NUCLÉAIRE

Publié par Résistance verte

NUCLÉAIRE

L'IMPLOSION DU PROGRAMME EPR
ILLUSTRE L'IMPASSE
DE LA FRANCE NUCLÉAIRE

Qui aura le courage d'annoncer la fin du programme EPR… et la faillite de l'option nucléaire française ?

En démissionnant de son poste du fait de son désaccord avec le projet de construction de réacteurs EPR en Grande-Bretagne, le Directeur financier d'EDF a mis en lumière devant le grand public une situation que nous dénonçons de longue date : ce n'est pas seulement le programme EPR mais l'option nucléaire dans son ensemble, imposée depuis 50 ans, qui a mis la France dans une situation inextricable.

Après avoir encensé aveuglément Areva et Madame Lauvergeon, les "élites" de l'industrie, de la politique et des médias (éditocratie) ont célébré depuis plusieurs années le projet d'EDF de construire des réacteurs EPR en Grande-Bretagne, présenté comme "un immense succès de la filière nucléaire française". Pourtant, dès 2012, l'Observatoire du nucléaire affirmait que ce projet n'avait en réalité aucune chance d'aboutir (*).

Il est avéré que le programme EPR dans son ensemble, et pas seulement en Grande-Bretagne, est un échec total. L'abandon du projet de construction de 4 EPR en Inde n'a pas été annoncé publiquement mais est consommé.
Par ailleurs, il est de plus en plus probable que les quatre chantiers en cours n'aboutissent pas : les deux EPR chinois et celui de Flamanville (Manche), qui connaissent de grave retards, sont définitivement plombés par le fait qu'Areva a raté la fabrication des cuves.

Quant à l'EPR finlandais, sa cuve est correcte car usinée par le japonais Mitsubishi et non par Areva (!), mais les errements insensés de ce chantier (qui devait être fini en 2009 !), et la baisse importante de la consommation d'électricité, font que les Finlandais ne sont plus intéressés par la mise en service de ce dinosaure et préfèrent se faire rembourser en attaquant Areva en justice internationale.

Après la faillite d'Areva, c'est EDF qui est au bord du gouffre, sabordée par son parc nucléaire. Ce dernier est bien heureusement impossible à renouveler : incapable de construire UN réacteur, EDF ne peut évidemment pas en construire 25 ou 30, sans parler du coût incommensurable d'une telle aventure.

Par ailleurs, EDF n'a même plus les moyens de financer le rafistolage des réacteurs actuels : le programme pompeusement dit "grand carénage", annoncé au départ à un coût de 55 milliards, est désormais évalué à 100 milliards et assurément à bien plus (comme toujours dans le nucléaire).

Il est donc probable que EDF va concentrer ses dernières ressources sur quelques centrales et, dans les 10/15 ans qui viennent, fermer les réacteurs nucléaires par dizaines. Comme aucune alternative n'a été prévue, la France va se retrouver dans une impasse et sera obligée de lancer en catastrophe des programmes de réduction de la consommation (ce qui sera une bonne chose) et d'importer massivement de l'électricité de chez nos voisins… à supposer qu'ils aient des surplus à vendre (au prix fort) aux moments de forte consommation.

Bien entendu, les centaines de milliards d'euros nécessaires pour démanteler les réacteurs nucléaires et s'occuper des déchets radioactifs vont manquer à l'appel et ces graves problèmes seront légués à nos enfants.

Présentée pendant des décennies comme un "prodigieux exploit industriel", la construction en quelques années de 58 réacteurs nucléaires revenait en réalité à programmer pour 30 à 40 ans plus tard, c'est-à-dire à partir de maintenant, une situation catastrophique et inextricable sur le plan économique, en espérant qu'elle ne se double pas d'un Fukushima français, de plus en plus probable avec le vieillissement des réacteurs.

La faillite de l'option nucléaire est désormais avérée et incontestable, le seul problème est de trouver enfin un "responsable" assez courageux pour l'avouer publiquement. Ce ne sera probablement pas le PDG d'EDF, Jean-bernard Lévy, ni les ministres Royal (Environnement) et Macron (Économie), pas plus que MM Valls et Hollande.

Peut-être faut-il demander à MM Giscard d'Estaing et Boiteux (**), respectivement Président de la République et PDG d'EDF lors du lancement du parc nucléaire français, de se charger de ce terrible mais nécessaire aveu ?

