’autres innovations : l’obsolescence programmée ne concerne donc pas que les machines à laver !

Supprimer l’espace ?

La sélection paysanne ne cherche pas à griller les étapes. Elle observe et évalue longuement chaque innovation d’abord localement à petite échelle avant toute éventuelle dissémination plus large. Les effets négatifs non prévisibles et « non intentionnels » ne sont ainsi jamais diffusés à grande échelle. Les OGM sont au contraire disséminés sur toute la planète dès leur sortie du laboratoire, souvent dans plusieurs espèces à la fois. Les promoteurs des nouveaux OGM, issus des prétendues New Breeding Techniques (NBT) qui sont en fait toutes des techniques de modification génétique in vitro, réclament qu’ils ne soient pas soumis à la réglementation OGM. Leur simplicité d’élaboration pourrait les voir se multiplier aussi vite que les kalachnikov en vente libre dans tous les marchés légaux ou parallèles de la planète et provoquer autant de dégâts collatéraux, non intentionnels ou volontaires [4], aux plantes, aux humains et aux animaux qui les consomment, à l’environnement..., avant de disparaître les uns après les autres victimes de leur inadaptation au monde réel. Par quoi pourrons-nous alors les remplacer ? Si d’ici-là nous avons perdu toutes les semences paysannes non manipulées, aurons-nous le choix de ne pas les remplacer par de nouveaux OGM encore moins durables et plus dangereux ?

Aujourd’hui, nous avons encore le choix : contrairement à ce qui se passe dans nos pays riches, la majorité (jusqu’à 80% de l’alimentation des pays non industrialisés, selon la FAO) de la nourriture disponible sur la planète est produite par les petits agriculteurs familiaux qui n’ont pas d’argent pour acheter les semences industrielles « améliorées » et les intrants indispensables à leur culture [5]. Et selon l’ONG GRAIN (en se basant sur les données officielles d’Eurostat), « dans l’Union européenne, 20 pays enregistrent un taux de production à l’hectare plus élevé dans les petites fermes que dans les grandes ». Ces petits paysans ont hérité, conservent et re-sélectionnent jour après jour, surtout dans les pays dits « les moins avancés », une immense diversité végétale et animale dont les gènes n’ont jamais été manipulés. N’attendons pas que les nouveaux OGM brevetés, qu’ils soient étiquetés ou cachés [6], détruisent toutes ces agricultures paysannes, car alors nous n’aurons plus le choix.

[1] sols, eau, autres organismes microbiens, champignons, végétaux et animaux
[2] agricoles, culturels, économiques...
[3] On trouvera de nombreuses références sur le site d’Inf’OGM : par exemple : Inf'OGM, « CHINE : Moins d’épandage d’insecticides favorise la biodiversité », Eric MEUNIER, 11 septembre 2012), Inf'OGM, « Résistances aux herbicides et OGM : la fuite en avant des semenciers... », Eric MEUNIER, 20 mars 2013), ou encore Inf'OGM, « Burkina Faso - La fin de la culture du coton OGM Bt pour 2018 ? », Christophe NOISETTE, 7 avril 2016...
[4] L’Agence américaine de sécurité a elle-même alerté contre les risques de « bioterrorisme » résultant de ces nouvelles « biotechnologies de garage » si elles venaient à être déréglementées.
[5] https://www.grain.org/fr/article/entries/4960-affames-de-terres-les-petits-producteurs-nourrissent-le-monde-avec-moins-d-un-quart-de-l-ensemble-des-terres-agricoles http://www.etcgroup.org/fr/content/avec-le-chaos-climatique%E2%80%A6-qui-nous-nourrira
[6] cf.

http://www.infogm.org/5935-coevoluer-avec-nature-ou-la-reprogrammer

NOUVEAUX OGM, NON MERCI !
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