BARRAGE DES PLATS

Publié le par Résistance verte

BARRAGE DES PLATS

UN PROJET DE NON-SENS

La construction du barrage des Plats, sur la Semène, dans la Loire, est maintenant terminée. Les milliers de tonnes de béton du réservoir, vide aujourd’hui, barrent la plus belle rivière du département de la Loire, sur la commune de St Genest Malifaux en plein Parc Naturel Régional du Pilat. Cet ouvrage douteux, au coût conséquent de 8 millions d‘euros, dont la moitié subtilisée dans nos poches de contribuables illustre la grave panne de débat sur la gestion de la ressource en eau qui imprègne encore la culture collective dans le sud du département de la Loire.

Rappelons-nous : la préparation du bétonnage a été faite en grand secret, entre une poignée d’élus et la DDT de la Loire, qui ignorait semble-t-il que la politique nationale de l’Eau avait pour mandat de conserver la biodiversité aquatique. Ensuite, au terme d’une enquête publique caricaturale, la préfète de la Loire a adoubé un chantier renvoyant à la mythologie du développement des années 50. Puis, non contente de pas- ser en force une première fois, elle a récidivé le 18 mars 2014, après l’annulation le 14 novembre 2013 par le Tribunal Administratif de Lyon de son arrêté d’autorisation précipité.

L’UNION EUROPÉENNE DEMANDE QUELQUES CLARIFICATIONS

Pour les ONG du Collectif Loire Amont Vivante, pour les scientifiques, élus, fonctionnaires, acteurs éco- nomiques opposés à cet éléphant blanc, l’espoir d’en finir avec une certaine république de la connivence en matière de gestion de l’eau n’est cependant pas perdu. Le réservoir est vide. Un recours sur le fond est en attente d’un nouveau jugement du TA de Lyon. Et un acteur, non des moindres, s’intéresse au bidouillage local, comme il le fait pour le barrage de Sivens, dans la Tarn. Cet acteur, c’est l’Europe, pour laquelle les Etats doivent se conformer au droit, rien de plus, rien de moins. Le Parlement Européen et sa Com- mission des pétitions ont informé les ONG du fait que la reconstruction du barrage des Plats pouvait bien aller à l’encontre de la directive cadre sur l’eau 20000/60/CE, qui impose de ne pas détériorer l’état écologique des rivières. La commission a donc « demandé des précisions et des informations supplémentaires à la France (…) et attend la réponse des autorités françaises ».

L’affaire devient plus sérieuse. Naturellement, l’Europe n’a pas demandé ces explications aux pieds nickelés locaux qui ont fait passer en force la construction l’ouvrage, mais bien à l’Etat, c’est-à-dire au Ministère de l’Ecologie dont les experts, via ses services déconcentrés ainsi que divers établissements publics, se sont toujours clairement prononcés contre la reconstruction. Seule l’incompétence, ce qui est grave, ou la collusion d’intérêt, ce qui ne le serait pas moins, entre l’Etat local et quelques élus influents ont pu permettre au chantier de débuter dans un département qui, le Collectif Loire Amont Vivante en est sûr, fait pleinement partie de l’Europe.

UNE TABLE RONDE ACCEPTÉE PAR LE MINISTÈRE DE L’ÉCOLOGIE

Après la procédure d’infraction ouverte pour « non respect de la législation européenne » contre la France le 26 novembre dernier suite du drame de Sivens, cette nouvelle demande d’explication sur une surprenante pratique publique de gestion de la ressource en eau fait désordre, dans la « République exemplaire » voulue par François Hollande. L’exemplarité, c’est faire vivre cette « écologie citoyenne » qu’il a appelé de ses vœux lors de la dernière Conférence Environnementale, le 27 novembre dernier, écologie citoyenne qui exige l’expression de toutes les parties prenantes et le renforcement de l’indépendance des agences environne- mentales locales. L’exemplarité, c’est, au minimum, apprendre aux élites locales le respect du droit de l’eau et l’exigence grandissante de démocratie et de transparence en matière de gestion de ce Bien Public essentiel.