(*) http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article219
(**) Déjà poursuivi par l'Observatoire du nucléaire pour des rejets délibérés de plutonium dans la Loire

FAILLITE DU NUCLÉAIRE

Le nucléaire français vaut bien celui de la Belgique et n'en finit plus de se déliter. Voici désormais que EDF est boutée hors du CAC 40, haut lieu du business et de l'argent. Il faut dire que la cotation d'EDF est passée en quelques années de 87 à 13 euros : 85% de pertes !
Areva fait encore « mieux » : de 82 à 5 euros, 94% de pertes ! Du coup, M. Hollande himself (le type qui va fermer Fessenheim assurément peut-être on verra) espère que les Chinois vont surgir avec de gros chèques pour sauver Areva, juste comme ça, pour être sympas. Sacré blagueur ce Hollande...

Les "experts" pointent l'Etat pour ne pas avouer que c'est bien le nucléaire qui est en faillite..

LE NUCLÉAIRE SABORDÉ PAR LES RENOUVELABLES

Il n'y a pas si longtemps, les nucléocrates raillaient les énergies renouvelables, à la production à la fois « dérisoire » et « ruineuse ». Aujourd'hui, les mêmes dénoncent furieusement la production « bien trop massive » d'électricité renouvelable, laquelle « déstabilise le marché de l'électricité » avec « des tarifs beaucoup trop bas » !

Résultat, le nucléaire n'est plus du tout rentable (l'a-t-il jamais été ?), et même les vieux réacteurs, pourtant amortis de longue date après avoir été en bonne partie financés par l'argent public, ne tiennent pas la comparaison. Cette énergie satanique aurait dû être abandonnée à cause des risques, des déchets radioactifs, de la prolifération, etc, mais ce sont finalement les réalités économiques qui la condamnent.

Il convient néanmoins d'en abréger au plus vite la fin de vie pour s'éviter autant que possible de nouvelles catastrophes, des déchets supplémentaires

EFFETS D'ANNONCE

La majorité des « grands » médias français ont annoncé pendant les années 2000 un supposé « grand retour du nucléaire » : les réacteurs devaient pousser comme des champignons partout sur la planète... mais ils ne sont jamais arrivés, même avant le début de la catastrophe de Fukushima.

Pourtant, malgré leur déroute, certains médias continuent (de façon un peu moins arrogante il est vrai) de temps en temps à tenter leur chance. Par exemple, la Tribune avance inconsidérément que « la Chine offre d'incroyables perspectives dans le domaine du nucléaire », tout en reconnaissant que ces affirmations sont écrites « selon la World nuclear association », l'association mondiale des producteurs nucléaires, qui est tout de même « légèrement » partiale dans cette affaire !

Pour sa part, concurrençant l'AFP, l'agence Reuters prétend qu'Areva et Atomstroyexport vont construire respectivement 6 et 12 réacteurs en Inde. Mais l'entreprise française est en faillite et la russe en fâcheuse posture : sabordée par l'effondrement du prix du pétrole et du gaz, la Russie n'a plus de cash... Vous devinez ce que l'on peut penser des 60 nouveaux réacteurs (!) annoncés sans rire...

C'est encore Reuters qui se colle a promouvoir la énième annonce de lancement du fumeux programme nucléaire de l'Afrique du Sud. Comme celui de la Turquie (voir revues de presse précédentes), il a été maintes fois annoncé avec fracas, et toujours reporté ou annulé (beaucoup plus discrètement).

D'ailleurs, lorsqu'on ne se laisse pas tromper par les titres trompeurs des dépêches, on s'aperçoit vite que l'affaire est encore et toujours au niveau zéro : « La première étape (...) consistera en un appel à propositions ouvert au secteur nucléaire, les propositions éventuelles devant faire l'objet d'un examen détaillé par le gouvernement avant le lancement d'un appel d'offres formel. »

Le prétendu « triomphe » de l'atome est donc pour le moins virtuel, d'autant que l'église catholique sud-africaine demande un référendum sur la question. Si en plus on demande son avis à la population...

ON FERME !

Très peu de nouveaux réacteurs vont être construits sur Terre, donc la survie (provisoire) de cette industrie malfaisante passe par la prolongation de la vie des réacteurs actuels. Or, comme nous l'avons vu dans les revues de presse précédentes, c'est au contraire un mouvement de fermeture des vieux réacteurs qui est engagé.

Pourtant, on nous a dit mille fois que, une fois amortis, les réacteurs deviennent de véritables pépites, des « machines à cash ». La réalité est bien différente : aux USA, 5 réacteurs ont été fermés dernièrement (Crystal River 3, San Onofre 1 et 2, Kewaunee 1, et Vermont Yankee), la centrale de Fitzpatrick va suivre... et beaucoup d'autres après elle : non pas pour des raisons techniques, mais pour absence de rentabilité.