L’exemplarité, c’est lancer la table ronde que le Collectif Loire Amont Vivante réclame depuis 3 années, pour trouver une solution par le haut à ce conflit d’une autre époque et réfléchir ensemble à la gestion durable de la ressource en eau potable. Bonne nouvelle : Mme Ségolène Royal propose, dans un courrier qu’elle a envoyé au Collectif le 8 janvier dernier, d’en étudier la mise en place. Le Collectif Loire Amont Vivante demande que cette table ronde soit organisée le plus rapidement possible. Le gaspillage d’argent, de temps, d’énergie, de ressources, de qualité de l’eau a assez duré.

Trouvons, tous ensemble, un avenir pour la « Semène sauvage ». Et ne remplissons surtout pas un réservoir antédiluvien.

http://www.loireamontvivante.fr
http://www.rivernet.org/loire/loireamont/barrage_des_plats_remise_en%20_etat.htm

LA BIODIVERSITÉ MET LES PIEDS DANS LE PLATS

L'effacement du barrage des Plats sur la Semène, petite rivière de Loire, aurait pu être un bel exemple de la volonté claironnée de restauration et de préservation de la biodiversité. Rendez-vous totalement manqué.
En 2007, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de l'Écologie, assurait au député UPM de la Loire, Dino Cinieri, qu'on pouvait « faire l'économie » du barrage des Plats, situé à Saint-Genest-Mallifaux, sur la Semène, rivière de 47 kilomètres de long, affluent rive droite, de la Loire. Un ouvrage désormais inutile en somme. En 2005, l'édifice, construit en 1958, propriété de la ville de Firminy, alors utilisé exclusivement par le Syndicat des eaux de la Semène, menaçait ruine. Un pertuis était bientôt ouvert.

Le cours d'eau retrouvait sa liberté de circulation. Les campagnols amphibies, les crapauds communs, les grenouilles rousses, les martins pêcheurs d'Europe, les fauvettes grisettes, les bergeronnettes des ruisseaux, les loutres d'Europe, les écrevisses à pattes blanches, les moules perlières, toutes estampillées espèces protégées, se réjouissaient de ce retour de leur territoire à un certain état de nature. Les truites fario se reprenaient, sur le cours aval, à frayer à qui mieux mieux, comme elles n'avaient plus pondu depuis, peu ou prou, Mathusalem et Hérode réunis. La Semène redevenait, en ces terres ligériennes largement gavées de barrages, « un joyau » précise Alain Bonard, vice-président de la fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna).

NULLE PÉNURIE

Les Plats à sec, l'approvisionnement en eau potable, vocation unique de ce barrage, des quelque 15 000 habitants de neuf communes alentour était alors garanti par un raccordement sur l'ouvrage de Lavalette, sur le Lignon, une ressource de 40 millions de mètres cubes, source d'alimentation notamment de Saint-Étienne. Firminy, elle, et ses voisines, Fraisses, Unieux et Saint-Paul-en-Cornillon, continuaient de pomper l'eau, comme elles l'avaient toujours fait, dans le barrage de l'Échapre. « Firminy n'a utilisé l'eau des Plats qu'une seule fois dans son histoire, durant l'été 2003 » rappelle Alain Bonard, ancien ingénieur des eaux de l'agglomération stéphanoise.