En Suède, deux réacteurs vont être définitivement arrêtés de façon anticipée (cf http://bit.ly/1n04ztX ), eux aussi pour raison financière. En Grande-Bretagne, la vieille centrale de Wylfa a fermé ses portes. Ambiance d'enterrement chez les atomistes...

LES CATASTROPHES NUCLÉAIRES NE FINIRONT PAS

Alors que l'on s'approche - déjà ! - du 5ème anniversaire du début de la catastrophe de Fukushima (11 mars 2011), qui ne fait que commencer tout en s'aggravant continuellement, ce sont aussi les 30 ans du début de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986) qui se profilent. Et là aussi, malgré trois décennies passées, la catastrophe continue de se développer : des millions de gens vivent encore dans des zones dangereuses et consomment quotidiennement des produits contaminés. Des enfants nés 20 ou 25 ans après le début du désastre développent des maladies dues à la radioactivité toujours présente partout.

C'est un fait : les catastrophes nucléaires ne finiront jamais, comme démontré de façon stupéfiante par l'une des plus graves, cachée à l'époque par le pouvoir soviétique, celle de Mayak... en 1957 ! Près de soixante ans plus tard (!), les contaminations sont encore effroyables, les victimes d'hier et d'aujourd'hui niées, et les opposants pourchassés, comme la courageuse Nadezhda Kutepova, réfugiée en France dans des conditions précaires. Nadezhda Kutepova a été menacée pour s'être intéresser "de trop près" aux conséquences de la catastrophe nucléaire de Mayak en 1957.

LES "CADEAUX" DU NUCLÉAIRE

Même si le nucléaire devenait miraculeusement « sûr », il resterait une source d'énergie parfaitement injustifiable du fait de ses graves tares : transports incessants de matières nucléaires (par exemple l'uranium, comme décrit de façon édifiante par Reporterre), production de déchets radioactifs et projets criminels d'enfouissement de ces déchets (mais les opposants continuent courageusement leur combat), et démantèlement sans fin des réacteurs fermés. A ce sujet, on nous annonce qu'il reste « seulement » 13 ans de travaux pour démanteler Superphénix, le surgénérateur catastrophique définitivement arrêté depuis 1997...

ÉLECTRICITÉ 100% VERTE, UNE SUPERCHERIE

L’électricité reçue sera plus chère... et toujours à 75% nucléaire ! Profitant de la médiatisation de la COP21, EDF lance aujourd’hui une offre de vente d’électricité prétendue "100% verte", c’est-à-dire constituée exclusivement d’électricité produite par des énergies renouvelables. Il s’agit là d’une supercherie par laquelle EDF veut à la fois "verdir" à bon compte son image et faire payer plus cher leur électricité aux clients naïfs qui se laisseront tromper par cette offre.
En effet, l’électricité qui arrivera chez ces clients sera exactement la même que pour tout le monde, à savoir à 75% nucléaire. Ce fait incontestable est d’ailleurs reconnu par EDF sur son site web dédié : "Il est impossible de faire livrer directement chez les clients des électrons issus d’énergies renouvelables."

Pour tenter de sauver les apparences, EDF annonce "s’engager à injecter sur le réseau une quantité d’énergie renouvelable équivalente aux consommations d’électricité des clients de l’offre renouvelable", mais il s’agit juste de faire payer plus chère une électricité renouvelable déjà existante, venant principalement des barrages hydroélectriques fonctionnant en France depuis des décennies. Les communicants d’EDF tentent de faire croire que cette offre poussera EDF a accroître sa production d’électricité renouvelable, mais l’inverse est reconnu par Sylvie Jéhanno, directrice du marché des particuliers chez EDF, interrogée par Le Figaro : "L’offre renouvelable d’EDF ne va pas changer la manière dont le groupe produit son électricité."
De toute façon, il suffit de réfléchir un instant pour comprendre l’absurdité de l’offre d’EDF. En effet, les clients souhaitant une électricité renouvelable devraient payer leur électricité moins chère et, au contraire, l’électricité nucléaire devrait être surtaxée du fait des graves tares de ce mode de production : risques de catastrophe, pillage du Niger pour s’accaparer l’uranium (combustible des réacteurs nucléaires), production de déchets radioactifs, centrales à démanteler et factures incommensurables léguées à nos enfants…

Observatoire du nucléaire

#nucleaire #ecologie #pollution

CONSÉQUENCES DE LA CATASTROPHE
NUCLÉAIRE DE FUKUSHIMA

Communiqué de presse CRMS et CRIIRAD, 5 et 11 décembre, 2012

Au Japon, l’irradiation externe entraîne toujours des risques sanitaires inacceptables pour des centaines de milliers de citoyens

1 / Beaucoup de gens vivent toujours sur des territoires très contaminés

Durant les premières semaines après le 11 mars 2011, les dépôts radioactifs de césium ont été de grande ampleur au Japon.

Seule la population vivant dans le cercle de 20 km autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a été évacuée durant les premiers jours de la catastrophe; mais les retombées ont affecté un très vaste territoire, bien au delà de la zone de 20 km et des limites de la préfecture de Fukushima. En fonction des conditions météorologiques, les masses d’air contaminé se sont déplacées sur des centaines de kilomètres et les précipitations (pluie et neige) ont aggravé le dépôt des particules radioactives sur les sols et la végétation.

Les dépôts de césium 134 et 137 sont à l’origine d’une contamination durable. En se désintégrant, les atomes de césium émettent des radiations très pénétrantes qui peuvent parcourir plus de 60 mètres dans l’air. C’est ainsi que les Américains ont pu réaliser des cartes des retombées en utilisant des sondes héliportées. Ces radiations peuvent traverser les murs et les fenêtres et irradier les gens même lorsqu’ils sont à l’intérieur. Cette irradiation va décroître très lentement du fait des périodes physiques relativement longues du césium 137 et 134 (respectivement 30 ans et 2 ans). La radioactivité du césium 137 sera divisée par 2 en 30 ans. On peut calculer qu’au bout de 12 mois, la radioactivité du césium 134 baisse de 30 % et celle du césium 137 de 3%. La diminution globale du débit de dose ambiant est alors de l’ordre de 22 %. La contamination persistante des sols continuera à produire – et pendant longtemps – des radiations gamma qui irradient les populations sur de vastes territoires.

D’après les cartes officielles publiées par le MEXT (1), les dépôts de césium 137 dépassent 30 000 Bq/m2 sur une grande partie des préfectures de Fukushima, Tochigi et Gunma et également des portions des préfectures de Miyagi, Ibaraki et Chiba.

Le 22 avril 2011, les autorités japonaises ont décidé d’organiser des évacuations complémentaires sur des “Zones d’Evacuation planifiée” : des territoires situés au delà de la zone interdite de 20 km mais où la dose imputable à la contamination persistante des sols pouvait entraîner une exposition supérieure à 20 milliSieverts par an. Cela correspond à des risques de cancer 20 fois supérieurs au niveau jugé habituellement « acceptable ». C’est d’autant plus choquant que les habitants de ces territoires ont déjà subi des doses très importantes (voir Annexe 2).

Selon le gouvernement japonais, un lieu où le débit de dose est inférieur à 0,23 µSv/h est un lieu où la dose annuelle imputable aux retombées de Fukushima est inférieure à 1 mSv/par an. Cette évaluation ne tient pas compte des doses liées à la contamination interne par ingestion de nourriture contaminée, ni à celles induites par inhalation de poussières radioactives du fait de la remise en suspension des sols contaminés et de la contamination qui continue de s’échapper de la centrale de Fukushima Daiichi (selon TEPCO et les autorités environ 10 millions de Becquerels de césium sont toujours rejetés par heure).

Lorsque le débit de dose ambiant à l’extérieur est supérieur à 0,23 µSv/h, la dose annuelle cumulée du fait de cette irradiation externe entraine un risque sanitaire inacceptable sur le long terme. Les cartes officielles publiées par le MEXT en décembre 2011 montrent que tel est le cas sur une vaste partie de la préfecture de Fukushima mais aussi sur des territoires des préfectures de Miyagi, Tochigi, Gunma, Ibaraki et Chiba (voir le magazine de la CRIIRAD, TU N°54, pages 4 à 29).

De ce fait, en l’absence de mesures de protection appropriées, des centaines de milliers de personnes auront encore subi en 2012 des doses de radiation inacceptables.


2 / Exemples à Fukushima city et dans le secteur d’Oguni dans le district de Date
(mesures de juin 2012)

Deux exemples sont résumés ci-dessous (voir carte de localisation en Annexe 2) à partir des mesures de terrain réalisées par les laboratoires CRIIRAD et CRMS en juin 2012. Les mesures détaillées et des photographies sont présentées dans les rapports CRIIRAD N°12-88 EN (en anglais) et N°12-88 FR (en français). Des vidéos de cette mission sont accessibles en cliquant sur les liens ci-dessous.
Sur ces territoires, les dépôts de césium 134 et 137 ont été de plusieurs centaines de milliers de Bq/m2. A titre d’exemple, le laboratoire de la CRIIRAD a mesuré (3) plus de 700 000 Bq/m2 dans le quartier Watari de la ville de Fukushima.