Mais Dino Cinieri, maire de Firminy, de 2001 à 2008, et Marc Petit, son successeur communiste, tenaient à leur barrage, « ressource d'un million et demi de mètres cubes », sécurisant « l'alimentation en eau potable du syndicat des barrages et du syndicat des eaux de la Semène ».
En 2011, devenue ministre de l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet paradait en compagnie de Dino Ciinieri pour lui apporter son inconditionnel soutien au projet de réhabilitation des Plats, « utile pour tous », et« nécessaire pour l'alimentation en eau potable du sud de la Loire. » Raison de ce changement de position ? Mystère. (Notre interrogation par courriel est restée sans réponse) Sous « contrat rivière » de depuis 1999, réhabilitation financée, jusqu'à aujourd'hui, par l'agence de l'eau Loire-Bretagne et quelques autres partenaires, pour un montant total de 8,6 millions d'euros, les défenseurs de la Semène pensaient la rivière classée « réservoir biologique » sur l'ensemble de son cours. Classement interdisant toute nouvelle artificialisation. Las, la direction départementale du territoire fixait, en coup bas, la limite amont du « réservoir » au pied du barrage.

Le projet de reconstruction du barrage était lancé. Une enquête publique, réalisée début 2012, concluait à l'intérêt général du projet. Les opposants au projet argumentaient leur opposition. « Comme pour tout barrage, la restauration de la retenue des Plats induirait à nouveau une dégradation des conditions biologiques : eutrophisation, enrichissement en phosphates et nitrates, augmentation de la température, accumulation de sédiments, blocage de l'autoépuration, prolifération d'espèces invasives indésirables, blocage des espèces migratrices, variations extrêmes de débit... Réhabiliter cette retenue nous apparaît un non-sens biologique autant qu'un non-respect des objectifs de la directive cadre sur l'eau. L'absence de fonctionnement de ce barrage depuis bientôt sept ans en relativise l'importance. Sur cette période, des déficits hydriques se sont présentés, sans induire de difficultés d'approvisionnement local. Des possibilités d'interconnexion (conduite du Lignon excédentaire à proximité immédiate notamment) et de globalisation de la gestion des réserves d'eau au niveau intercommunal existent d'ailleurs pour des coûts de mise en œuvre probablement très inférieurs. » indiquait l'association Vet'eau pêche, association vétérinaire nationale pour la protection des milieux aquatiques et la promotion d'une pêche sportive respectueuse des ressources naturelles. De leur côté, la Frapna et la fédération de pêche de la Loire évaluaient le coût de solutions alternatives à la reconstruction. Il en existe, concluaient-elles, via notamment la toute nouvelle usine de potabilisation sécurisée de Monistrol, de moins coûteuses pour les finances publiques et plus économes pour le porte-monnaie des consommateurs d'eau. Et argument de poids, ces solutions ont l'immense avantage de préserver l'ensemble des richesses biologiques de la Semène.

VAINES RÉTICENCES

En janvier 2012, la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) de Rhône-Alpes rendait un avis louvoyant, à demi-mot très réservé sur la qualité et la rigueur de l'étude d'impact menée par le syndicat des Barrages, maître d'ouvrage. Et, visiblement, cette autorité de l'environnement ne paraissait pas pleinement convaincue de la pertinence du projet. Et puis ? Et puis, rien ! Un avis est un avis. Et l'enquête publique, « une farce » indique Martin Arnould, du WWF France et du collectif Loire amont vivante. Son auteur, le commissaire enquêteur, lui, jugeait que la reconstruction du barrage était la solution « la moins coûteuse fournissant un rendement plus élevé ».

En mai suivant, la préfète de la Loire autorisait les travaux. L'agence de l'eau Loire-Bretagne, qui avait abondé d'argent public pour la reconstitution de la nature, s'engageait à verser ses deniers toujours publics, 1,86 million d'euros, pour la reconstruction du barrage des Plats et donc la destruction de la nature. Au titre du « volet environnement et tourisme », les conseils généraux de Loire, le premier présidé par l'UMP Bernard Bonne, le second, dirigé par l'UDI Gérard Roche, promettaient de verser respectivement 250 000 € et 353 000 €. Le coût de reconstruction de l'ouvrage était alors estimé entre 5,2 et 6,2 millions d'euros. En août 2012, la demande de défrichement de 10 hectares boisés, permettant les travaux, omettait, ni vu ni connu, de préciser, comme il est exigé, la proximité immédiate du site natura 2000 « tourbières du Pilat et landes de Chaussitre ». Détail ? Peut-être ?