Dans la ville de Fukushima, située à 60-65 km de la centrale nucléaire accidentée, les débits de dose mesurés à 1 mètre du sol, en extérieur, étaient typiquement plus de 3 fois, et même parfois plus de 10 fois supérieurs à la normale. On a mesuré par exemple 0,84 µSv/h sur le trottoir en face de notre hôtel en centre-ville et plus de 0,8 µSv/h (et au-delà) sur des parkings et jardins de maisons individuelles dans le quartier Watari (un des plus contaminés de la ville).
L’irradiation induite par les sols contaminés est encore détectable à l’intérieur des immeubles. Au 6éme étage, dans l’hôtel, le niveau de radiation a augmenté de 70 % en se déplaçant du centre de la chambre vers la fenêtre.

Dans le quartier Watari, même à l’intérieur du restaurant, sur la table au rez-de-chaussée, le débit de dose était 0,27 µSv/h. Les habitants que nous avons rencontrés n’ont reçu aucune aide pour évacuer ou décontaminer. En juin 2012 - contrairement à ce que nous avions vécu en mai-juin 2011 - de nombreux habitants nous ont demandé de ne pas rendre publics les résultats de mesure par peur de perdre des clients ou de mécontenter les voisins. Ils semblent résolus à vivre en zone contaminée.

Dans le secteur rural d’Oguni (district de Date, voir carte en Annexe 3) – situé à environ 10 km à l’est de la ville de Fukushima et à 55 km au nord-ouest de la centrale accidentée – les débits de dose étaient supérieurs à 1 µSv/h dans de très nombreux endroits, par exemple aux abords du Centre Communal où le CRMS a implanté un laboratoire, ou encore aux abords d’une maison individuelle.

3 / Les travaux de décontamination sont très insuffisants

La CRIIRAD a effectué des mesures dans une autre maison individuelle à Oguni. Selon les rapports officiels, les débits de dose mesurés en août 2011 étaient de 2,5 et 3 µSv/h. En dépit d’un chantier de décontamination pilote qui a duré d’octobre à décembre 2011, les débits de dose que nous avons mesurés en juin 2012 étaient toujours de 0,37 à 0,98 µSv/h aux abords immédiats de la maison et de 0,3 à 0,56 µSv/h à l’intérieur. Pourtant la terre superficielle a été décapée, les arbres de la colline d’en face ébranchés, les rochers du jardin d’agrément lavés au karcher, etc..

Pour cette famille, l’irradiation externe imputable à la contamination de l’environnement entraîne une dose cumulée sur l’année 2012 comprise entre 1,8 et 6 mSv (malgré les travaux de décontamination). Cela montre à quel point la décontamination est insuffisante. Des aides devraient être fournies aux habitants pour leur permettre de déménager vers des territoires non contaminés.

4 / Il est nécessaire que soit mis en place un cadre réglementaire national afin d’améliorer la protection et les compensations pour les populations touchées par la catastrophe de Fukushima

Beaucoup de gens dans la préfecture de Fukushima et dans d’autres parties du Japon vivent toujours dans des zones où ils sont susceptibles de recevoir encore longtemps des doses annuelles supérieures à 1 milliSievert. C’est vrai y compris dans de grandes villes comme celle de Fukushima. La priorité est donc d’obtenir que soit mise en place une stratégie nationale pour venir en aide aux populations touchées par la contamination (aides financières, soutien au relogement, etc..).

Au Japon, une nouvelle loi, appelée “Child Victim's Law” a été votée au parlement le 21 juin 2012. Elle introduit le concept de “Target support areas” où les habitants pourraient recevoir une aide en fonction de leur choix entre 3 possibilités : évacuer, rester ou revenir. Mais de nombreux aspects restent à clarifier. Un des plus importants est de préciser à partir de quel niveau de dose un territoire pourrait être classé “Target support area”. Un groupe de juristes appelé SAFLAN, le “Forum des Citoyens pour la Loi de Soutien aux Victimes du Désastre Nucléaire de TEPCO” et des membres du parlement qui sont à l’origine de la loi, demandent que le critère retenu soit de 1 mSv/an ou en dessous (en termes de dose cumulée imputable aux retombées et en tenant compte de l’irradiation externe et interne).

Ces clarifications devraient être apportées par de nouveaux textes, mais les décisions sont reportées à janvier 2013.

Une mobilisation internationale est nécessaire pour que la législation garantisse un abaissement significatif des doses que continuent à accumuler les citoyens japonais, dont les enfants et les femmes enceintes.

En 2011, des centaines de milliers de personnes ont déjà reçu des doses très largement supérieures aux limites “acceptables”. En 2012, elles sont nombreuses à continuer à accumuler des doses nettement supérieures à 1 mSv. Dans la mesure où les risques sont proportionnels à l’augmentation de la dose, continuer à vivre en territoire contaminé augmente encore les risques que ces personnes souffrent à l’avenir de diverses pathologies, dont les cancers. Tout devrait être fait pour leur permettre de vivre sur des territoires non contaminés.

Rédacteurs
Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD ; en collaboration avec M. Wataru Iwata, directeur de CRMS et de M. Kanno, habitant d’Oguni et en charge du laboratoire CRMS implanté à Oguni.


1. Le MEXT est le Ministère Japonais de l’Education, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie. La dose au-delà de laquelle le risque de cancer à long terme est considéré comme « inacceptable » par la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) est de 1 milliSievert par an, ce qui correspond à 17 cancers (2) pour 100 000 personnes exposées.

2. Pour de nombreux scientifiques indépendants, ces chiffres donnés dans la publication N°103 de la CIPR (année 2007) sous-estiment fortement les risques réels.

3. Voir le communiqué de presse de la CRIIRAD en date du 7 juillet 2011.
http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/pdf/11_07_07_cp_fukushima.pdf


QU’EST CE QUE LE CRMS ?

CRMS (Citizen’s Radioactivity Measurement Station) est une association Japonaise, à but non lucratif, créée en 2011 et dont l’objectif est d’améliorer la protection des citoyens contre les rayonnements ionisants. C’est une organisation indépendante dont la mission est d’offrir aux citoyens des outils leur permettant d’acquérir des connaissances sur la radioprotection, d’apprendre comment mesurer la radioactivité et ainsi d’améliorer leur protection de manière autonome.

Le CRMS effectue des mesures de radioactivité à la demande des citoyens et publie les résultats sur son site web ou dans d’autres médias afin de partager les données avec le plus grand nombre.
Les mesures de radioactivité, portent principalement sur les aliments (au moyen de spectromètres gamma) ou sur l’évaluation de la contamination interne en césium (utilisation d’un compteur corps entier ou «whole body counter » (WBC)). Elles sont réalisées par des citoyens dans 9 laboratoires de CRMS implantés sur le territoire de la préfecture de Fukushima et un 10ème implanté à Tokyo en fin d’année 2012.

Pour plus d’informations : http://fr.crms-jpn.com/

NUCLÉAIRE,
LES EFFETS DES FORTES DOSES

Les rayonnements ionisants, en perdant leur très grande énergie, induisent des modifications profondes dans le milieu vivant.

IMPACT DES RAYONNEMENTS

Un seul rayonnement est suffisant pour provoquer des milliers d’ionisations et endommager un très grand nombre de cellules :
- si la cellule survit, des mutations peuvent entraîner des cancers ou des mal- formations génétiques. Il n'y a alors pas de seuil d’innocuité : la probabilité d'effets néfastes existe quelle que soit la dose.
- si la cellule meurt, tout dépend du nombre de cellules tuées. Aux fortes doses, classiquement au delà de 200 à 300 milliGray (mGy), le nombre de cellules détruites par le rayonnement est tel que des dysfonctionnements apparaissent au niveau du tissu ou de l’organe. Ces effets (anciennement qualifiés de « déterministes », et désormais de « tissulaires ») sont d’autant plus graves que la dose de rayonnement est importante. Les seuils d'apparition sont assez bien connus même s’ils varient sensiblement d'un individu à l'autre. On peut représenter cela par le graphe qui exprime le pourcentage des personnes exposées qui présenteront des symptômes en fonction de la dose. (1= 100 %, 0,5 = 50 %).

Les effets moléculaires

On peut schématiser la matière vivante en deux sortes de molécules : les macromolécules (ex : ADN) et l’eau libre ou liée aux tissus. L’effet direct sur les macromolécules est assez rare statistiquement. L’effet le plus fréquent (80 %) est indirect, via l’ionisation (ou radiolyse) de l’eau : les molécules H2O sont transformées en radicaux libres (HO. et H.), très instables donc fugaces et très réactifs, capables de provoquer d’importantes lésions dans les cellules.

Schématiquement, il existe trois possibilités d’impact :
- recombinaison en composés inertes (H2O et H2), qui vu leur faible quantité en masse ne produiront pratiquement pas d’effets néfastes ;
- diffusion et altération moléculaire (oxydations et ruptures de liaisons), phénomène le plus fréquent ;
- fabrication d’oxydants très puissants et à vie longue (oxydes et peroxydes)

Les effets cellulaires

On peut globalement considérer que les effets des fortes doses sont proportionnels à la dose.