REMISE À PLAT ILLUSOIRE

En novembre, les ouvriers du barrage tombaient le casque et les engins de chantier coupaient leur moteur. Le tribunal administratif de Lyon venait de sanctionner d'une annulation un dossier, à l'origine, mal ficelé sur la forme. Le syndicat des barrages boutiquait fissa une nouvelle délibération. Quatre mois plus tard, un second arrêté préfectoral permettait aux travaux de redémarrer.

En octobre 2014, fin de chantier. Le barrage élevait ses 21 mètres de haut de béton neuf en travers de la Semène. L'engloutissement de la vallée s'annonçant, le préfet de la Loire signait, en février 2015, un arrêté de destruction des espèces protégées. « Il n'y a aucune autre solution satisfaisante puisque les autres solutions consistaient à réaliser un pompage dans la Loire, à réaliser une interconnexion avec les barrages de la vallée de l'Ondaine, ou à se connecter sur le Lignon. Elles n'ont pas été retenues puisqu'elles ne répondent pas aux exigences du syndicat des barrages pour des raisons sanitaire, économique ou de sécurisation de l'alimentation en eau des usagers. » indiquait alors le représentant de l'État.

En mars 2015, la justice administrative, saisie, en 2014, par la Frapna, rejointe dans sa requête par le club de pêche sportive Forez-Velay et le conseil départemental des associations laïques de la Loire, ne trouvait, cette fois-ci, rien à redire au projet, ni sur la forme ni sur le fond.
« Depuis 20 ans, le bassin de la Loire a fait preuve d'innovation pour la gestion durable de l'eau. Son modèle s'exporte jusqu'en Chine, mais dans ce coin de département de la Loire, cette philosophie nouvelle n'existe pas. On refait un aménagement tel qu'on le pensait dans les années 1950. C'est d'autant plus désespérant, que, sur le même bassin, non loin des Plats, sur l'Allier, un travail remarquable a été conduit avec l' État, EDF et les collectivités pour l'effacement du barrage de Poutès » déplore Martin Arnould.

De passe à poissons, pourtant obligatoire sur un tel ouvrage sur une telle rivière à salmonidés, il n'y a point. De rivière de contournement, évoquée dans les mesures compensant les destructions de nature, il n'y aura également point, annonçait, sans autre explication, Marc Petit, le maire de Firminy. Les géniteurs de poissons seront pêchés, alevins, à l'aval, et franchiront l'ouvrage en voiture. Maigre consolation, « l'étude d'impact prévoit de mettre en place un débit garanti au-dessus du débit réglementaire. Ce débit réservé permanent est proposé à 83,5 l/sec quel que soit le débit de la Semène à l'entrée de la retenue. Il s'agit d'un débit minimum biologique garanti. » précise Antoine Lardon, président de la fédération de pêche de Haute-Loire et opposant historique au barrage. Quoi qu'il en soit « l'usine de potabilisation de l'eau du Syndicat des Eaux de la Semène est obsolète et son coût de réhabilitation est d'environ 4 millions d'euros » ajoute Antoine Lardon. La facture des consommateurs s'en ressentira.

Faute de moyens financiers, les opposants au barrage se voient, aujourd'hui, contraints de renoncer à poursuivre leur action devant la justice administrative. Mais l'Europe aura peut-être un jour son mot à dire. En attendant, le député Dino Cinieri est aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, membre du groupe d'études « préservation et reconquête de la biodiversité »...

NB : notre demande du coût de construction définitif du barrage auprès de la mairie de Firminy est restée sans réponse.

Frédéric Véronneau

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Publié dans Environnement

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