PARAMÈTRES INFLUANT SUR LES EFFETS

La nature du rayonnement

Les particules alpha, qui provoquent une forte densité d’ionisation sur leur parcours, ont le plus souvent une action létale, entraînant la mort directe de la cellule. La mort peut également survenir du fait de l’accumulation de plusieurs atteintes non létales : ce sera le plus souvent le cas si l’irradiation provient de rayonnements bêta ou gamma. Le facteur de qualité du rayonnement (Wr) rend compte, assez grossièrement, de ces différences.

Le débit de dose

Si on fractionne la dose (ou on diminue son débit instantané), la survie cellulaire sera plus élevée que si la dose est délivrée en une fois (ou à fort débit). Cette propriété est utilisée en radiothérapie : pour préserver au mieux les cellules saines au voisinage de la tumeur à traiter, on délivre la dose requise en plusieurs séances espacées de quelques jours à un mois.

Le cycle cellulaire

Une cellule en cours de division (mitose) est plus radiosensible et survivra moins bien. Cette propriété est utilisée pour traiter une tumeur cancéreuse, qui est justement le siège de divisions cellulaires plus fréquentes. Cela explique également la vulnérabilité des enfants et des fœtus, chez qui l’augmentation de masse cellulaire entraine une fréquence de divisions plus élevée que chez un adulte ou une personne âgée. Cela explique également que certains organes dont le taux de renouvellement cellulaire est plus important sont particulièrement radiosensibles. A dose égale, le taux de survie des cellules en division est très inférieur à celui des cellules au repos.

Le milieu

Si le milieu est plus richement oxygéné, la toxicité exprimée sera plus élevée. C’est ainsi que le rayonnement a plus d’effet sur les zones bien vascularisées.

EFFETS TISSULAIRES DES FORTES DOSES DE RAYONNEMENT

Les effets diffèrent selon que l’exposition aux rayonnements est globale (l’organisme entier) ou partielle, affectant seulement certains organes. A la différence des faibles doses, les effets cliniques sont généralement précoces : sauf exception (cataracte par exemple), ils se manifestent dans un délai de quelques heures à 1 mois après l’exposition.

Irradiation partielle

Pour certains organes, le seuil d’apparition est plus élevé si la dose est étalée dans le temps. C’est particulièrement vrai dans le cas du tube digestif, organe très radiosensible du fait des cellules souches épithéliales qui tapissent sa paroi. Pour les testicules, l’azoospermie sera transitoire ou définitive en fonction de la dose et du débit de dose.

L’effet « débit de dose » intervient dans d’autres cas que ceux mentionnés dans ce tableau, par exemple la cataracte. Différentes études ont montré que le seuil d’apparition des effets était bien plus bas que ce qui était retenu pour la fixation des limites de dose. Sur la base de ces éléments, la directive Euratom de 2013 a abaissé la limite d’exposition pour les travailleurs de 150 mGy à 20 mGy/an (mais sans revoir à la baisse la limite définie pour le public). A noter que la manifestation clinique est assez tardive (délai d’environ 5 ans après l’irradiation) et que la cataracte n’est pas réversible.

Irradiation du corps entier

Les manifestations cliniques de cette irradiation sont généralement caractérisées par 3 phases : phase initiale (ou prodromique), phase de latence (dont la durée est fonction de la durée de vie des cellules irradiées) et phase critique.

Trois grands syndromes sont identifiés : hématopoïétique (à partir de 1 Gy : atteinte des cellules souches de la moelle osseuse qui assurent la production des cellules sanguines), gastro-intestinal (à partir de 7 Gy : atteinte des cellules souches de la muqueuse du tube digestif) et neurologique (à partir de 10-15 Gy : atteinte des parois vasculaires). Les seuils d’apparition varient quelque peu selon les auteurs.

Malgré ces effets précoces et graves, il n’y a aucun effet thermique susceptible d’alerter la victime au moment de l’exposition, celle-ci relevant le plus souvent de situations accidentelles. Heureusement ces accidents sont relativement rares, mais ont pu faire un certain nombre de victimes comme à Tchernobyl, Goiânia (Brésil), Forbach ou encore Epinal.

Si la dose est assez élevée, les premiers signes cliniques peuvent permettre de donner l’alerte et de prendre en charge la personne exposée. Etant donné que les effets cliniques sont caractéristiques et que des analyses peuvent permettre d’évaluer la dose, le lien de causalité peut être établi et le statut de victime est normalement reconnu.

Pour en savoir plus sur les accidents connus :
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/nuc_accident_travail.html

Roland Desbordes, Crii-Rad, Février 2016


QU’EST CE QUE LA CRIIRAD ?

La CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité) est une association à but non lucratif créée en 1986 à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. En effet, à cette époque, les autorités françaises ont menti sur l’intensité des retombées radioactives (iode 131, radiocesiums, etc..) Afin de pouvoir procéder des mesures indépendantes, la CRIIRAD a créé son propre laboratoire.

Le laboratoire de la CRIIRAD comporte deux chaînes de spectrométrie gamma, un compteur à scintillation liquide pour la détection du tritium et de radionucléides émetteurs alpha ou bêta, et des équipements portatifs pour les contrôles de terrain (radiamètres et spectromètres portatifs, moniteurs de radon, etc..). Le laboratoire de la CRIIRAD est agréé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

A partir de carottages de sol effectués entre 1987 et 1993, le laboratoire de la CRIIRAD a réalisé une carte des retombées de Tchernobyl en césium sur le territoire français. Entre 1996 et 1998, la CRIIRAD a démontré5 que, du fait des retombées de Tchernobyl, certains sols en milieu Alpin pouvaient être qualifiés de déchets radioactifs.

A la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima (mars 2011), la CRIIRAD a effectué une évaluation des retombées sur le territoire français et a apporté son soutien à des citoyens japonais dans leurs efforts pour créer des moyens de contrôle indépendants. Ces initiatives aboutiront à la création du CRMS.

Pour plus d’informations sur les actions conduites en 2011 par la CRIIRAD aux côtés de CRMS, voir le dossier :

http://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/crms/extrait_Japon.pdf

Plus d’informations sur : www.criirad.org

#Fukushima #pollution #nucleaire

NUCLÉAIRE
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A San Salvador (El Salvador, 5 février 1989), trois employés d'une installation industrielle de stérilisation (source de cobalt 60, 0,66 PBq) ont été irradiés alors qu'ils tentaient de débloquer le porte-source (IAEA, 1990). L'irradiation n'a été reconnue qu'avec l'apparition d'une brulure trois jours après l'accident. Deux semaines furent nécessaires pour que l'installation soit à nouveau sûre. Les doses furent évaluées à 8, 4 et 3 Gy, avec une répartition hétérogène ; chez le plus gravement atteint la dose en certains points dépassait 10 Gy. Les trois victimes furent traitées par un facteur de croissance (GM-CSF), dont l'efficacité n'a pu être prouvée. Les suites ont été très graves pour deux des irradiés : chacun a dû être amputé d'une jambe ; six mois plus tard, ils ont subi, l'un l'amputation de l'autre jambe et l'autre une intervention thoracique, cause de sa mort.

A San Salvador (El Salvador, 5 février 1989), trois employés d'une installation industrielle de stérilisation (source de cobalt 60, 0,66 PBq) ont été irradiés alors qu'ils tentaient de débloquer le porte-source (IAEA, 1990). L'irradiation n'a été reconnue qu'avec l'apparition d'une brulure trois jours après l'accident. Deux semaines furent nécessaires pour que l'installation soit à nouveau sûre. Les doses furent évaluées à 8, 4 et 3 Gy, avec une répartition hétérogène ; chez le plus gravement atteint la dose en certains points dépassait 10 Gy. Les trois victimes furent traitées par un facteur de croissance (GM-CSF), dont l'efficacité n'a pu être prouvée. Les suites ont été très graves pour deux des irradiés : chacun a dû être amputé d'une jambe ; six mois plus tard, ils ont subi, l'un l'amputation de l'autre jambe et l'autre une intervention thoracique, cause de sa mort.


A San Salvador (El Salvador, 5 février 1989), trois employés d'une installation industrielle de stérilisation (source de cobalt 60, 0,66 PBq) ont été irradiés alors qu'ils tentaient de débloquer le porte-source (IAEA, 1990). L'irradiation n'a été reconnue qu'avec l'apparition d'une brulure trois jours après l'accident. Deux semaines furent nécessaires pour que l'installation soit à nouveau sûre. Les doses furent évaluées à 8, 4 et 3 Gy, avec une répartition hétérogène ; chez le plus gravement atteint la dose en certains points dépassait 10 Gy. Les trois victimes furent traitées par un facteur de croissance (GM-CSF), dont l'efficacité n'a pu être prouvée. Les suites ont été très graves pour deux des irradiés : chacun a dû être amputé d'une jambe ; six mois plus tard, ils ont subi, l'un l'amputation de l'autre jambe et l'autre une intervention thoracique, cause de sa mort.


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